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Publié par Laziz

Si vous n'avez pas lu le début :

« Et que ce passa-il ensuite » demanda le Roi aveugle à Sanjaya, son ministre, impatient d’en connaître davantage sur le déroulement des événements. Et celui-ci de lui décrire une autre scène cruciale qui attirait son attention. Alors que le combat battait son plein entre Arjuna et Bhisma, Bhima le Pandava, apercevant de loin le chef des armés, Drishtadyumna, en mauvaise posture, face à Drona, se précipita sur les lieux pour lui venir en aide et quittait ainsi sa position. Tant que Krishna et Arjuna étaient présents, estimait-il, rien de fâcheux ne pouvait survenir en son absence. En effet, ailleurs, sur le terrain de bataille, des centaines de milliers d'hommes étaient aussi en train de s’entretuer et l'avantage allait aux Kauravas.

Selon la prédiction, l’ennemi juré de Drona était Drishtadyumna puisque c’est lui qui, à terme, devait le tuer. Il faudrait ajouter ici que c'est Drona qui a entraîné Drishtadyumna dans l'art du maniement des armes alors même qu'il savait dès le début, comme tout le monde, qu'il était né du sacrifice du feu spécialement pour le tuer. Tels étaient son amour et sa passion pour l'éducation martiale. Donc, durant leur duel, Drona avait atteint d’une flèche le conducteur de char de son adversaire qui s’effondra de son siège. Puis il frappa simultanément Drishtadyumna de quatre flèches. En retour, celui-ci, furieux, en décocha neuf que Drona reçut en plein corps : "Attend, attend, lui cria-t-il, tu vois voir, ce n’est pas fini." Mais à peine avait-il terminé de prononcer ces paroles fielleuses que Drona l’avait couvert de flèches. Puis il en ajusta une, spéciale, sur la corde de son arc qu’il investit d’un terrible pouvoir de destruction. Lorsqu’il prononça le mantra à cet effet, la vie de Drishtadyumna ne tenait qu’à un fil. De la foule des observateurs qui admiraient le combat, sur le terrain et dans le ciel, on entendit des « oh ! » et des « hélas ! » précédant le moment fatidique. Mais Drishtadyumna n’était pas un novice; entraîné par Drona lui-même, il connaissait la formule pour invoquer l’arme qui annulerait son principe mortifère. Debout sur son char, héroïque et inébranlable comme une montagne, il stoppa dare-dare la flèche embrasée en plein vol. Et, sans même un répit, il renvoya une nué de traits sur Drona.

Témoins de cette prouesse, les hommes de son camp furent émerveillés et l’exprimèrent par des cris de joie. Sans même paraître ralentir le mouvement des bras et des doigts qui faisaient vibrer la corde de son arc, il s’empara d’un javelot paré d’or et incrusté de pierres lapis lazuli et le projeta avec une force impétueuse contre son assaillant. À la vue de ce dard qui filait sur lui en fendant l’air, Drona sourit. Il coupa le javelot en trois parties. Drishtadyumna n’en fut que plus excité et redoubla d’énergie en déversant une pluie de flèches sur son guru. Drona, excédé, réagit de même et alla jusqu’à lui couper son arc. Alors Drishtadyumna s’empara d’une lourde massue et l’envoya contre lui. Le projectile, ainsi lancé et conjugué à la force de son bras musclé et entraîné à cet art, ne permettait aucune hésitation de la part de Drona ; il le fit voler en éclats avec l’aise d’un magicien. Drishtadyumna s’empara d’un autre arc, mais à peine l’avait-il en main que Drona le détruisit. Au même instant, Drishtadyumna reçut plusieurs flèches en plein corps qui l’affectèrent rudement ; il perdit beaucoup de sang mais cela n’atténua pas son ardeur en fin de compte. Il prit un nouvel arc auquel Drona réserva un sort similaire. Par-dessus le marché il abattit son cocher et ses quatre chevaux ! Il poussa son talent jusqu’à couper le cuir qui bardait son poignet tant il était en colère contre lui. Drishtadyumna semblait démuni sur son char devenu inutile. Il s’empara d’une massue et sauta à terre. Mais il n’avait pas touché le sol que l’arme éclata en morceau sous les tirs rapides et précis de Drona. Il saisit alors un bouclier, décoré avec des pierres de lune, et un superbe cimeterre et se rua sur son ennemi, comme un lion affamé se jette sur un éléphant en furie. Mais ce dernier lui imposa une telle bordée de flèches qu’il ne put avancer d’un pas, tout occupé qu’il était à les bloquer de son bouclier.

