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Publié par Laziz

 

 

Un drame des origines de l’humanité tel que décrit dans le Mahabharata et qui finira bien. Voici le début :

Brihaspati

Le camp des dieux avait pour prêtre en chef le très renommé Brihaspati. Mais, contrairement à son homologue Sukra, qui conseillait les asuras (démons), il n’avait pas le pouvoir de ressusciter les morts, car il ne connaissait pas la formule secrète pour accomplir l'exploit.

De par cette infortune, les dieux se retrouvaient en position de faiblesse puisqu’à chaque fois qu’ils tuaient les ennemis, Sukra les ramenait à la vie.

Ils échafaudèrent alors un plan pour remédier à cet handicap majeur. Ils s’adressèrent au fils de leur guru, Kancha, et le prièrent d’aller étudier sous la direction de Sukra Acharya afin d’obtenir de lui le mantra magique.

Kancha devient le disciple de Sukracharya

Ce dernier, honoré par une telle demande, se montra affable et l’accepta comme disciple. Il avait une jolie fille qui trouva chaussure à son pied, si on peut dire. Elle ne le lâchera plus tant il était gentil et disponible. Car son père passait beaucoup de temps à la cour du roi ou à méditer en solitaire dans les bois. Tous les trois, donc, étaient aux anges, sauf les asuras.

Ils n’avaient pas besoin d’un dessin pour comprendre les intentions qui se tramaient derrière le jeu mené par le fils du grand prêtre des dieux. Ils décidèrent de lui faire la peau. Alors que Kancha gardait les vaches dans la forêt, ils se jetèrent sur lui et le réduisirent en pièces, littéralement. Ils donnèrent les parties de son corps à manger aux chiens et aux animaux de la forêt.

Quand à la nuit tombée il ne rentra pas avec les vaches qui avaient trouvé toutes seules le chemin du retour, la jeune femme en devint extrêmement peinée. Son père usa de son pouvoir pour remédier à la circonstance : sans aucune difficulté, Kancha apparut soudainement devant eux en chair et en os, comme si de rien n’était. D’autant plus que Sukracharya ne refusait aucun désir à sa fille qui était pour lui comme la prunelle de ses yeux.

Comment peut-on être si stupide ? Ils savaient bien, ces démons, que leur maître spirituel avait le pouvoir de ressusciter Kancha ?!

Volkswagen, Martin WinterkornCe phénomène incohérent est pourtant pratique courante dans nos sociétés modernes. Dernièrement, l’affaire concernant l’escroquerie conduite par le patron de Volkswagen, Martin Winterkorn, illustre bien cette singularité. Partout dans le monde la compagnie truquait les moteurs diesel des véhicules pour contourner les tests antipollution et se remplir les poches. Les Américains ont finalement découvert le pot aux roses. Comment ce directeur pouvait-il croire qu’un jour il ne se ferait pas attraper ?

Le scandale récent en France concernant le ministre des finances Jérôme Cahuzac est un autre cas ahurissant mais pas exceptionnel. Un journaliste découvre par accident
qu’il cache une grosse somme d’argent dans une banque suisse mais lui jure devant l'Assemblée nationale qu'il n'a « jamais eu de compte à l'étranger, ni maintenant, ni avant. » L’enquête révèle finalement qu’une grande partie de sa vie professionnelle, qui se déroulait dans les hautes instances de l’État, était gangrenée par des magouilles grosses comme le nez au milieu de la figure. Mais puisqu’il savait zigzaguer dans ce milieu et qu’il connaissait les ficelles de la finance, il trompait son monde les doigts dans le nez au point de croire que la chance serait toujours de son côté.

Jérôme Cahuzac en voleur souriantPuis on nous martèle que les hommes et les femmes intelligents d'aujourd'hui, notamment les philosophes et les scientifiques, scrutent sincèrement l’histoire et l’ADN pour découvrir nos origines ! Qu’ils sont passionnément à la recherche des lois qui font fonctionner l'énergie matérielle, c’est-à-dire ce monde, et ils l’affirment avec tant de sérieux qu'on les croit sur paroles...

« Faire de la science, c’est avant tout faire preuve d’humilité vis-à-vis de la réalité » disait Jean Dalibard. Il faut croire que le Mahabharata ne fait pas partie de la réalité...

« Trompe-moi une fois honte à toi, trompe-moi deux fois honte à moi. »

Le Mahabharata : l'histoire de Kancha et Devayani

Ces asuras étaient vraiment mauvais. Mais pas bêtes. Laissez tranquille le fils de Brihaspati équivalait pour eux à creuser leur tombe avec les dents. Ils n’avaient par conséquent qu’une idée en tête -faire disparaître à tout jamais cet insolent qui venait les narguer chez eux, sous leur nez.

Ils l’attendirent une fois de plus cachés dans la forêt et, sans crier gare, s’acharnèrent sur lui comme des fous, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien. Ils réduisirent son corps en poudre et disséminèrent le tout sur les collines et dans l’océan. « Qu’il aille rejoindre le néant ! » Ils rentrèrent chez eux et burent un bon coup.

