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Publié par Laziz

Pourquoi doit-il exister plusieurs religions en même temps? Parce que tout le monde ne peut pas s’engager adéquatement sur la voie de la libération suprême, la moksha. Cependant, grâce à notre acharya (le maître Sankara), la vérité suprême est toujours disponible ; elle ne disparaît jamais tout à fait. Chez nous, par exemple, dans notre maison, nous avons accès à de l'eau à plusieurs endroits mais elle n’est pas potable partout. Seulement au puits elle le sera ; seulement au puits elle est pure. Ailleurs, non. Il y a aura toujours de l’eau impure. C’est comme ça. Ça toujours été comme ça, celle du puits est protégée sinon toute l’eau deviendrait impure par contamination. Il en va de même pour les mouvements religieux. Par ces différentes manières d’adorer Dieu, on peut également atteindre à la libération, mais cela prendra plus de temps, le progrès est lent. Le chemin enseigné par notre maître, Sankaracarya, n’est pas sinueux, il va droit au but. C’est la différence majeure et cruciale qu’il y a avec les autres religions. Car elles ne sont pas sans poser problèmes et difficultés, toutes choses inhibantes dont l’individu peut se passer lorsqu’il est sérieux dans sa quête spirituelle. Pour donner des exemples, marié à une jolie femme, un candidat à la libération sera plus facilement distrait de son engagement spirituel; ou travailler et gérer des sommes importantes d’argent ou avoir du pouvoir sur d’autres hommes conduisent souvent à l’égarement, voilà ce qu’entendait mon ami de circonstance par « inhibantes ».

J'ai passé quelque temps avec ces deux personnes à Pushkar. Le plus jeune était un érudit et il voulait que j'aille avec lui rencontrer son guru qui vivait quelque part au Kashmir. Ce que je n'ai jamais réussi à faire malgré ma promesse. Les deux personnes sur la photo sont des adorateurs de Shiva et des tenants du monisme. Selon cette tradition, Sankara est un avatar de Shiva. Ce que j'ai écrit plus haut, c'est sa prêche. Ce jeune m'a appris beaucoup de choses sur cette tradition. Voici une autre de ses envolées que je transpose partiellement ici.

La lumière intérieure ou la conscience

« Prends l'exemple de l'ampoule, me dit-il, c'est pratique pour voir dans la pénombre, n'est-ce pas? Mais toutes les ampoules réunies seront inutiles s'il n'y a pas l’œil pour les voir. Dans ce cas, seule la noirceur persistera. Allons plus loin, l’œil peut être sain mais s'il n'y a pas le mental, il ne verra rien, même s'il est ouvert. N'est-ce pas? C'est tout à fait logique, continua-t-il dans le même souffle. De la même manière, le mental restera insensible à la lumière de l'ampoule si la lumière de l'âme, du Soi, ne se reflète pas en lui. C'est seulement par l'effet de la lumière intérieure que le mental est capable de penser. Si le mental pense, alors les yeux verront, alors seulement ils verront la lumière produite par les ampoules. Grâce au mental les yeux peuvent voir les objets. Et c'est cette lumière intérieure qui le permet et que l'on nomme la conscience. »


Une question d’efficacité et de liberté non préjudiciable
Là, je fais une parenthèse pour ceux qui nous lisent et se disent que notre indien fait de la discrimination : il considère les autres religions avec condescendance, pour dire le moins. Mais n’est-ce pas là le propre des religions de penser que la sienne est la meilleure ou la seule qui puisse nous amener à Dieu? A-t-il vraiment tort de croire ainsi ? Ne faudrait-il pas, au contraire, voir toutes les religions sur un même pied d’égalité au lieu de les considérer comme des voies conduisant à Dieu plus ou moins vite ou directement? En d’autres mots, les religions seraient mieux adapter à certains individus que d’autres.

