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Publié par Laziz

« Sur ce point, écrit Jean-Claude Carrière, aucune discussion n'est, avec lui, possible. Quand on lui fait remarquer que le récit du déluge se trouve six ou sept siècles plus tôt dans un poème assyrien, L'épopée de Gilgamesh, il dit avec fermeté : "Non, ce n'est pas vrai."  »

Mais quand on lui fait remarquer que le récit du déluge se trouve déjà raconté dans le Mahabharata et les Puranas avec force détails, il fait la sourde oreille, il ne mentionne même pas cette circonstance dans son livre. Or, en Inde, le déluge est rigoureusement connecté aux cycles de l'Univers qui se reproduisent sur des centaines de milliards d'années à intervalles réguliers. Et il ne faut pas perdre de vue que les Hindous maîtrisaient l'art du calcul au plus haut point et que c'est d'eux que les Arabes ont copié les chiffres et le zéro, que les Occidentaux en repris par la suite. Donc, rien à voir avec les spéculations des Grecs ou plus tard des Européens. Voir ce qu'en dit dans une note ci-dessous J-F. Revel à ce propos*. Pour l'instant, je vous propose de lire ces quelques lignes tirées du livre de Carrière et qui montrent bien les limites qu'il s'impose lorsqu'il communique l'histoire des mythes.


Une expression moderne du déluge selon la version hindoue du Mahabharata.

« Que l'un soit largement antérieur à l'autre est strictement assuré. Prouvé, indiscutable. Il existerait même un récit de déluge plus vieux de plusieurs siècles. De pareils intégristes, mis devant l'évidence d'un texte largement antérieur, disent : "Oui, Gilgamesh, bien sûr, mais il existait un récit juif du déluge plus vieux encore, qui a été perdu." La croyance, une fois de plus ferme les yeux et les oreilles. Elle tend un voile sombre devant le savoir. » Dit-il, en toute innocence...

Sans débander, il continue : « Pour le déluge, et l'arche de Noé, ce n'est d'ailleurs pas le seul problème. En fait, lorsque nous faisons appel à notre très embarrassante "raison", ces problèmes, pour le croyant intégriste, sont ici multiples : si j'embarque un couple de lions pour quarante jours, combien me faut-il de moutons pour les nourrir pendant tout ce temps-là ? Et combien de foin et de luzerne pour nourrir les moutons ? Quelles étaient donc les dimensions de l'arche ? D'autant plus qu'il en va de même pour les tigres, les chacals, les panthères, les hyènes, les loups, les rats, les renards, les putois...
Pour les jaguars ? C'est moins assuré. Noé a-t-il traversé l'Atlantique pour recueillir les animaux d'un continent alors inconnu ? Cela n'est pas dit dans le récit traditionnel. Alors, comment les a-t-il fait venir ? Et les anacondas, et les pumas, et les perroquets ? Et les serpents à sonnette ? Cela ne nous est pas dit non plus. Peut-être l'Amérique a-t-elle été épargnée par le déluge ? Mais pour quelle raison ?
Et les poissons ? Étaient-ils d'eau salée ou d'eau douce ?
Que d'incertitudes. » (Page 105)

*Jean-François Revel raconte à sa manière, truculente et percutante, cette période de notre histoire dans un article "La terrifiante mère nature", publié dans L'Express. (Mars 1969)

« Avant d'être objet de science, ou même tout en étant objet de science, la "nature" est une projection des fantasmes de l'homme. À la "mère" nature, toute puissante et terrifiante, nourricière et meurtrière, imprévisible et vorace, les Grecs avaient opposé un cosmos conçu comme une petite maison claire et aérée, aux lignes simples, clôturée à la mesure de l'homme. Ce monde fermé, rassurant, le Moyen-Age en avait hérité. Et c'était un monde extraordinairement petit. Les distances sidérales tenues pour exactes par Dante, par exemple, donneraient, évaluées dans le vocabulaire actuel, moins d'une demi-seconde-lumière entre la Terre et le soleil (136 000 km) et cinq minutes lumière entre la Terre et les étoiles, toutes supposées équidistantes de notre planète, et soutenues par une voûte fixe. Même chaude intimité dans les durées ; en plein XVIIe encore, Mersenne*, le correspondant de Descartes et de tant de philosophes et de savants, calcule que le monde a (en 1634), selon lui, très précisément 5934 d'âge. »

* Marin Mersenne (1588-1648), connu également sous son patronyme latinisé Marinus Mersenius est un religieux français appartenant à l'ordre des Minimes, érudit, mathématicien et philosophe. On lui doit les premières lois de l'acoustique, qui portèrent longtemps son nom (en)1. Il établit concomitamment avec Galilée la loi de la chute des corps dans le vide. De Waard dit de lui qu'il était le secrétaire de l'Europe savante de son temps. Ecclésiastique à la culture encyclopédique et aux centres d'intérêt multiples, Mersenne est une des figures les plus marquantes parmi les érudits de son temps. (Wikipédia)

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