 Il ramena alors Kancha à la vie, pour la plus grande joie de Devayani.Le soir venu, Devayani eut un pincement au cœur et devint nerveuse. Quant à Sukracharya il se douta que quelque chose était arrivé à son disciple. Les gens parlaient beaucoup de sa relation avec le fils de Brihaspati, leur ennemi. Mais ce qui le tracassait, en ce moment, c’était sa fille qui n’allait pas bien du tout. Il n’aimait pas la voir dans cet état. Il ramena alors Kancha à la vie, pour sa plus grande joie.

Les asuras apprirent vite la nouvelle. Et la question devint plus pressente encore : comment se débarrasser de lui ? Il fallait à tout prix qu’il n’acquiert jamais le fameux mantra. Dans le cas contraire ce serait leur perte garantie. S’ils pouvaient faire d’une pierre deux coups, ils se débarrasseraient définitivement du problème à peu de frais et cela leur enlèverait une grosse épine du pied.

L’un d’eux eu une idée originale qui fit l’unanimité. Cette fois-ci, ils tuèrent Kancha, en firent de nouveau de la poudre et la mélangèrent à du bon vin. Leur guru adorait le bon vin.

Le Mahabharata : l'histoire de Kancha et Devayani

Sukracharya essaya de convaincre sa fille de l’inutilité de ramener à la vie Kancha puisque les asuras recommenceraient leur crime à la moindre opportunité. Il lui fallait revenir à la raison. « Une jeune femme sage comme toi, qui a vécu en retrait dans la forêt, ne devrait pas pleurer la mort d’un être cher au point de ne plus vouloir manger et dormir. Tu es jeune et belle, tu as toute la vie devant toi. Un autre homme viendra et tu tomberas amoureuse de lui. Il ne faut pas aller contre le destin. Crois-moi, c’est mieux ainsi. »

Rien n’y fit. Il dut encore une fois user de son mantra. Les choses, cependant, ne se déroulèrent pas comme à l’habitude. Kancha n’apparut pas. Alors qu’il réfléchissait à ce mystère, il sentit que son ventre gonflait anormalement. Étant un yogi, il devina ce qui était arrivé. Il eut une bouffée de sang et s’en voulut d’avoir été le jouet des démons. Car tout cela était de sa faute, en vérité. À cause de son goût folâtre et excessif pour le vin, ils avaient réussi à le berner comme un idiot. Généralement on pardonne au vin et on pend la bouteille, mais, de ce jour, on ne l’y reprendra plus : il n'en boira plus une seule goutte, et cela vaudra pour tous les brahmanas.

Ainsi plongé dans ces réflexions, il entendit soudainement une voix ; elle provenait de son ventre ! C’est bien ce qu’il pensait : Kancha se trouvait dans son ventre. Le problème apparaissait insoluble. S’il le faisait sortir grâce à ses pouvoirs de yogi, lui ne survivrait pas. Et pour sa fille cela n’était pas un choix, jamais elle n’accepterait ! Il devait trouver une réponse à ce défi.

Kancha, prisonnier du ventre de son guru, Sukracharya

Alors qu’il réfléchissait en se passant la main sur son énorme et inquiétant ventre, il réalisa à quel point Kancha était intelligent. Par son humble conduite, il avait indirectement fomenté cette situation afin de lui soutirer de plein gré la formule secrète. Car il n’y avait qu’une seule façon de satisfaire sa fille, Devayani, qui était amoureuse de lui : il devait mourir pour que Kancha puisse quitter son corps. Mais pour cela, pour que lui revienne à la vie, il devait lui transmettre le fameux mantra.

Et c’est ainsi que les dieux obtinrent la possibilité de ranimer leurs morts et de reprendre le dessus sur les démons.

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Femmes jalouses

Femmes jalouses, MahabhararataLa jalousie de la femme archétypale, son insécurité ou son impatience, la conduisent souvent à la querelle et, ce faisant, ébranle jusqu’à l’équilibre du monde. C’est du moins une constance qui ressort régulièrement à la lecture du Mahabharata. L’histoire du jeune brahmana, Kancha, devenu disciple de Sukra afin de lui soutirer le secret de la science de la résurrection, en est un exemple. On le sait, la fille du chapelain des démons était amoureuse de lui. Celui-ci, en bon disciple cherchant à plaire à son guru, d’autant plus que la tâche lui avait été confiée par les Dieux, s’était toujours montré affectueux envers elle. Mais lorsqu’elle lui demanda de la marier, il refusa, prétextant qu’elle était de fait presque sa sœur. N’a-t-il pas vécu dans le ventre de son père et n’est-il pas revenu à la vie par lui ? Devayani n’était pas contente, on s’en doute, mais son père réussit à la consoler et la vie continua tant bien que mal jusqu’à ce que l’infortunée réussisse à se détacher de lui et à accepter son sort, non sans quelques fâcheux désagréments pour tous les deux et leurs descendants : beaucoup plus tard Krishna subira lui aussi les conséquences de cette malheureuse saga. C’est une autre histoire. Pour l’instant, je veux raconter l’incident en rapport avec la jalousie.