"Va-t-il le tuer ? demanda avec anxiété, le roi, espérant au fond de lui une réponse favorable à sa question et ainsi exorciser ses fils du sort qui les attend. Mais que n’a-t-il pas dit là, comme s’il appelait la malédiction sur lui !" Sanjaya lui répondit, sachant très bien que le vieux roi ne voulait pas entendre raison : "Grâce à Bhima, qui est arrivé à point nommé et qui harcèle maintenant de ses flèches Drona, Drishtadyumna a pu sauter sur un nouveau char prévu à cet effet. L’attaque de son précepteur, il est vrai, fut formidable et il en coûta beaucoup à Drishtadyumna. Son médecin a fait un excellent travail et il est retourné au combat comme si de rien n’était. Observant de loin cet échange entre deux guerriers hors du commun, votre fils, Duryodhane, s’est dépêché d’envoyer des renforts pour soutenir le vieux Drona. Alors une nouvelle disposition stratégique des combattants s’est formée : Drona a repris son duel contre Drupada et Virata; Drishtadyumna s’est joint à Yudhistir, et Bhima est en train d’affronter la puissante et terrible division des Kalingas, envoyée par votre fils. Entre ses derniers, la bataille fait rage actuellement, au point que les poils se dressent sur mon corps à voir avec quelle violence Bhima, supporté par les Chédis, se défend contre eux."

"Et alors, s’enquit le roi, que fit Bhima? Qui pourra arrêter cette machine à tuer ! Il faut que les Kalingas* en finissent avec lui si nous voulons gagner cette guerre et que mes fils s’en sortent indemnes." Revenu de sa torpeur momentanée, Sanjaya récapitula la suite du conflit sans chercher le moins du monde à le rassurer : "Bhima ressemble à la mort personnifiée s’affairant au milieu d’éléphants, de chevaux et d’hommes et il n’a nullement l’air gêné par les mastodontes en grand nombre ; il est en train de massacrer à grande vitesse tout ce qui se tient debout devant lui. Non, mon Seigneur, rien ne l’arrête. Les Kalingas qui osent l’approcher s’écroulent subitement sans avoir pu distinguer d’où vient la mort qui s'abat sur eux." (Il est dit que Bhima possède la force de soixante dix éléphants.)

L’apercevant seul contre tous, Satyaki* et le jeune Abhimanyu vinrent lui prêter main forte. Des deux côtés des armées, les leaders renforçaient d’urgence leurs troupes. Les soldats s’assénaient des coups dans une telle atmosphère de haine et de sang, d’armes s’entrechoquant et de cris de guerre ou de souffrance, qu’il était difficile de distinguer qui était avec qui. Dans la peur et la confusion, les soldats frappaient furieusement tout ce qui bougeait autour d’eux. C’était plus que ne pouvait supporter le fils de Ganga (Bhisma) qui décida d’aller à la rescousse des Kalingas, une immense armée venue d'Orissa pour se joindre aux Kauravas et conduit par ee puissants rois tels Bhagadatta, Ketumat, Srutayush, Bhanumat, etc. Leur division était constituée de nombreux éléphants; l'un d'eux, Ketumat, en possédait jusqu'à 10 000. Elle fondait néanmoins à vue d’œil sous les coups incessants de Bhima. Rien ne semblait pouvoir endiguer sa férocité. Le fils de Bhanumat, Sakradeve, était un guerrier hors-pair qui donna momentanément du fil à retordre à Bhima. Finalement ce dernier le massacra en lui balançant sa lourde massue. Elle détruisit et l’homme et son char avec ses chevaux et son cocher. Bhanumat devint fou de rage à la vue de son fils écrabouillé au milieu de son attelage. Monté sur le dos de son énorme et puissant éléphant, il chargea Bhima, décidé d’en finir avec lui.

