Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Laziz

Bernard Sergent et les Indo-EuropéensPour comprendre et transmettre un phénomène ou tout autre savoir, nous utilisons des mots. Et c’est mots doivent avant tout être définis, au moins relativement à la discussion, pour éviter les ambiguïtés. J’ai déjà à cet égard mentionné les vocables Indo-européen et aryen, je parlerai plus tard de celui d’Inde mais pour l’instant je voudrais clarifier l’utilisation du mot science et celui de savant.

Je n’ai pas besoin de vous l’apprendre car vous savez très bien que la science n’est pas une entité indépendante comme le serait un Dieu pour les croyants; elle dépend des hommes et des femmes, qui la font progresser. Et les hommes et les femmes, même s’ils ont été rigoureusement formés à cette discipline, ont leurs croyances et leurs travers : ils commettent des erreurs et sont prompts à tromper autrui. Nombre d’entre eux mentent comme des arracheurs de dents.

Dans son livre Les Indo-Européens : histoire, langues, mythes (1995), l’historien Bernard Sergent est bien obligé de l’admettre : « Les savants étant des hommes, et comme tels participant à l’axiologie de leur nation ou de leur époque, le domaine d’études indo-européennes -comme bien d’autres- a été victime de distorsions d’origine idéologique. »

Il l’est toujours, selon moi, victime de distorsions d’origine idéologique. Quand on interroge un allemand dans son pays et qu’on lui demande s’il est aryen, il répond généralement oui, même s’il ne sait pas d’où lui vient cette identité…

Ci-dessous un bon documentaire sur le sujet.

_________________

 

L’aryanisme, une croyance scientifique?  

L’aryanisme, et ses corolaires, est une croyance scientifique qui n’en finit pas de mourir. On peut se poser légitimement la question de savoir si elle n’a pas ressuscité avec les nationalismes et les partis politiques fascistes ; ils ont, en ce moment, partout dans le monde, le vent en poupe.

Ce sont les « savants » qui ont propagé ces idées, encore aujourd’hui. Les français n’utilisent plus le mot aryen à cause -mais pas seulement- de la deuxième guerre mondiale. Je suis en train de lire une biographie de Pierre Assouline sur Gaston Gallimard; je reproduis ici quelques lignes à ce sujet: « Dans son avertissement, le président du syndicat des éditeurs précise les nouveautés de cette nomenclature d’indésirables : les traductions de l’anglais (sauf les classiques) et du polonais, les livres d’auteurs juifs (exception faite des ouvrages scientifiques) et les biographies consacrées à des juifs, même si elles sont signées par des ‘aryens’… » On y apprend que les maisons d’édition françaises doivent être « aryanisées » si elles veulent continuer à publier. Il est compréhensible alors que les français veuillent s’en distancer.

 

Image de la poignée de main entre le maréchal Pétain et Adolf Hitler, à Montoire, le 24 octobre 1940.On peut dire que la France a été contaminée temporairement par l’idée de race aryenne, car celle-ci était surtout allemande, la fameuse race blonde aux yeux bleus. Et qu’il y aura toujours des français pour faire son éloge, à l’instar de Jean Haudry, le linguiste aux idées d’extrême droite dont ses Que sais-je? sur les Indo-Européens servaient pour l’enseignement académique. On ne le permet plus, maintenant. (On apprend dorénavant aux élèves français qu’il n’y a plus de races, même s’ils peuvent lire dans les livres que les savants et les écrivains utilisaient ce mot régulièrement et sans préjugé.) L'auteur a réimprimé son ouvrage dans une nouvelle édition.

Pour en lire plus sur Jean Haudry:
 

__________________
 

Georges Dumézil avoue ne pas savoir « Dans votre travail, demande-t-on à Georges Dumézil, depuis le début jusqu’à aujourd’hui, l’Inde a été l’un de vos domaines de prédilection. 
–Vous savez, répond-il, l’Inde, les Indes, sont un monde. Pour l’étudier vraiment il ne faudrait rien faire d’autre. »

Et les intellectuels ont tous pris Georges Dumézil comme référence incontournable alors qu'il ne connaissait l'Inde que par les livres, par nécessité pour ses recherches. Il n'en avait cure. Il n'y a jamais été et la perspective d'un tel voyage ne l'intéressait nullement. Sa véritable passion, c'était la civilisation grecque. Il l'aimait tellement qu'il voulait à tout prix croire à ses dieux et mourir parmi eux.

