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Publié par Laziz

Kerouac : quelques notes prises ici et là

« Il est vrai que l’alcoolisme tragique de l’auteur des ‘Clochards célestes’, qui coupa court à sa vie et à sa pratique à quarante sept ans, prouve assez que, quelque stade qu’il peut atteindre sur le chemin de l’éveil, il était bien loin de la ‘parfaite’ bouddhéité : les Bouddhas, jusqu’à preuve du contraire, ne mettent pas prématurément fin à leurs jours par l’alcool. » Lu dans la préface.

Malgré le bon sens de ce jugement, l’adjectif ‘parfaite’ me cause problème; il laisse entendre que l’état du bouddhisme est une affaire assez simple somme toute à réaliser, si on n’exagère pas les non sens.

Le préfacier, Robert Thurman, au sujet de Kerouac : « Il ne fait aucun doute qu’il a aimé Bouddha autant que Jésus. La plupart des spécialistes soutiennent que Kerouac était d’abord et avant tout un chrétien, et que le bouddhisme était pour lui tout à fait secondaire. Dans la mesure où je suis moi-même un apostat du protestantisme, j’ai souvent remarqué combien nos élites cultivées sont encore mal à l’aise avec le bouddhisme, combien cette doctrine les déconcerte; même les artistes largement redevables au bouddhisme et à l’Asie rechignent à reconnaître une telle dette, ou ne le font qu’en fin de carrière. »

Réveille-toi, Jack Kerouac livreOù on en déduit que l’intelligence et la culture ne sont pas essentiels et souvent n’ont aucun lien avec le spirituel. Ensuite, il faut se rendre à l’évidence, le christianisme est théiste alors que le bouddhisme est athéiste, deux pôles opposés.

« Cela dit, écrit R. Thurman, les dieux intercesseurs doués d’un pouvoir créateur et d’une grande puissance sont totalement intégrés au bouddhisme et constituent une part importante de l’histoire du Bouddha, même s’ils ne sont pas nécessairement plus éclairés que la plupart des humains. »

Imaginez, des dieux puissants comme des volcans et pas plus « éclairés que la plupart des humains », on serait alors dans de beaux draps!

 

 

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Bouddhisme: la force du vide

C'est "la thèse centrale" qu'il est écrit sur cette image, et j'ai soulignée en rouge la pierre d'achoppement. Quand on parle du Vide (parce que c'est du vide ontologique qu'il est question, du Nirvana), on ne parle pas de ce qui existe.... Ou alors voilà que le bouddhisme aurait retourné sa veste: le monde ne serait plus illusion mais réalité...

Car selon la philosophie vishnouïte (de Vishnou), celle que le bouddhisme a tenté de détruire en lui marchant agressivement sur le ventre par son prosélytisme athée, le monde, l'univers, la Terre et les humains sont bien des réalités. Et même si l'on considère -pour faire le sophiste- que le monde est une méchante illusion, celle-ci -est- réelle. Souvent la corde au sol que l'on prend pour un serpent est donnée pour exemple de cette illusion. Or, nous répondons, non seulement la corde existe mais également le serpent, tous les deux sont réels; c'est uniquement l'amalgame de ces deux entités qui est une illusion.

Pour ce qui est de la logique concernant le vide entre deux choses, par exemple 3 + 3 = 6, tout le monde sait très bien qu'il faut un espace entre, sinon cela donnerait 3+3=6, bienquecelasoit faisable,cen'estpaspratique, vous en conviendrez. Vous me dites...

Liens en relation : Roger-Pol Droit et le culte du Néant

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Taine : le bouddhisme et ses faiblesses

Roger-Pol Droit sur Taine (1828 - 1893) : « Il est le premier à ma connaissance, à expliquer de cette manière le développement du bouddhisme et ses conséquences. […] Presque toutes les interventions antérieures, si diverses qu’elles fussent, prenaient pour centre la question du néant, de l’anéantissement, du prétendu ‘nihilisme’ bouddhique. » Ce qui impressionne Droit ici, c’est la nouvelle perception qu’introduit Taine dans son analyse, celle de la « faiblesse ». Pas dans le sens qu’originellement le bouddhisme aurait eu une faiblesse mais, qu’avec le temps, il l’est devenu.