Le roi des asuras avait une fille du nom de Sarmistha. Devayani et Sarmistha avaient grandi ensemble et étaient de grandes amies. Un jour qu’elles se divertissaient dans l’eau, Indra les aperçut. À la veille de guerroyer contre ses ennemis constitutifs, maintenant qu’il possédait le mantra pour ramener à la vie les morts, une idée lui vint à l’esprit. Car un bon un roi, avant de se lancer dans une guerre frontale et totale, doit épuiser toutes les ressources possibles, telles la diplomatie ou la ruse, et seulement quand celles-ci n’ont pas donné le résultat escompté, alors la guerre devient le recours ultime.

Il entremêla leurs vêtements et quand les filles se rhabillèrent, Devayani ne se rendit pas compte qu’elle avait enfilé ceux de Sarmistha. Un incident qui aurait dû créer l’hilarité entre elles se transforma en une dispute véhémente. Sarmistha s’offusqua de cette familiarité de la part de la fille d’un brahmana qui, après tout, était tenu à la solde de son père. Devayani n’apprécia pas la remarque insultante et le lui fit savoir en mettant les points sur les i. Car si le roi des asuras bénéficiait de sa puissance et de son opulence, c’était bien grâce au pouvoir de son père. En outre, selon le dharma, un brahmana est supérieur de par son statut à un kshatriya. Il faut avoir l’esprit mal tourné pour penser autrement, et ce n’est pas pour rien qu’elle et sa famille appartiennent à la race des démons. Cela mit en fureur Sarmistha qui la jeta dans un puits et l’abandonna.

Quelques heures plus tard, Yayati, qui deviendra par la suite un roi immense, alors qu’il chassait par là, trouva la jeune fille et l’aida à sortir. Elle alla voir son père et demanda réparation. Elle exigea, pour lui apprendre à vivre, que Sarmistha devienne sa servante. Le roi et son chapelain, qui ne voulurent pas envenimer la situation davantage, se mirent d’accord pour que le dédommagement s’effectue ainsi, Sarmistha avait bel et bien commis une faute impardonnable.

FIN

Les castes ou les classes sociales en Inde

 

Krishna à Arjuna : « Mieux vaut accomplir son propre dharma (les devoirs liés à sa classe), même sans mérite, que parfaitement celui d’un autre. Celui qui fait ce qu’il doit faire en fonction de sa nature propre ne saurait commettre une faute. » (18-47)

 

 

C'était il y a 5000 milles ans. Le MBh nous raconte comment les gens vivaient à cette époque, avec force détails et qui valent de l'or pour les historiens, les anthropologues et les savants de toutes catégories. Mas cela ne les intéresse pas.

 

Les classes sociales

Paroles de Vishnou dans le Bhagavad-Purana (5.5.21-22)
en relation avec le tableau ci-dessous sur l'organisation de la société védique

De ces deux manifestations de l’énergie, spirituelle et matérielle, les êtres vivants qui possèdent une vitalité, tels les légumes, l'herbe, les arbres et les plantes, sont supérieurs à la matière brute que représentent les pierres, la terre, etc.
Supérieurs aux plantes et les légumes, par constitution immobiles, il y a les vers et les serpents.
Supérieurs aux vers et aux serpents, il y a les animaux pourvus d’une intelligence. Supérieurs aux animaux, il y a les êtres humains.
Supérieurs aux êtres humains sont les fantômes, car ils n’ont pas de corps matériels. Supérieurs aux fantômes sont les Gandharvas. (Danseurs et chanteurs célestes, ils sont également de puissants et vaillants guerriers.)
Supérieurs à eux sont les Siddhas. (Yogis accomplis.)
Supérieurs aux Siddhas sont les Kinnaras. (Êtres célestes dont le corps est garni d’ailes, comme par exemple Garuda, le transporteur de Vishnou.)
Et supérieurs encore à eux sont les asuras. (Catégorie céleste de l’espèce des démons, ennemis des dieux et de Dieu.)
Supérieurs aux asuras sont les dieux, et parmi eux, Indra, le roi des cieux, est suprême. Supérieurs à Indra sont les fils directs de Brahma, tels le roi Daksa. Mais Shiva est le meilleur d’entre eux.
Il va de soi que puisque Brahma est son père, qu’il a autorité sur Shiva, il est son supérieur.
Sache, cependant, que Brahma est sous ma juridiction, moi, le Seigneur Suprême.
Et parce que je suis favorablement disposé envers les brahmanes, ils sont les meilleurs d’entre tous.

 

PS. Toutes les images proviennent de la BD ci-dessous, aux éditions Amar Chitra Katha. Les textes en français sont de moi.

Le Mahabharata et la résurrection des morts

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