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Publié par Laziz

« À cette époque aussi, on voit se constituer la notion de race, et l'antisémitisme se transporter sur le terrain racial et politique. Alors surgit l'une des plus énormes et des plus durables mystifications scientifiques de tous les temps : le mythe aryen. À la suite, notamment, de l'étude du sanscrit et de l'unité ainsi découverte des langues indo-européennes, plusieurs générations de savants fabriquent de toutes pièces les "Aryens", race asiatique, vaguement indo-persane, fondement de la supériorité, paraît-il, des Germains. L'Europe s'invente des ancêtres, auxquels elle oppose une autre fantaisie pseudo-scientifique, les races "sémitiques" sans support anthropologique sérieux, ce qui permettra à Maurras de parler de "génie antisémitique de l'Occident". »
Jean-François Revel in Les idées de notre temps
(Juin 1968)

Quand on parle des Indo-Européens

Ce qu’il faut garder à l’esprit

La tour de Babel et la langue-mère originelleTout a commencé avec la recherche d’une langue mère. À vrai dire, pendant l’Antiquité et le Moyen-âge un tel questionnement n’avait pas de sens et passait pour hérétique. Sous la domination de l’Église chrétienne, la langue originelle, l’hébreu, était celle de Dieu. Et il n’y avait qu’un Dieu, celui révélé autrefois par le peuple juif. Puisque Adam et Ève furent les premiers humains créés, ils ne pouvaient donc s’exprimer que dans cette langue. C’était simple et logique, point barre. Il n’aurait pas été sage de mettre en doute ce dogme. Sauf qu’avec l’épisode de la tour de Babel, le loup est dans la bergerie et Dieu se chargea de l’en sortir. D’après l’enseignement judéo-chrétien, le roi Nemrod eut l'idée de construire à Babylone une tour assez élevée pour que le sommet touche le ciel. Ce faisant, quel était donc leur intention sachant que le trône du Seigneur suprême, selon leur littérature sacrée, se trouvait en ces lieux célestes ? Donnez-leur une main, ils vous prendront le bras ! Alors Dieu fit échec à l’entreprise démoniaque en introduisant la diversité des langues. Les multipliant, il divisa les hommes et les jeta dans la confusion.
 


Willian Jones, un des fondateurs de la Société asiatique du Bengale

 

Parenthèse informative : il n’y a pas un Dieu mais des Dieux, à l’origine. Pareillement, il n’y a pas une langue mais des langues, à l’origine. Voilà des faits et non de la théorie. Celui qui a visité des pays aux cultures dont les mœurs et les coutumes sont plus ou moins les mêmes que ceux de leurs ancêtres, sera toujours exposé à cette réalité : chaque région parle sa langue -et ses dialectes, chaque région à son Dieu favori -ou sa Déesse. Le monothéisme radical est une singularité, pas la norme.

 

 

Les Indo-Européens barbares

 

C’est seulement à la sortie de la période sombre du Moyen-âge que les hommes bien pensants se sont cherchés un substitut à ces histoires religieuses ne cadrant plus avec le nouveau paradigme scientifique. D’autant plus qu’il n’y avait aucun résidu de l’hébreu dans les langues européennes et que le latin ne convenait pas non plus. Ils cherchèrent par conséquent une alternative à la Bible, une source plus adéquate à l’origine des langues; et celle-ci ne pouvait être qu’Européenne, c’est-à-dire de race blanche, la couleur de peau des Européens (l’option hindoue, très prisée pendant un certain temps, fut finalement rejetée, les Indiens étant colorés ). En ce domaine William Jones est un précurseur mais nous allons récapituler brièvement les protagonistes qui ont ouvert la voie avant lui aux virtuels Indo-Européens. Ces derniers trouvèrent chaussures à leurs pieds, pour ainsi dire, et s’engouffrèrent tels des barbares à la conquête du vieux continent, de l’Atlantique à l’Asie.


 

Quand on parle des Indo-Européens

Quand les Aryens débarquent !

Gandhi Mahabharata, Bhagavad-gita, L'HisoireLe magazine L'Histoire a publié un article sur Gandhi et le Mahabharata, intitulé « Extraire le bien du mal : la leçon du Mahabharata. » L'auteur qui l'a pondu est un individu du nom de Faisal Devji, de l'université d'Oxford.* Cette critique acerbe s'inscrit dans le cadre d'un dossier sur la vie de Gandhi dont le magazine en a fait la page de couverture. En le lisant, j'ai tout de suite voulu y répondre et un titre m'est venu à l'esprit : « Quand les Aryens débarquent ! »

Voici le passage qui a motivé ma réaction : « Le devoir exige même de tuer d'abord les membres de sa propre famille. » !?! Rien qu'en partant -parce que je n'ai pas fini- deux mots sont déconcertants et incongrus: "d'abord" et "propre". Pourquoi, en effet, Krishna recommanderait-il à son ami et cousin de tuer d'abord sa propre famille ?! En vérité, Devji ne se fonde pas sur la Bhagavad-gita ou le Mahabharata pour écrire ces inepties, mais sur Gandhi. Ce savant, formé dans les universités les plus en vue, ne sait donc pas que Gandhi ne croyait pas en Krishna ? Un jour, il y a bien longtemps, j'ai rendu visite à un ami qui me faisait l'éloge de Gandhi. Comme nous nous trouvions devant sa bibliothèque, il y avait sur une des étagères, la Bhagavad-gita interprétée par Gandhi. Je la pris et l'ouvrai. La première ligne que je lus c'était : « Ce n'est pas Dieu qui parle » mais la représentation du Brahman. En critiquant Gandhi, Devji fait d'une pierre deux coups. Il associe le Mahatma, comme on l'appelle, et le Mahabharata à la violence indue et cruelle qu'un longue tradition de dénigrement de la spiritualité païenne perpétue, et spécialement celle de l'Inde. C'est l'anthropologue Jack Goody qui écrivait : « Les Grecs de l’Antiquité ne portaient guère l’Asie dans leur cœur. »

 


 

On constate que cette haine pour l'Inde et leurs Dieux est encore vivace aujourd'hui. Dans un magazine supposément sérieux sur l'histoire, celui dont on parlait plus tôt, on colporte l'idée que Krishna aurait donné un tel enseignement : « Ce sacrifice, cette preuve de détachement et de désintérêt est la seule et unique voie qui conduit à une violence moralement bonne. Cette forme de violence représente d'ailleurs l'acte moral le plus sublime. » Selon Faisal Devji : « Gandhi glorifiait de tels actes chez les héros de la mythologie hindoue. » L'auteur ne connaît manifestement pas le Mahabharata. Il semblerait qu'il paraphrase Gandhi sur ce que ce dernier aimait de ce récit mais qu'il ne le connaît pas vraiment lui-même. Ou alors sa mémoire est déficiente. Comment peut-il juger, partant de cette mécompréhension, de ce qui est bien ou mal et en outre donner un titre pareil à cet article ? Tout le monde sait que les Pandavas étaient de grands spiritualistes à cheval sur les principes et les devoirs. Tout le monde sait que Krishna a tout fait pour éviter cette guerre. Et tout le monde sait à quel point Duryodhane était envieux, avide de pouvoir et sans scrupules. Sauf Faisal Devji.

Les langues indo-européennes

"Le français fait partie d'un ensemble de langues apparentées qui s'appelle la famille indo-européenne.* (Tout le texte ci-dessous provient d'un site dont vous trouverez le lien en fin de page.)

