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Publié par Laziz

Le génie de l'islam. Dogmatisme religieux réactualisé par Tariq RamadanJe n’ai rien de personnel contre lui, je le trouve plutôt agréable, distingué et cultivé. Ce que je critique là est généralisé chez les penseurs de toutes sortes, religieux, athées, philosophes et scientifiques, nés et instruits à l’occidental, en l’occurrence.

Dans son nouveau livre, Le Génie de l’Islam, il donne à un de ses chapitres ce titre : Quête de Dieu. En partant, il faut se dire, comme la couverture l’indique, que c’est la vision islamique de Dieu, et non l’universelle. C’est son côté ambigu, le fameux double langage; on ne va jamais au fond des mais on prétend parler de Dieu, l’Être suprême.

Il est vrai que son livre est vendu dans une librairie « universelle », la Fnac et que c’est le meilleur moyen de rejoindre les musulmans. Et aussi les non-musulmans qui voudraient s’enquérir sur le Dieu de l’islam ou la vision de celui-ci des musulmans. J’insiste, la vision du Dieu musulman -selon une logique musulmane. Si vous n’êtes pas musulman, cette logique ne fonctionne pas. Vous comprenez, n’est-ce pas ?

Voici un exemple typique sous sa plume : « En ce sens, on peut dire qu’en islam il n’existe pas vraiment de "théologie", au sens strict du terme, puisque "le discours sur Dieu" est limité à ce que les sources scripturaires nous en révèlent. »

Vous noterez qu’il distingue dans le contexte le mot ‘théologie’ et l’expression ‘le discours sur Dieu’. Et remarquez surtout les mots clés de la fin de la phrase : "limité", "sources" et "révèlent". Nous sommes en plein dogmatisme.

On ne peut donc pas lui en vouloir s’il éduque les musulmans. C’est juste qu’en 2016, il est tout de même singulier d’être encore contraint au sectarisme quand on parle de Dieu. L’islam ne peut-il pas évoluer ou doit-il toujours ce limiter à ce discours qui tient d’un côté le Coran et de l’autre la dynamite pour celui qui voit la Divinité différemment ?

« La sagesse consiste donc à aimer Dieu », écrit-il.
Je pose la question : qu’est-ce Dieu dans l’islam ?

Je n’ai pas osé écrire : qui est Dieu dans l’islam ? Vous comprenez pourquoi, n’est-ce pas ? Dieu, en islam, n’est pas quelqu’un. Il est plus proche de quelque chose que de quelqu’un. Mais en m’exprimant ainsi, je crains de commettre déjà une offense. Car Dieu ne peut être une chose, même avec un C majuscule. Un Être à la rigueur mais pas une chose. Je pense…

En islam Dieu est indéfinissable. Je ne prononcerai pas un blasphème si je dis qu’il est Rien. Un Rien divin. C’est beau, non ? Les chrétiens et les juifs diront une « absence », Dieu est absence. