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Publié par Laziz

Je connais plein de gens, intelligents, capables de réfléchir, d’analyser, d’écrire, qui pensent que la guerre sournoise menée par Vladimir Poutine en ce moment ou la sanglante réponse qu’a livrée Bachar al-Assad à ses opposants de la première heure, sont des tactiques de dirigeants dignes de leur estime. Alors qu’une partie du monde voit ces dirigeants comme des justes qui défendent leurs droits et cherchent à promouvoir une meilleure justice pour le bien de tous, d’autres les considèrent comme des tyrans de la pire espèce. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil du Kali-yuga qui a commencé il y a plus de 5000 milles ans et dont le Mahabharata retrace la genèse de cette perpétuelle antinomie. C’est pour cela qu’il y en a qui déclarent le plus sérieusement du monde que le mal et les démons n’existent pas. Ou que c’est l’inverse qui est vrai : les démons sont en fait les justes et les justes sont les démons. Quoiqu’il en soit, guerres et souffrances trouvent toujours leur justification chez une bonne partie de la population, des couches les plus basses aux plus élevées.

Lire le premier paragraphe de cet article pour vous en convaincre et vous trouverez le lien à la fin* : « L’interview de Poutine le 4 juin 2014 m’a donné envie d’écrire un article sur ce personnage singulier. Que dire sur cet homme qui n’ait pas été dit ? Et bien je le perçois comme un homme rationnel, posé et très intelligent. Il diffère des autres présidents qui semblent être des êtres agités, aigris, pressés et mus par on ne sait quelles forces obscures. Je ne dirais pas que Poutine est un saint, mais il n’est clairement pas le démon que des médias dont on connait “le professionnalisme” décrivent ! Il semble plutôt être le “dernier rempart” avant le chaos. » Lire également la réponse, dans la même veine :

« Super article, vraiment. Je réponds à tous ceux et celles qui disent  "arrêtez de vénérer Poutine".  Nous ne vénérons pas Poutine, mais nous remarquons qu’il n’est pas plus malhonnête que les autres ! Je ne le connais pas vraiment et encore moins personnellement mais je sens l’homme de pouvoir en lui, donc, comme je ne suis pas idiote, je sais que c’est un oligarque comme les autres. Mais il se trouve qu’il fonctionne à la "vergogne" et pour être admiré il faut faire quelques bonnes choses pour les autres. Bref voila Poutine : un homme de pouvoir, certes pas très démocrate et un "poil" autoritaire mais patriote à "l’ancienne". Il est certainement le moins pire de tous ces traitres et fieffés menteurs que sont les Hollande, Obama, Merkel, et compagnie. »

*
http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/poutine-152959#formulaire_forum

En fait, j’étais en train de lire le Mahabharat, les arguments entourant le coup fatal délivré par Bhima et qui a jeté à terre Duryodhane, lui brisant les hanches, quand j’ai décidé de rédiger ces quelques lignes pour introduire le récit. Je vais d'ailleurs le reproduire tout de suite, à ma manière, en traduisant ces arguments de l’anglais et en les résumant. Ce faisant, pour illustrer ces lignes d’introduction, j’ai cherché sur le net une image. J’ai trouvé celle qui me convenait sans effort ; le bras de fer entre Obama et Poutine. Elle a fait la couverture d'un grand magazine américain, si je ne m'abuse. L’article qui l’accompagnait ne pouvait être plus à propos; j’ai donc recopié le premier paragraphe que vous venez de lire. Ce n’est pas un hasard : le Web -ce qui signifie la planète- est saturé par ce genre de rhétorique. C’est justement le problème psychologique qu’affrontèrent Bhima et Krishna il y a 5000 ans contre les soi-disant redresseurs de tort. Or, parmi eux, il y avait une personnalité exceptionnelle et qui est loin d'être classée parmi les "méchants".

Ce n’était pas une mince affaire que de persuader Balaram de ne pas se mêler de la dispute entre les deux cousins, d'autant plus qu’il n’était pas présent et n’a donc pas assisté à la bataille qui a duré 18 jours; il ne peut juger à cet égard, de façon impartiale, du combat à mort entre Bhima et Duryodhane. Balaram acceptera à contrecœur le conseil de Krishna et acceptera de retourner chez lui, à Dwarka. Krishna le rejoindra plus tard. (Mais quelque chose ne tourne pas rond entre les deux divinités absolues et annonce d’autres graves incidents et changements de l’histoire).

Voici la scène, Krishna implorant Balaram : « Cher frère, calme-toi, s’il te plaît. Même si l'on considère l'acte de Bhima immoral, vois-le comme s’il rendait la monnaie de la pièce pour toutes les fois où Duryodhana avait tenté de nuire aux Pandavas. » Mais Balarama n’est pas du bois dont on fait les flûtes. Considérant que Krishna (expert à la flûte) lui offrait de banales excuses, il déclara à nouveau d’une voix tonitruante : « Ô membres de cette assemblée, sachez que dorénavant Bhima aura la réputation d’un combattant qui ne respecte pas les règles. La perception de ce travers par le peuple lui collera à la peau. Quant à Duryodhana, il gagnera l’éternelle renommée du guerrier vertueux et héroïque ! Telle est ma prophétie. » Ceci dit, il monta sur son char et quitta les lieux, en colère.


Balarama est le grand frère de Krishna.
Il est une incarnation de Vishnou.
Krishna est noir et lui est blanc.
Il est dit être Anantasesha, le serpent
sur lequel Vishnou est allongé et
qui repose sur l’océan causal,
tel que sur l'image ci-dessous.
Balarama joue un rôle mineur
dans le Mahabharata
mais non sans importance.
Comme il est favorable aux deux camps -Pandavas et Kauravas-
i
l restera neutre, surtout pour faire plaisir à Krishna.
Pendant la bataille de Kurukshetra,
il s'en ira faire le tour des places
de pèlerinage et
s’associera avec les sages
qu’il rencontrera en ces lieux.

 

 

À cause de ce départ précipité sous le signe de la mésentente, les guerriers présents furent affligés de tristesse. Yudhistir, se sentant responsable, baissa la tête, honteux. Il faut rappeler que ce fils aîné de Pandu, Maharaj Yudhistir, est extrêmement sensible à tout ce qui touche au dharma et ne peut supporter les entorses à son endroit. Ceci à tel point que ses ennemis y verront là son talon d’Achille et chercheront toujours à l’atteindre par ce biais, jusqu’à en profiter impunément. Lui-même semble prédisposer à cette condition au point d’appeler de tous ses vœux* le malheur sur lui et ses frères. De nature si humble, il est toujours prêt, pour la moindre erreur de sa part ou si les circonstances ne lui sont pas favorables, à renoncer à ses biens et à retourner dans la forêt. Alors sa femme, Draupadi, son frère, Bhima, et Shri Krishna devront user de tous leurs moyens pour le dissuader d’agir de la sorte en lui rappelant ses devoirs de kshatriya et sa position royale. Un exemple de ce comportement singulier et dangereux vient justement de se produire durant ce dernier épisode, alors que Duryodhane, qui a perdu la guerre, s’est réfugié sous les eaux d’un lac pour reprendre des forces et méditer sur son sort.

* Est-ce une exagération de ma part ? En tout cas, c'est ainsi que le Mahabharat nous le laisse entendre.

Les Pandavas ont apprit la nouvelle par des chasseurs qui passaient à proximité du lac pour venir ravitailler l’armée en viande, comme à l'habitude. Certains indices avaient éveillé leur attention à ce moment-là d’autant que Bhima avait lancé un avis de recherche et offert une énorme récompense à qui pourrait mener les Pandavas à l'arrestation de Duryodhane. Les chasseurs ont tout de suite réalisé qu'il s'agissait de leur homme. Les Pandavas s'y rendirent sans tarder mais pour l'obliger à sortir de sa retraite et à se battre, ils durent recourir à différents arguments, jusqu'à l'humilier en le traitant de poltron. Et cela fonctionna. Il est à noter qu'ils auraient pu aussi, par les pouvoirs surnaturels qu'ils maîtrisaient, le garder prisonnier sous les eaux jusqu'à ce que mort s'en suive, tels que épaissir l'eau du lac ou tout simplement la figer. Mais nous savons bien maintenant que Yudhistir ne mange pas de ce pain-là. Au contraire, et c'est là que nous voulons en venir, il va offrir à son ennemie juré l'opportunité de se battre et, s'il gagne, de reconquérir sa liberté. C'est-à-dire, en termes plus explicites, s'il tue l’un de ses frères, Bhima, Arjuna, Nakula ou Sahadeve. Non seulement il lui offrira la possibilité de se défendre comme un guerrier digne de ce nom, même après s'être enfui du terrain de bataille et venu se cacher sous les eaux du lac, mais il lui permettra de choisir avec lequel des cinq Pandavas il voudra se battre, ce qui était complètement insensé ! Krishna, après coup, le lui fera remarquer, mais c'était déjà trop tard : on ne revient pas sur sa parole.

 


Krishna, en train de tranquiliser son frère Balaram

Si Bhima ne tue pas Duryodhane par le moyen d’une ruse, de façon illicite, celui-ci restera le roi et les Pandavas devront retourner dans la forêt à nouveau pendant treize ans. C’est ainsi que les règles inspirées du dharma et appliquées par Yudhistir, le sage, contraindront ce destin injuste de l’histoire à se réaliser. C’est ne pas comprendre la nature du mal et Yudhistir continue de jouer avec les forces diaboliques. Jouer dans le sens littéral du mot, comme il le fit au jeu de dés durant lequel il perdit son royaume et toutes ses possessions. Sa nouvelle proposition à Duryodhane de se battre avec Bhima et que s’il gagne il pourra rester roi, fait sortir Krishna de ses gonds. Comment Yudhistir peut-il être être naïf à ce point ? Comment après toutes ses années peut-il encore être si conciliant avec les forces du mal ? Heureusement, Krishna est là pour protéger les Pandavas, ses cousins qu’ils aiment tant. Heureusement que Yudhistir, malgré son immense défaut, est toujours prêt à écouter Krishna. Car il sait qu’en suivant ses instructions, aussi bizarres puissent-ils paraître à ses yeux, ils sortiront vainqueurs de cette guerre et passeront avec succès le test ultime de leur passage sur Terre.


Lien en relation :

Dieu et la guerre, un pattern

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