 

 

Il n'existe aucune trace directe de l'indo-européen, qu'on suppose originaire du sud de la Russie vers 4000-5000 ans avant J.-C. Comme le montre la carte, il existe un ensemble de sous-familles de l'indo-européen, caractérisées par des ressemblances plus fortes, comme les langues germaniques, qui comprennent l'allemand et l'anglais, les langues romanes, basées sur le latin, qui comprennent le français, l'italien, l'espagnol et d'autres, les langues celtiques comme l'irlandais et le gallois, etc.

Si on n'a jamais entendu parler un locuteur indo-européen, et si on n'a pas de textes écrits, comment sait-on que cette langue a existé? Les premières constatations d'une relation remontent à des philologues basés en Inde au 18e siècle, notamment Gaston-Laurent Coeurdoux, un jésuite français, et William Jones, un avocat anglais. Tous les deux ont remarqué des similarités frappantes entre une série de langues indépendantes, notamment le latin, le grec et le sanscrit, une langue sacrée de l'Inde. Par la suite, d'autres ont étendu les relations aux langues germaniques et à d'autres langues, créant ainsi la linguistique comparative. Pour comprendre ces relations, considérons le concept 'je porte', qui s'écrit pherō en grec, ferō en latin, biru en vieux irlandais, et bai'ra en gotique, la version antique de l'allemand. Sur la base de ce genre de ressemblances, sur des correspondances systématiques entre les sons, et sur des données sur les cultures, on a conjecturé l'existence du proto-indo-européen, une langue qui aurait été parlé il y a plus de 6000 ans, avant de se diviser en dialectes et par la suite en langues distinctes."

Mon commentaire : Mais pour mieux comprendre ce déroulement civilisationnelle, il faut revenir quelques centaines de milliers d'années auparavant, selon l'auteur de ce texte, en conformité avec tout ce qui a été dit sur le sujet et comme l'histoire nous a été transmise, par des hommes aux intérêts divers mais pas toujours catholiques, pour faire un mauvais jeu de mots.

"Le langage est une des caractéristiques fondamentales de l'être humain. Il est également un phénomène extraordinairement complexe qui met en jeu des facteurs sociaux, biologiques, physiologiques, psychologiques et symboliques.

On ne peut séparer le développement de l'espèce humaine du développement du langage, et vice versa. Nous allons donc commencer par un survol de trois choses:

  • l'évolution de l'espèce humaine
  • le développement des capacités symboliques de l'espèce
  • les traces de l'origine du langage.

L'évolution de homo sapiens

Un ensemble de données génétiques et archéologiques nous incitent à croire que l'espèce homo sapiens a vu ses débuts en Afrique il y a environ 200,000 ans. Une note en passant: il est maintenant bien établi que homo sapiens n'est pas la seule espèce d'hominidé qu'on a vue sur la terre. Qu'on pense aux Néanderthaux, entre autres. Mais nous allons limiter notre perspective ici à homo sapiens.

Ces proto-humains auraient quitté l'Afrique il y a environ 60,000 ans et depuis ont couvert la terre."

* Le lien : Introduction à la linguistique

Dumézil et la montée des nationalismes

Cachez ce coin de terre que nous ne saurions voir.
Georges Dumézil était l'un des plus influents protagonistes de la thèse d'un peuple parlant la langue indo-européenne, les Aryens. En 1941, alors que la France était sous la botte des nazis, il écrivait sans scrupule dans une revue devenue à son corps défendant collaborationniste, La nouvelle revue française. Son nouveau directeur, durant cette période, Pierre Drieu La Rochelle, se suicida après la guerre. La revue, qui fut par la suite interdite de publication, réapparaîtra en 1953. Dumézil échappa de peu à l'accusation de collaborationniste. On n'allait pas le condamner pour ce qu'il écrivait durant cette période, même si c'était limite : « Aujourd'hui, au-delà des luttes fratricides qui sont peut-être le dur enfantement d'un ordre stable, on ne voit sur la planète qu'un coin de terre où pu grandir un appelant à ce triomphe. Mais sans doute arriverait-il trop tard. »

Liens en relation :

Quand on parle des Indo-Européens
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