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Publié par Laziz

Nous allons le voir, c’est l’individualisme pris comme une force unificatrice, lorsqu’il se retrouve dans un milieu social, au lieu du dogme philosophique stérile et sans avenir préconisé par les athées; ces derniers voient en l’individu un amalgame d’atomes qui se dissolvent à sa mort dans une masse cosmique et indistincte d’atomes. Autant en emporte le vent.

Selon la Bhagavad-gita, qui est également une Upanishad, et des plus importantes, l’être humain est avant tout individualiste, ce qui ne signifie pas pour autant qu’il nourrit une relation impersonnelle avec les autres membres de sa communauté ou qu’il n’a pas d’intérêt à participer énergiquement à son développement et à celle de la société en général. Ceci dit, assurons-nous de nous entendre sur le mot individualiste’dont je reproduis la définition du dictionnaire:
A. − Qui accorde crédit à l'individualisme; qui reconnaît la prééminence de l'individu sur le groupe, la collectivité, la société.
B. − [En parlant d'une personne et de sa manière d'être] Dont le comportement manifeste l'individualisme; qui exprime son indépendance, son originalité propre, personnelle, spécifique.

La preuve que l’être humain est avant tout individualiste, c’est que son essence, ce qui donne la vie à son corps et le soutien, est une âme –individuelle, éternelle et immortelle. Krishna l’explique en personne. Au début de la fameuse bataille racontée dans le Mahabharata, il encourage Arjuna à ne pas prendre, en cet instant crucial de l’engagement militaire, en considération ses attaches à la famille ou au groupe et d’agir selon ses devoirs : « Je te le répète, Arjuna, celui qui siège dans le corps, est éternel, il ne peut jamais être tué. Tu n’as donc à pleurer personne. » Ce qui compte, selon les Upanishads, c’est le salut, personnel : on sauve en priorité son âme au lieu de se lamenter sur le sort du monde. De toute manière, la bonne marche de ce dernier ne dépend pas de notre humble personne ni d’ajustement à court terme. En outre, on ne peut sauver les autres si nous sommes prisonniers des griffes de la matière.

Voici le conseil de Krishna dans la Bhagavad-gita : « Comblé de cette intelligence spirituelle, l’individu peut, en cette vie même, se libérer des suites du karma, des actions bonnes ou mauvaises. Efforce-toi, Arjuna, d’atteindre à l’art d’agir par le yoga. Ainsi, pourvu de ce savoir, fais ce que tu crois bon pour toi et pour les autres. C’est ton choix en tant qu'individu. »

Plus tard, selon la tradition, Arjuna et ses frères décideront de partir pour la forêt et de vivre en solitaires (varnaprastha), à l’instar de tous les individus capables de réaliser une telle indépendance. Ce faisant, ils pratiqueront le yoga, une discipline très répandue dans l’antiquité et qui implique la solitude.

L'hindouisme, K.M. Sen, livreÉvidemment, nous ne faisons pas allusion à un individualiste absolu, anarchique, cela n’aurait pas de sens : les êtres vivants n’existent jamais seuls mais toujours grâce aux autres et avec lesquels ils doivent vivre en bonne intelligence. Mais, pour donner un exemple, s’il tombe amoureux fou au point de fusionner spirituellement, pour ainsi dire, avec son partenaire, jamais cependant cette fusion n’impliquerait une union dans laquelle chacun perdrait son individualité ou son âme.

Si par contre vous dites, et là je cite feu K. M. Sen, un proche collaborateur de Rabindranath Tagore, que la Bhagavad-gita est le prolongement des Upanishads, dans le sens qu’elle enseigne « la doctrine de l’identification du Brahman et de l’atman » (de Dieu, l’Âme suprême, et de l’âme individuelle), c’est que vous n’avez pas compris les paroles de Krishna ou alors, tout simplement, que vous n’êtes pas d’accord avec lui, deux propositions civiles défendables. Mais de se référer à la Bhagavad-gita pour mieux lui planter un couteau dans le dos, comme l’a fait le très réputé Sankara et toute la tradition moniste qui s’en est suivie, c’est de l’escroquerie, ni plus ni moins.

Krishna explique longuement dans la Bhagavad-gita, qu’au-delà de ce monde, un autre existe; il n’est pas de la même substance et les êtres ici-bas en font partie; c’est eux qui y constituent la diversité sous forme de plantes, d’animaux, d’hommes, de femmes et des éléments de la nature, tels les rivières, les montagnes et les vents. ;. Le Brahman, cette lumière saturée d’énergie divine, n’est pas le monde spirituel ultime, il n’en est qu’une étape : « Je suis le fondement du Brahman », dit Krishna.
 

L’individualisme ontologique des Upanishads

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