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Publié par Laziz

Bertolt Brecht

Science et progrès avec Bertolt Brecht

Dans L’achat du livre, Brecht écrivait : « Plus nous arrachons de choses à la nature grâce à l'organisation du travail, aux grandes découvertes, aux inventions, plus nous tombons, semble-t-il dans l'insécurité de l'existence. Ce n'est pas nous qui dominons les choses, semble-t-il, mais les choses qui nous dominent. Or, cette apparence subsiste parce que certains hommes, par l'intermédiaire des choses, dominent d'autres hommes. Nous ne serons libérés des puissances naturelles que lorsque nous serons libérés de la violence des hommes. Si nous voulons profiter en tant qu'hommes de notre connaissance de la nature, il nous faut ajouter notre connaissance de la nature, il nous faut ajouter à notre connaissance de la nature, la connaissance de la société humaine.»

>Vous n’aviez pas à être communiste pour croire à la science avec un grand S. L’Amérique, qui était à l’opposé de cette idéologie, n’en était pas moins friande. Athées ou croyants cultivaient les mêmes convictions pour le progrès et cela malgré le mal qu’il répandait sur sa route, pour la simple raison que le progrès engendrait aussi beaucoup de biens apparents, artificiels et pratiques, comme la machine à laver, le frigo ou les vaccins. Et le luxe.

Paradoxalement, Leonid Brejnev disait :

« Le progrès des sciences et techniques, tel est le principal levier de la création,
de la base matérielle et technique du communisme. »

Imaginez la France et l’Algérie, pays où j’ai vécu et qui se rassasiaient d’idées socialistes et communistes à en vomir sur les autres! Leurs citoyens ne juraient que par la croissance et le développement scientifique. Ils n’avaient aucun intérêt pour la simplicité et l’écologie. Tous les problèmes monstrueux, comme les produits toxiques, la radioactivité et j’en passe, étaient balayés sous le tapis. On ouvrait le journal et que lisait-on? le nouveau catéchisme pour homme et femme modernes : « C'est la science qui assura aux sociétés humaines des lois et une organisation juste et rationnelle. Elle résoudra les problèmes sociaux de l’homme, en créant de nouvelles richesses qui n’auront été ravies à personne… » Dixit Paul Painlevé (1936)

Aujourd’hui, tout doucement pas vite, face aux revers catastrophiques et mondiaux qui résultent du déploiement des ressources scientifiques, ces effets secondaires gros comme le nez au milieu du visage, on commence à regarder la vie telle qu’elle est en réalité, et à accepter, mais toujours à contrecœur, le fait que la recherche scientifique n’est pas si inoffensive qu’on veut se le persuader.

Oui, bien sûr, et heureusement, il y a toujours eu quelques rares individus -et même parmi les communistes invétérés- pour réaliser les inconvénients et l’injustice qui se cachaient, et plus que jamais de nos jours, derrière la théorie scientifique du progrès. Ces exceptions, cependant, sont les arbres qui cachent la forêt.

Qui donc construit télescopes et accélérateurs géants ?
Dans les journaux, on donne le nom des savants.
Les savants serrent-ils-les écrous ?
Von Braun fabrique les fusées de la NASA. Tout seul ?
Gell-Mann découvre les mystères des particules élémentaires.
N'a-t-il pas à ses côtés au moins une secrétaire ?
Quand la bombe éclata, Oppenheimer trembla.
Personne d'autre ne tremblait ?
A chaque page une découverte.
Qui imprime les livres ?
Tous les ans, un prix Nobel.
Son laboratoire qui le balaie ?
Autant de récits,
Autant d
e questions.

D'après Bertholt Brecht, dans Questions que pose un ouvrier en lisant. Cité par Jean-Marc Lévy-Leblond dans L'Esprit de Sel, 1984, et repris dans son texte, La science dans l’idéologie, qu’il a écrit pour Philosopher, le livre de Robert Maggiori et Christian Delacampagne. Au sujet de ce dernier ouvrage, vous pouvez lire ma critique sur ce blog*. En attendant, voici encore deux citations de la plume de ce philosophe, Lévy-Leblond, qui est aussi un critique des sciences : « L’expertise scientifique utilisée pour camoufler les responsabilités politiques ou économiques est l’une des conséquences les plus néfastes de la mythification de la science. »

*

Jean-Marc Lévy-Leblond sur la science

Et pour entendre Lévy-Leblond sur la science, voici un extrait vidéo.

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« L'évolution de la société, celle de la culture amène des progrès, mais aussi des pertes irréparables. » Roger Hausheer

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L’immortalité, avec Fernand Dumont, Le lieu de l’homme

En face du marché où ma femme fait ses courses une fois par semaine durant la belle saison, il y a un bistro fréquenté par des maghrébins et des pieds noirs. C’est là que je l’attends et je m’offre un café que j’apprécie d’autant plus qu’il est hebdomadaire. Parmi la faune que forme la clientèle j’entretiens une relation joviale et piquante avec quelques nostalgiques d’un autre monde, notamment un vieux juif qui a participé à la naissance du Club Med et le fils d’un colon français qui dirige avec son associé une boîte de publicité à Montréal. Ce dernier se rend de temps à autre avec sa conjointe à Alger où vit leur belle-fille que leur fils a divorcé. Ils ont gardé cependant une très bonne relation avec elle. Je crois qu’ils l’aident financièrement dans le maintien d’un restaurant qu’elle a ouvert et qui fonctionne bien. Il m’a offert un essai pour le voyage que je m’apprête à faire ces prochains jours. "Lecture contrainte et forcée", ai-je pensé… Je le lui ai fait savoir en arborant un sourire amical. Il m’a dit que je ne le regretterai pas et que je me dois de connaître Fernand Dumont (un intellectuel québécois). Je l’ai remercié chaudement en lui promettant que je n’y manquerai pas. Maintenant le livre, Le lieu de l’homme, est rangé dans la valise. Je ne l’ouvrirai que lorsque je serai dans la salle d’attente de l’aéroport. Je prends ces précautions car un bon livre m’absorbe totalement et réussit à me détourner d’affaires plus pressantes. J’ai lu tout de même la quatrième de couverture et j’ai osé m’aventurer sur la première page de la présentation, écrite par un certain Serge Cantin. Le passage que j’extrais m’a immédiatement porté à faire le parallèle avec le Mahabharata : « De nos jours, plus que jamais sans doute, les grandes œuvres de la pensée mènent une double vie : celle, apparente et évanescente, que leur prescrivent comme à tout autre "produit culturel" les lois d’un marché axé sur l’Impératif catégorique du nouveau et du consommable ; puis une autre vie, souterraine sinon clandestine, où elle s’entête à durer, à ne pas se laisser réduire aux circonstances de leur apparition, témoignant ainsi, à travers l’étrange puissance contraignante qui les habite, de cette modalité spécifique de l’être historique envers laquelle notre époque se montre si peu accueillante :  l’immortalité.  »

Juin 2016

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Paul Feyerabend_citation

 

Paul Feyerabend_citation

 

 

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