C’est une Lapalissade à mon sens, car il en est ainsi pour toutes les religions; en fait, il en est ainsi pour toute chose qui évolue! Prenez un être humain, il naît, grandit, devient fort et périclite. Ensuite, avec les moyens scientifiques, on peut le maintenir en vie et même lui donner quelque stimuli, mais l’énergie originelle a faibli depuis longtemps. C’est pour cette même raison que Vyasa met les Védas par écrit, la mémoire de l’homme s’affaiblissant. Mais là où Droit démontre son désintérêt pour ce phénomène, c’est lorsqu’il reprend les thèses à fond raciste de l’époque, qui colportaient l’idée que la civilisation avait vu le jour en Occident et s’était répandue dans le reste du monde. À propos de l’ouvrage de Taine, il écrit : « Le texte s’ouvre sur un tableau de l’arrivée des Ariens en Inde. Aucune faiblesse, rien qu’une force saine… »

Voici le fragment significatif qu’il nous donne en exemple :

Puis il nous apprend que ces Aryens, sous l’effet de la chaleur et l’oisiveté, communes aux pays tropicaux, vont y laisser le meilleur d’eux-mêmes dans cette conquête, ils vont s’affaiblir, dans tous les sens du terme, surtout par leur imagination, précise-t-il, toujours selon Taine. Laquelle d’imagination? Qu’avaient-ils déjà produit dans leur pays d’origine ? Mystère et boule de gomme. Généralement, les érudits de l’époque leur attribuaient l’invention des Védas... Ce qu’ils répètent aujourd’hui avec autant de naïveté. Voici la référence qu’il donne :

« Sur fond de racisme », ai-je écrit. Taine, évidemment, n’échappe pas à ce complexe si ancré dans les esprits à son époque. Il écrit, en parlant des races fortes que sont les nôtres, courageuses et pleines d’espoir : Monsieur Droit ne relèvera pas, tout amoureux du bouddhisme qu'il est, cette incongruité si ce n’est pour oser écrire que des deux côtés l’homme est atteint de dégénérescence, comme ça il est impartial. Il n’a donc pas à souligner, dans ce passage, la trace d’un complexe de supériorité déplacé chez Taine : « Il faut donc distinguer deux faiblesses, se contentera-t-il de remarquer, l’une qui serait forte et européenne, si l’on ose dire, et l’autre qui serait faible et asiatique. » Et Droit de reprendre plus ou moins à son compte les préjugés de Taine quant aux effets soi-disant bénéfiques du bouddhisme sur les sociétés : « En suspendant l’usage de la violence et le règne de la domination, en empêchant que désormais la force réponde à la force, le bouddhisme instaure pour la première fois une paix dans la société. » !?! Un exemple svp ! Prenant le cas d’Ashok. C’était un roi cruel comme il est difficile d’imaginer. Un jour, après un massacre de grande envergure, avec femmes, enfants et vieillards, il se sent misérable et a une réalisation qui le transforme; il se convertit au bouddhisme. Qu’a-t-il fait ensuite? A-t-il suivi l’exemple de nombreux rois en Inde qui l'ont précédé et qui ont abandonné le pouvoir pour se retirer dans la forêt et méditer ? A-t-il congédié son armé en exhortant ses soldats à pratiquer la non-violence ? Les bouddhistes au pouvoir ont-ils cessé de se battre et de faire régner la loi parmi les nombreux rois et roitelets qui fourmillaient dans la péninsule ? Les bouddhistes, par la suite, en Asie, ont-ils développé la réputation d’être de paisibles moines détachés des affaires de l’État, de la politique et du business ? Pas à ce que je sache. Toujours commentant les bienfaits du bouddhisme, Droit écrit : « Les bouddhistes, aux yeux de Taine, ont suspendu la barbarie… » Mais à ses yeux, aux yeux de Droit, qu’en est-il ? Ne pas y répondre, c’est cautionner l’ignorance.

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Bouddhisme: un nihilisme qui n'en est pas un...

Philippe Nassif, qui a recueilli les propos de Michel Hulin dans Philosophie magazine, et dont je ne fais que souligner quelques traits saillants ci-dessous, présente ainsi, en liminaire dans son article, les explications de cet amoureux du bouddhisme : « Éclaircissements du philosophe et spécialiste de la pensée indienne. »

bouddha rishikesh phosphore

Michel Hulin est philosophe et professeur de philosophie indienne. Il a écrit plusieurs ouvrages sur le sujet. Dans un article de Philosophie magazine Nirvana, mode d'emploi, il va tenter, comme beaucoup avant lui, d'expliquer que le bouddhisme n'est pas nihiliste, que le vide n'est pas néant. Joli programme, mais on se demande comment il s'y prendra pour se distinguer de ses prédécesseurs. Selon lui, l'erreur de penser que le bouddhisme est nihiliste vient de la fausse représentation que Schopenhauer, ainsi que d'autres philosophes, en firent. Se sont-ils trompés si grossièrement à propos du sens d'un mot? Qu'est-ce que le nihilisme, qu'elle est sa définition? Si le vocable nihilisme est moins répandu, annihiler, en revanche, est plus connu: il veut dire « réduire à rien ». Si je déclare que je vais ''anéantir'' vos projets ou les ''annihiler'', ces deux propositions signifient la même chose, n'est-ce pas?

