Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Laziz

Mahabharata, histoire, mémoire, écritureCe qui frappe à lire la saga du Mahabharata, c’est qu’on n’y mentionne pas de livres, jamais il n’en est question, ni de lecture. Le Mahabharata, le plus long livre de l’antiquité, le premier de cette sorte à avoir été écrit, ne parle jamais d’un livre mais de récits, d’histoires, d'anecdotes dont il est conscient, tels le Ramayana ou les Purana. Mais jamais les personnages, qui sont d’une extrême intelligence, jamais les prêtres qui officient les sacrifices complexes, délicats et longs, ne font allusion aux livres pour s’aider durant leurs tâches. Il n’est question que d’une implicite mémorisation.

Vous l'aurez deviné : tout cela en dit long sur le passé, la transmission, les livres et la mémoire.

 

 

_____________

 

Le bien et le mal sont, à l’origine, des représentations artificielles car, en réalité, selon les Védas, au-delà de ce monde matériel ici-bas, le mal n’existe pas. Le monde spirituel est pures éternité, connaissance et félicité (sat, chit, ananda). Donc, pour que le monde matériel soit, Dieu, selon les Puranas et les Itihasas, introduisit le mal en envoyant ses fidèles dévots assumer le rôle de démons, car seuls eux sont qualifiés pour se battre avec lui. Sinon, aucun être ne peut se mesurer à Dieu, il n’y a pas photo.

 

Vishnou, sous la forme d'un homme-lion, le Seigneur Narasimha, se bat contre le plus grand de ses ennemis, Hiranyakashipu, spécialement venu du monde spirituel pour remplir cette tâche.  

 

 

____________________________

Bien que les Védas traitent dans un idiome qui nous apparaît aujourd'hui mystérieux, des premiers temps de la vie ici-bas, il est inutile d’essayer d’appréhender l’identité des dieux ou la signification des liturgies et des rituels sacrés les concernant à partir des indications que nous pouvons y trouver. La tentative serait vaine et naïve et le signe de notre ignorance quant à ce phénomène religieux primitif. Le Mahabharata a été rédigé pour solutionner ce problème. Il synthétise et rend disponible dans un langage universel tout ce savoir mystérieux qui ne peut être perçu qu’au travers d’une évolution des mœurs non altérée par le temps, particulièrement par le jugement, l’opinion et la politique des hommes toujours prompts à distordre les faits. Et pour cette raison, deux êtres exceptionnels seront chargés de rédiger cette « Grande histoire du royaume de Bharata » : l’avatar Vyasa et le fils de Shiva, Ganesh.

 

_____________________

Une oeuvre destinée au peuple

Il faut garder à l’esprit que cette œuvre géniale, le Mahabharata, dont la date de la rédaction reste incertaine pour les savants, l’évaluant arbitrairement autour des premiers siècles avant notre ère, mais qui, selon Vyasa, son auteur, a été rédigé après le départ de Krishna et de la dynastie des Yadu, c’est-à-dire 3000 ans avant J.-C., Bouddha étant apparu quelques siècles encore après, ne traite pas uniquement de cette époque, que ce soit 3000 mille ans ou quatre siècles avant J.-C., mais d’événements beaucoup plus lointains dans le temps. Dans ce sens, ce document, littéraire de surcroît, est un outil et une référence extraordinaires, irremplaçables et incontournables pour les historiens et les scientifiques de toutes disciplines dignes de ce nom. Ce ne sont pas eux qui peuvent en bénéficier le plus, mais le peuple, si celui-ci n’était pas aussi dépendant de l’autorité scientifique qui ne fait que le rouler dans la farine. Le Mahabharata a été écrit pour le peuple, c’est tout le sens de cette œuvre, et non plus pour les brahmanas et les ksatriyas uniquement.

mahabharata-pandava- écriture-mémoire-draupadi

_____________

La femme, comme une arme défensive

La femme, comme une arme défensive-Mahabharata-citation

Ou lire encore vers la fin de cet article , le chapitre intitulé La femme jalouse. J'y écrivais :