Personnellement, quand je lis à propos de la Grèce antique, des esclaves, de la façon dont les femmes étaient considérées, de la haine qu'ils vouaient aux étrangers (ne serait- ce que les habitants des autres villes du pays), de la pédérastie, etc., les cheveux me dressent sur la tête. Mais je suis bien conscient qu'il faut de tout pour faire un monde et que les goûts et les couleurs ne se discutent pas, souvent ils sont innés.

Bharata est le véritable nom de l'Inde. Pas celle d'aujourd'hui. Autrefois elle était beaucoup plus grande, géographiquement. Ce terme, Inde, est une désignation étrangère. Grecs et arabo-musulmans nommèrent ainsi tout ce qui se trouvait au-delà de la rivière Síndhu. Ce nom, mentionné dans les Védas, est bien sanskrit mais il désigne une rivière, non un pays. Ce qui fait que les substantifs "inde" ou "hindouisme" portent toujours à confusion et sont impuissants à décrire la réalité historique, sociale, culturelle et religieuse de cette civilisation.

Quand on lit Bernard Sergent à ce propos, on se demande qui peut comprendre vraiment ses explications. D'ailleurs, il ne semble pas réaliser la place privilégiée qu'elle occupait parmi les anciennes civilisations. Il débute son livre sur les indo-européens sans la prendre compte: « Les peuples des premières grandes civilisations de l'histoire, celle où apparaît l'écriture, se rattachent à trois familles linguistiques indépendantes: sémito-hamite ( Égyptiens, Akkadiens, puis Babyloniens, Syriens d'Ébla, etc.), sumérienne, élamite.»

Voici l'explication, en anglais, que donne Wikipédia:


The word "Indus" is the romanised form of the ancient Greek word
"Indós" (Ἰνδός), borrowed from the old Persian word "Hinduš",
which in turn was derived from the Sanskrit word "Sindhu"
(सिन्धु pronounced [sɪndʱuː]). [1] The word "Sindhu" or "Sindh"
is still the local appellation of the Indus River. The original Sanskrit
word "Sindhu" is an amalgamation of two words, "sim" (region or
entirety or border) and "dhu" (to tremble or shake) and means "a
body of trembling water, river, stream or ocean".

 

 

À le lire, les Hindous ne connaissaient pas encore l'écriture. Pourtant, aucune civilisation, de près ou de loin, n'avait atteint, en ces temps-là, son degrés d'avancement et, en l'occurrence, la richesse grammaticale dont font preuve les textes sanskrits tels que les Upanishads ou le Mahabharata, pour ne citer qu'eux.

« Ce n'est que plus tard -vers la fin du III millénaire- que les peuples définissables comme indo-européens apparaissent: timidement d'abord. » Noter la précision... Puis, nous explique-t-il, le plus sérieusement du monde, que deux peuples, « les Hurrites et les Kassites, qui ne ne sont pas de langue indo-européenne mais dans les noms des rois et des dieux révèlent que des éléments proprement indien s' étaient mêlés å eux... « À la bonne heure! » m'étais-je exclamé. Mais il ajoute, entre parenthèses, cette remarque bizarre: « même si ces Indiens-là ne viennent pas de l'Inde mais d'Iran... Une porte est ouverte ou fermée; sont-ils hindous ou iraniens? Perses, devrions-nous dire, plutôt, car ce pays ne fut appelé Iran qu'à partir du XX siècle, ce qui coïncide étrangement avec l'engouement pour les Aryens à cette époque en Europe.

La suite de cette phrase, que j'ai interrompue pour la commenter, annonce confusément l'arrivée des Indo-Européens en Inde: « ... formant en quelque sorte une coulée symétrique à celle qui portera leurs frères de langue vers la vallée de l'Indus. "Leurs frères de langue" étant les mythiques Aryens ou son synonyme les Indo-Européens, ce qui, jusqu'à nos jours, n'a jamais été prouvé. Inutile de vous dire tout le bien qu'en pensent les Hindous contemporains, depuis leur libération du joug colonialiste, de cette histoire sans queue ni tête qui avait vogue surtout parmi les intellectuels racistes, notamment les Allemands. Mais la France n'est pas en reste, comme nous l'avons déjà vu. "La nouvelle droite", ce parti politique qui repris de la vigueur dans les années 80, avec Alain de Benoist et Jean Haudry, le linguiste, auteur de livres sur les Indo-Européens, sont des fervents de ces thèses qui n'en finissent pas de mourir et de polluer les esprits: ils sont persuadés que l'homme de Néandertal, pour le dire sur une pointe d'humour, sont à l'origine de tout ce qui est grand et civilisé sur notre planète.


Pour approfondir le sujet:

Bernard Sergent et les Indo-Européens
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article