Il n'en est rien pour les bouddhistes. Dans leur terminologie, vide ne veut pas dire vide. Car dans le vide, argumente Hulin, il y a tout de même quelque chose. Voici comment s'ouvre l'article: « Le bouddhisme propose une voie de salut simple et radical: et si, à l'origine de toute souffrance, il y avait l'illusion du moi ? » Il a écrit «simple», mais on pressent déjà les difficultés sous-entendues. Qu'est-ce donc cette «illusion du moi? » Le moi, dans la philosophie hindoue, c'est l'âme, l'atman. Mais Bouddha, en athée convaincu qu'il est, trouve la notion de l'âme éternelle et immortelle incohérente et décide que tout est faux. Pas tout, en fait, car il ne pourra pas se défaire de la réincarnation, la doctrine de la transmigration des âmes! Mais comme l'âme n'existe pas -selon lui-, il s'agit alors de concocter une entité qui la remplacera. Ce n'est plus une âme dans le sens traditionnel et spirituel, mais c'est tout comme. Bref, quand on crée, quand on invente, quand on fait tabula rasa, tout nouveau concept, surtout s'il s'oppose à l'ancien, comme le judaïsme au paganisme, est une réalisation digne de ce nom, c'est progressiste. De l'art. En l'occurrence, l'art de remplir le vide avec du vide.

 

Nature mauvaise et divine

Quand la Bible conseille de ne pas construire sa maison sur un pont (le dit-elle?), c'est une chose, mais quand M. Hulin soutient le contraire, c'en est une autre. Écoutez-le: «Il faudrait parvenir à se sentir comme un lieu de passage, dit le Bouddha à la manière d'un Héraclite, comme le siège de phénomènes qui nous précédent, nous traversent et nous emportent au loin.» Dans la réalité, selon mon expérience, s'il y a un lieu où il ne faut pas traîner, ce sont bien les lieux de passage. Évidemment, si l'on aime les courants d'air, c'est autre chose... Mais l'interview de Michel Hulin ne s'arrête pas là; du même souffle, il ajoute : « Et c'est à partir de cette analyse que prend sens l'idée qu'il existe un état, le nirvana, où cesse toute la douleur. » Normal, vous n'existez plus ! « Et une voie de salut qui y mène. », continue-t-il. Qui mène qui, puisqu'il n'y a personne, puisque le moi n'existe pas?! Puisque selon les bouddhistes d'ailleurs, et je cite M. Hulin : « Il n'y a personne pour entrer au nirvana, étant donné que le soi a été dissolu. » Après on viendra me dire que ce n'est pas du nihilisme! En tout cas, rien de nouveau et d'éclairant...

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Roger-Pol Droit et le culte du Néant


Le livre, le culte du néant, DroitQuelques notes rapides, ce matin, sur le bouddhisme selon les mots de Roger-Pol Droit : « Pour s’en tenir à l’essentiel, il suffit peut-être de dire, en reprenant les termes attribués au Bouddha, que la délivrance est cessation. »

Moi, chevauchant sa pensée, mais ne prenant pas en compte son « peut-être », si cher aux spéculateurs, j’ânonne: « la-cessation-de-nos-désirs-et-de-nos-actes… »

Ainsi nous n’engendrerons plus de karma. Cessation. Fin du samsara, des morts et des renaissances.

Précisons que le karma est une notion védique qui conçoit l’âme comme sujet se réincarnant… Or un bouddhiste ne reconnaît pas l’âme, la réincarnation se poursuivant sans elle… (sourire, face à cet oxymore.)

Le bouddhisme -originellement né en Inde- s’est distancé radicalement des Védas. Il les a rejetés en bloc mais a gardé des éléments de son enseignement comme le karma et la réincarnation, devenus une patate chaude dans sa bouche.

Par conséquent, on lit sous la plume de Droit : « L’âtman (âme ou le soi) est un terme sans référant. Aucune interrogation le concernant ne peut obtenir d’autre réponse que le silence, car il n’y a en fait aucune question. Demander par exemple si l’âme est mortelle ou immortelle, dans la mesure où ‘âme’ ne dénote aucune réalité, c’est comme demander si le fils d’une femme stérile est bien portant ou malade, ou si les poils de tortue sont mous ou durs. » C’est si évident que l’on se demande pourquoi Krishna, dans la Bhagavad-gita, n’avait pas pensé à ça avant d’enseigner à Arjuna ce qu’est l’âme?