« Le roi des asuras avait une fille du nom de Sarmistha. Devayani et Sarmistha avaient grandi ensemble et étaient de grandes amies. Un jour qu’elles se divertissaient dans l’eau, Indra les aperçut. À la veille de guerroyer contre ses ennemis constitutifs, maintenant qu’il possédait le mantra pour ramener à la vie les morts, une idée lui vint à l’esprit. Car un bon un roi, avant de se lancer dans une guerre frontale et totale, doit épuiser toutes les ressources possibles, telles la diplomatie ou la ruse, et seulement quand celles-ci n’ont pas donné le résultat escompté, alors la guerre devient le recours ultime. »

_______________

La liberté des femmes

La femme libre- BD- Mahabharata-citation

Les origines de ce que l'on appelle confusément la démocratie remonte à la civilisation indienne, le pays que l'on désignait alors de Bharata, du nom d'un roi. Le peuple était protégé par la classe des guerriers dont le caractère devait se conformer au dharma*. Leur devoir consistait à faire respecter l'ordre qui en émanait dans tout le pays. Les meilleurs d'entre ces hommes de pouvoir (les kshatriyas) étaient des seigneurs ou des rois.
 

« Concept typiquement indien, qui regroupe des notions de justice, de devoir, d'ordre cosmique ou personnel, de norme, de loi, de coutume sacrée, d'honneur, d'éthique, d'instinct. »
C'est la définition extraite du livre de Gilles Schauferlberger et Guy Vincent, La chute de Yayâti. Yayâti étant l'ancêtre de Pandu.

__________________

 

Dhritarastra, roi par intérim, est aveugle, dans le sens physique du terme. Et moral. Cette situation est déjà un signe de mauvais augure, et la suite des événements le confirmera. Sa future épouse, Gandhari, choisira de se bander les yeux au moment de son mariage afin d’être sur un pied d’égalité avec son mari. De cette noble et courageuse conduite, il en ressort un symbole très fort que j’interprète dans la rétrospectivité : l’amour pour son fils démoniaque et pour son mari la rendra, elle aussi, moralement aveugle. D’où la comparaison que nous faisons avec notre temps : bien que la vérité soit accessible à tout un chacun, les humains, possédant un degré raisonnable de conscience et de jugement, ferment les yeux sur les injustices et les abus perpétrés par avidité pour la jouissance et le confort. Ils sont encouragés en outre par les politiques et les scientifiques qui, eux aussi, ne jurent que par leur part du gâteau.

La vache au service de la science

La vache au service de la science-citation

Pour en lire plus à ce sujet :

_______________

Les castes

Livre-sandrine prévot- caste

Comprendre les castes-livre-mahabharataJe devrais en parler plus longuement, ce que je ferai un autre moment très certainement, mais cela donne une idée de ce que furent les castes, bien que tout cela reste confus. Et cette confusion a été entretenue par les Hindous eux-mêmes et par ceux qui, de l'extérieur, ont essayé de comprendre cette dimension sociale que sont les castes. Déjà dans le Mahabharata le problème est soulevé par Bhima et l'aristocratie quand Karna veut participer au tournoi afin d'obtenir la main de Draupadi. Or, Karna n'est pas connu comme un Kshatrya mais comme appartenant à une sous-classe. Bhima, selon une perspective plus libérale que prônaient les sages et les Écrits, avait eu tort car Karna, même dans cette position subordonnée, possédait les vraies qualités d'un guerrier. Mais ce sont les conservateurs qui eurent le dernier mot. Aujourd'hui, plus personne en Inde ne peut prendre sérieusement ces distinctions, elles sont devenus depuis déjà des siècles impraticables.

 

Les castes, sandrine prévot

 

 

Pour en lire davantage :

___________

Mahabharata, pandava - draupadiLes frères Pandava sont unis comme les cinq doigts de la main; ils le seront jusqu’à la mort. Sur cette image, on les voit renoncer au monde et s’en aller dans les Himalayas. Ils sont d’autant plus remarquables dans leur fidélité à leur frère aîné qu’ils ont, exceptionnellement, une femme pour les cinq. Mais jamais Draupadi ne sera un prétexte de conflit entre eux tellement ils se respectent et respectent leur mère, Kunti. C’est d’ailleurs elle qui leur a dit, dans un moment d’inattention, alors qu’elle croyait que son fils, Arjuna, parlait tout simplement d’un cadeau qu’il ramenait à la maison, de le partager entre eux. Comme la parole d’une mère est sacrée, le frère aîné a décidé qu’il en serait ainsi.       

Commenter cet article