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Publié par Laziz

"Le paysan prie pour qu'il pleuve, le voyageur qu'il fasse beau,
et les dieux hésitent."

 

McDonaldisation avec le ventre du bon peuple, cette phrase me vient à l'esprit à la suite de la lecture du livre de Claude Vaillancourt, un vieux de la vieille qui ne fait pas dans la dentelle quand il met sur la sellette les politiques de la droite. "Cet essai interdisciplinaire, est-il écrit sur la quatrième de couverture, permet de réfléchir à la notion d'égalité, qui ne peut pas être obtenue sans une reconnaissance des différences. L'auteur fait ici un plaidoyer vibrant et original contre l'uniformisation du monde." Il faut cependant souligner une chose importante: en matière d'alimentation intelligente cette dichotomie n'existe pas. Et monsieur Vaillancourt ne nous fait pas l'éloge des vertus du végétarisme.

 

On lui donnerait des couleuvres à manger au bon peuple qu'il trouverait ça délicieux, surtout si on lui dit que c'est scientifique. Depuis quelques années, les ravages engendrés dans ses rangs par la bouffe industrialisée ont titillé les consciences, péniblement pas vite, et les plus alertes se reprennent en main (en fait c'est un pas en avant pour les éveillés, en minorité, et trois en arrière pour le gros de la société). Subitement, exaltés, les militants minoritaires se sont regroupés et organisés pour lutter contre la malbouffe et la souffrance sciemment causée envers les animaux. Ce faisant, les végétariens adoptent les mêmes ressorts intolérants et radicaux des religions en transformant leurs luttes contre l'abattage des bêtes en idéologie, une idéologie dont la plupart des adeptes ne comprennent pas grand-chose aux mondes végétal, animal et humain, sinon que ce sont les capitalistes qui tiennent la queue de la poêle. C'est suffisant pour les remonter, tout comme autrefois socialistes et communistes ne juraient que pour l'amour de la fraternité; les animaux, ils n'en connaissaient pas encore la problématique, la cause n'étant pas assez populaire ou glamour. Mais comme ils n'ont plus grand-chose à se mettre sous la dent depuis la chute du mur de Berlin, les jeunes dissidents ont trouvé de quoi alimenter leur anticonformisme propre à chaque génération, quitte à se distinguer en en rajoutant : ils deviennent plutôt végans, cela colle mieux à leur posture pacifique; ceux qui mangent du miel ou du fromage sont des "criminels".

 

Qui se sent morveux se mouche

 

Ils ressemblent un peu à ces indignés de la guerre qui affichent des photos d'enfants déchiquetés par les bombes pour dénoncer ce que les méchants engendrent par leur comportements, sans remettre en question leur propre mode de vie. Par exemple ces protecteurs en herbe des animaux sont des admirateurs inconditionnels du progrès et de la science et reprennent à leur actif tous les slogans que les institutions académiques et privées élaborent pour un tel conditionnement culturel. Et les capitalistes l'ont très bien compris: pour continuer leur infâme chasse à la baleine, ils qualifient leurs expéditions démoniaques de "scientifiques". Par leur attitude, ces défenseurs de la cause animale sont devenus plus royalistes que le roi; dans leurs revendications absurdes, ils s'imaginent, à tort, que notre planète a été créée à l'image du paradis où tous les êtres sont logés à la même enseigne, ils sont tous végétaliens -pas végétariens, mais végétaliens. Et ceux qui dérogent à cette nouvelle religion sont voués aux gémonies et accusés des pires intentions. Si leur plan, qui est de soumettre les peuples et les animaux à leur récente conception égalitaire et scientifique du monde réussit, les vaches n'auront plus raison d'être, puisqu'elles n'existent que grâce à l'homme, et les races du Nord, comme les Inuits, devront quitter leurs territoires pour uniformiser leurs traditions et leur façon de se nourrir avec celles des végétariens du nouveau monde. En deux mots, ils disparaîtront...

De la justice avant tout

C'est avec ce sous-titre que Claude Vaillancourt conclut son livre. Et il écrit, pour donner le ton et se situer lui-même (cela démontre en même temps que, malgré les changements, à la surface des choses, les fondements de la morale et de la logique, issus de la pensée grecque et du judaïsme, vont leur petit bonhomme de chemin en toute bonne foi et sont légitimités, sans complexe) : « Dans L'éloge de la différence. La génétique et les hommes, Albert Jacquard donne une explication scientifique à la différence entre les êtres humains : cette différence relève de nos gênes qui n'arrêtent pas de reproduire des êtres imprévisibles et toujours dissemblables. » De nos jours, quand on veut parler de l'origine de l'être et de sa nature, on se tourne irrémédiablement vers la science génétique... En lisant la phrase suivante, poursuivant la description du contenu du livre de Jacquard, philosophe et scientifique, on touche au nœud du problème : « Toute tentative de créer des races supérieures a échoué, que ce soit dans la flore, dans la faune ou chez les humains. » Il faut rappeler que ces tentatives étaient le fruit de l'homme blanc se pensant supérieur aux autres peuples de couleur à travers le monde. Et il n'a pas été facile de le persuader de son erreur. Vaillancourt continue ainsi, paraphrasant Jacquard et donnant l'impression que ce racisme et ces dérives sont derrière nous: « Les fantasmes d'eugénisme ont mené aux pires abus et ne correspondent en rien aux démonstrations de la science. » S'en lave-t-il les mains en tentant de se dédouaner de cet héritage nauséabond et encombrant, rejetant la faute eugéniste et les préjugés raciaux sur des individus pervers de circonstance mais non sur toute une culture civilisationnelle, qui aurait par ailleurs disparu ? Curieusement, la dernière personne qu'il cite dans cet intéressant ouvrage, « Comme le pensait Hannah Arendt... », était juive et une philosophe notoire, très prisée de nos contemporains. Tout en relativisant le mal par sa théorie de la banalisation, Arendt était folle amoureuse d'un philosophe, Martin Heidegger, dont elle connaissait très bien ses accointances avec le parti nazi et sa haine pour les juifs. D’où l'incohérence de cette notion de justice et le sous-titre de son livre : Le syndrome de Procuste.

 

Le syndrome de Procuste

« Il est un mal très répandu aujourd'hui qui frappe les personnalités qui proclament leur cartésianisme comme d'autres leurs conquêtes sexuelles. Il se caractérise par l'atrophie de l'imagination et de la créativité, par une incapacité à penser de manière analogique et par une tendance à vouloir tout "formater" selon leurs propres critères, sous couvert d'un prétendu rationalisme. La Raison, la Science et la Vérité sont souvent pris en otage par ces individus psychologiquement hyperrigides. » Nicholas Palffy

 

Lien en relation :

Claude Vaillancourt et la malbouffe

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