Ce dernier prit vivement avantage de l’attaque en s’aidant des défenses de l’éléphant comme tremplin, rebondit sur son dos et, de son large cimeterre, fendit Bhanumat en deux. Puis il le passa à travers le cou du mastodonte qui s’écroula dans un barrissement épouvantable, glaçant de peur le reste de l’armée. Au sol, il se trouva immédiatement entouré de milliers de combattants à char déterminés à l’envoyer dans l’autre monde. Bhima s’en moqua allègrement et lança un cri de guerre qui fut entendu à travers tout le champ de bataille de Kurukshetra. Bhisma, l’Aïeul, désireux de venir en aide aux Kalingas, se fraya un chemin jusqu’à lui. Devinant son intention, Yudhistir, Drishtadyumna, Satyaki et Abhimanyu l’entourèrent et l’obligèrent à réagir. La bataille devint généralisée et le lieu le nouveau centre du conflit. Bhisma tua les chevaux bardés et caparaçonnés d’or de Bhima. Satyaki intervint, toujours pressé de plaire au Pandava et réussit à éliminer le cocher de l’Aïeul. Sans plus de direction pour les guider, les coursiers s’emballèrent et filèrent comme le vent droit devant eux, emportant le vieux Bhisma désemparé en dehors du champ de bataille. Cela fit bien rire ses adversaires. Bhima s’en réjouit d’autant plus qu’il pouvait continuer son carnage dans les rangs des Kauravas.

Ce n’était que le début de l’après-midi et les combats ne diminuèrent pas d’intensité. Devant la l’agilité et les dégâts que causait Abhimanyu avec son arc, le fils de Duryodhane, Lakshmane vint l’affronter, stimulé par une colère qu'il ne contenait plus. À un moment de leur duel il coupa l’arc du fils d’Arjuna. Celui-ci en prit un autre plus lourd et plus menaçant. Pressentant le danger, Duryodhane et d’autres chefs importants se hâtèrent de prendre position aux côtés de Lakshmane. Mais Abhimanyu n’avait pas de mal à les tenir à distance. Son père, Arjuna, rappliqua lui aussi pour rétablir l’équilibre entre combattants. Mais très vite il causa de terribles dommages dans les rangs ennemis. Le ciel s'était assombri par ses traits mortels. Bhisma réapparut alors mais il ne parvint pas à remonter le morale de ses troupes face à la désolation des corps mutilés, des bras, des jambes et des têtes qui s’étalaient et s’entassaient sous la pulsion guerrière des Pandavas et de leurs alliées. Comme la nuit commençait à tomber et que ses hommes étaient découragés, Bhisma conseilla à Drona de se retirer, il ne servait à rien de continuer ainsi. Alors, constatant la retraite des Kauravas, Krishna et Arjuna soufflèrent dans leur conque respective, annonçant la fin des combats pour la journée. Ce jour-ci le camp des Pandavas avait largement reprit le dessus, c’était un triomphe.

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* Satyaki, aussi connu sous le nom de Yuyudhane, était un membre de la communauté à laquelle Krishna appartenait, tout comme l’était Kritavarma, chef de l’armée de Krishna qui a dû se mettre au service de Duryodhane. Parce que quand Arjuna et Duryodhane vinrent demander à Krishna de se joindre à leur camp, il leur offrit le choix entre lui et son armée. Duryodhane ne se fit pas prier et rallia à lui son armée commandée par Kritavarma, un autre immortel, quasiment. Satyaki était également un maharati, un puissant guerrier. Il avait était entraîné par Arjuna et celui-ci le considérait comme son égal dans la maîtrise des armes. Il était aussi médecin expert. L’ayur-véda n’avait pas de secret pour lui.

* Une armée venue d'Orissa pour se joindre aux Kauravas et qui était conduit par le puissant roi Bhagadatta.

**Le royaume des Chédis se trouvait dans la Madhya Pradesh. Sisupale en a été le roi jusqu’à ce que Krishna le tue pour ses constantes insultes proférées contre lui, notamment durant la grande célébration où Yudhistir fut intronisé roi. Il était l’ami et l’allié de Jarasandha, Kamsa et Duryodhane.

Pour lire le début :

Le deuxième jour de la bataille (suite)
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