Puis, tout le long de son livre, il va tenter d’expliquer qu’Hegel, Schopenhauer, Nietzsche et tutti quanti avaient tort de désigner le bouddhisme comme néantisant, que celui-ci ne conduit pas au nihilisme.

Si arrêter de penser, cesser d’avoir des désirs, ne pas prendre la vie qui nous entoure comme réalité, mais plutôt une grave erreur de perception, sans substance aucune, si affirmer en plus de cela qu’il n’y a rien après la mort, que l’être en soi n’existe pas et n’existera pas plus dans l’au-delà, si tout ce pot-pourri d’élucubrations rafistolées à qui mieux mieux n’est pas une conception du nihilisme, alors il faudrait que notre philosophe nous explique ce qu’est le nihilisme.

Paradoxalement, il publie des livres, remplit des pages et des pages de son écriture loquace, pour déclarer en définitive que la vérité n’est pas explicable, que l’âme n’a pas de référant et que seul le silence constitue la réponse à nos interrogations...

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Révélation du dalaï-lama

Le dalaï-lama déclare, dans une formule choc, « Je ne suis pas tibétain, je ne suis même pas bouddhiste. Je suis exactement pareil que vous. »

Pareil que nous ? En effet, il était temps d’en finir avec cette tradition de la retransmission du savoir par l'élection d'un nouveau maître qui la représente, ( il a émis le souhait de ne pas avoir de successeur), car contrairement à ce que l'on dit dans ce magazine, il est très critiqué, et par les bouddhistes mêmes. D’ailleurs, à mon entendement, même si je suis loin de leurs idée, le dalaï-lama, actuel, n’a jamais représenté l’esprit du bouddhisme; il est tout sauf un vrai bouddhiste ( y en a-t-il seulement ? ). Cela, évidemment, ne l’empêche pas d’être gentil, diplomate et philosophe, dans le registre marxiste, fasciné par les sciences modernes, les technologies, comme cet enfant qui ouvrait tous les transistors pour découvrir leur mécanisme secret intérieur.

Dans ce même éditorial, Virginie Larousse cite l’exemple de Jésus qui « les convie à sortir du carcan étroit de leur tradition. À s’ouvrir à l’Autre. À explorer la variété du monde. » Malheureusement, depuis deux milles ans les Chrétiens ont appliqué systématiquement et obtusément tout le contraire. Alors à quoi sert-il de se référer à Jésus-Christ sur cette question si cela n’a jamais fonctionné ? Et quand ils sont ouverts, ces dévots du Christ, il leur est impossible d’aller « au-delà de la religion » car ils sont trop dépendants de leurs dogmes, et cela même quand ils les ont plus ou moins rejetés.

V. Larousse personnifie bien ce travers. Pour elle, la « quête chère au Vedanta de l’Inde » ( comme s’il n’y avait que les Védas dans le vaste corpus de la littérature védique) tend « vers une universalité qui propose de rechercher l’unité, par-delà l’apparente diversité des hommes et des cultures. » Le sempiternel rabâchage... 

Ce faisant, elle entreprend une lecture bouddhiste en l’occurrence ou, à la rigueur, sankarite ou shivaïte si chère aux ‘sorbonniens’, pour expliquer la spiritualité des Védas et dénigre en bloc l’existence d’une tradition populaire et érudite, fondée sur la multiplicité authentique* des dieux et des réalités spirituelles, en ce monde et dans l’autre, et cultivée par des millions d’Hindous par le biais des Puranas, du Ramayana ou du Mahabharata, textes de loin supérieurs à la compréhension que l’on peut tirer des Védas ( dont personne de toute manière ne possède la capacité de les comprendre et cela depuis fort longtemps). Larousse fait comme on l’a toujours fait, elle ignore l'existence de cette tradition, pourtant la seule vraie et légitime que les Hindous entretenaient et entretiennent toujours avec leurs Dieux : la bhakti ou le vaishnavisme.

* Et non pas en jetant de la poudre aux yeux. Parce que dans les faits, ces érudits ne croient pas à l’existence réelle des dieux –ils ne s’en servent que pour la rhétorique. D'autant plus que le Bouddha a rejeté l'importance des Védas comme référence spirituelle ; et avec eux tous les dieux dont il y est question. On voit mal à quelle ouverture V. Larousse fait allusion...

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