Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Laziz

« Comment remplacer ‘âme’, par quel mot ? C’est si simple d’y recourir,
et si inactuel ! On n’a pas trouvé mieux pourtant.
Mais peut-être devrait-on en abolir l’usage pour toujours.
 »

Cioran, Carnets

 

Extrait du Manifeste pour les hommes qui aiment les femmes de Laure Adler, livre dans lequel elle consacre à ce « grand intellectuel » qu'est Edgar Morin un chapitre intitulé "L'homme qui pense que les femmes sont supérieures aux hommes", lisez bien : « Je suis très sensible à ce que dit Carl Jung sur le fait qu'il y a animus et anima. Animus, c'est l'esprit masculin. Et anima, c'est l'âme qui est féminine. Animus est en manque d'âme. Même s'il en a une petite, il a besoin d'en avoir une plus grande, et c'est la femme qui la lui donne. [...] La féminité devient le sanctuaire de l'âme occidentale. Alors que la civilisation perd son âme dans le déferlement de la puissance masculine, son âme s'exprime grâce aux femmes. » On comprendra mieux la raison pour laquelle Jean-François Revel a senti le besoin d'interpeller ces abstracteurs de quintessence dans son Pourquoi des philosophes ? J'ai fait mienne quelques-unes de ses critiques : « Philosopher n'est pas régner sur les connaissances du reste du genre humain comme un lointain propriétaire terrien sur des domaines qu'il administre nonchalamment et ne visite jamais. [...] Aussi la philosophie ne devrait-elle jamais accepter -implicitement ou explicitement- de discuter un problème qui a pour seule source un certain contexte de la littérature philosophique, sans remettre en question ce contexte même. [...] Le régime normal de la philosophie est l'ignoratio elenchi, -l'ignorance délibérée de la réfutation. On recherche les objections qui "renouvellent" les problèmes, on ferme les yeux devant les critiques qui détruisent ces problèmes mêmes : la philosophie est devenue une convention. »

 

Pour vous le donner dans le mille, voici un autre bel exemple, on ne peut mieux, de la pensée de Morin en réponse à une question de Laure Adler (qui, elle, n'est pas en reste*) : « Aucune musique de par le monde n'a autant exprimé la douleur, l'amour, la peine, la joie, que celle de Schubert, Schumann ou Beethoven... » Pour reprendre la logique du scientifique Karl Popper, je dirais : connaît-il vraiment toutes les musiques "de par le monde" pour s'exprimer de la sorte et avec autant de zèle ? Comment peut-il savoir qu'un marché est meilleur que l'autre s'il ne les a pas visités tous les deux? A-t-il assez d'expérience et de familiarité avec les musiques des autres cultures pour formuler de tels préjugés, comme les bhajans et kirtanes du 15ième siècles en Inde et qui ont influencé tant de musiciens de nos jours, à l'instar du musulman soufi Nusrat Fateh Ali Khan qui n'a pourtant pas grand-chose à voir avec cette tradition spirituelle, ou les sort-ils tout simplement de derrière sa tête ?

Manipulations génétiques

« Simone de Beauvoir avait raison, écrit Laure Adler : "On ne naît pas femme, on le devient." » Bien qu'elle soit inquiète pour les femmes -non à cause des problèmes bioéthiques aux relents d'eugénisme qui planent sur ces projets, mais parce qu'elles y gagnent rarement au change- elle ne semble pas désapprouver les progrès scientifiques en matière de manipulations génétiques, au contraire. Jugez-en par vous-mêmes : « Certains savants, et pas des moindres, imaginent qu'un jour viendra où l'homme engendrera l'homme, pas au sens métaphorique du mot mais réellement, physiquement. » Il n'y a pas de nature féminine, selon elle, tout comme il n'y a pas de nature masculine. En fait ce que tout ce jargon signifie, c'est qu'un homme peut être une femme même s'il a un corps physique mâle, c'est lui qui décide ce qu'il veut être, pas la nature ni son corps. Il en va de même pour la femme, sinon plus, car selon Edgar Morin, dans ce même livre, « les femmes sont supérieures aux hommes ». Et la science est sur le point de réaliser ce vieux fantasme qui permettra à un homme d'enfanter ce qu'il désire, un x ou un y. « Le film de Jacques Demy, écrit Adler plus loin, 'L'événement le plus important depuis que l'homme a marché sur la Lune', n'est-il donc plus une utopie ? À quand la création de cliniques spécialisées dans l'implantation d'utérus artificiels pour les hommes ? »

 

Lien en realtion :
 

L’âme et la femme d'Edgar Morin

Commenter cet article