« Cordonnier pas plus haut que la chaussure. »

C’est un concept matérialiste que de supprimer la hiérarchie et de déclarer que tout ce qui existe urbi et orbi est égal. La science n’affirme-t-elle pas que les mouches sont nos égales? Que l’homme n’est nullement supérieur aux animaux ou aux plantes ? Et si l’on pousse plus loin le raisonnement, ces matérialistes diront que les dieux ne sont pas supérieurs aux hommes. Et plus loin encore, que Dieu n’est pas plus grand que les dieux en charge des éléments matériels tels le vent, le feu, l’eau ou la terre. Donc, il n’y a pas une espèce animale meilleure qu’une autre ; il n’y a pas d’hommes ou de maîtres meilleurs que d’autres ; il n’y a surtout pas d'hommes qui disent aux femmes comment se comporter; (on fait cependant une exception pour les enfants, mais ce paradigme social est battu en brèche par l'enfant roi à qui on ne dit pas quoi faire); pour les évolutionnistes le mariage homosexuel ou hétéro, c’est pareil ; il n’y a plus de civilisation meilleure qu’une autre; ni de religion préférable à une autre. Bref, tout est pareil, tout est Un, Dieu ou moi c’est kif-kif ; la tribu qui vit dans la forêt, toute nue, avec des arcs, et le peuple français, c’est kif-kif, il n’y a aucune différence réelle, sauf un contexte. C’est tout ! (La banquise dans le Nord et les plages ensoleillées dans le Sud, c’est pareil au fond, ce n’est qu’une question d’adaptation. Qu'on s'adapte comme-ci ou qu'on s'adapte comme-ça, c'est du pareil au même ; d'une façon ou d'une autre, c'est une adaptation. Ne pas s'adapter, c’est là que gît le lièvre ; personne ne donne cher du résultat.

L’expression « cordonnier pas plus haut que la chaussure » est tout à fait en phase avec l’esprit de nos contemporains qui prennent cette vision moderne de l’existence, relativiste jusque dans l'âme, pour une pensée philosophique.

Croire sur parole au lieu d’alimenter le doute
Paradoxalement, ce n’est pas ce qu’était en train de me dire mon ami baba qui tenait là un autre discours. J’avoue que j'y perdais mon latin. Habituellement les shivaïtes ramènent tout au Un, pourquoi, alors, faisait-il qu’il l’éloge de la diversité ? Pourquoi allait-il dans le sens du poil que j’aime à lisser ? Il savait bien pourtant que je n’accepte pas de confondre Krishna et Shiva en une seule déité, le Brahman, qui n’en est pas une en réalité, mais une énergie. Et une énergie a toujours une source. En dépit de notre différence doctrinaire, je l'écoutais car les occasions sont rares d'aborder la spiritualité autrement que par les livres. Personnellement, je tire un grand avantage lorsque je peux discuter avec quelqu’un qui cultive une vue différente de la mienne. J’encourage un tel interlocuteur à parler, je veux tout savoir. Pour cela, je me rends disponible et je suis tout ouïe; j’évite de faire barrage à ses croyances alors que j’y suis opposé. Je sais que c’est en entrant dans ses chaussures que je peux saisir ce que son cœur recèle de déterminant pour mon jugement; c’est seulement s’il se sent en confiance qu’il me parlera de ses secrets. Je me suis toujours pris avec les religieux quand je suis curieux sur un point spécifique de la doctrine : je rentre dedans en m’approchant le plus possible de ce qui fait vibrer leurs adeptes. Ainsi, je peux en parler en connaissance de cause et je peux tourner la page au lieu de tourner en rond indéfiniment. À un moment donné il faut choisir au lieu de pratiquer le relativisme. Si on a une femme, dit le proverbe, on a toutes les femmes, mais si on a toutes les femmes, on n’en a aucune. C’est ma devise.


 

Lien en relation:

Le point de vue d’un moniste: "tout est Un et différent à la fois".

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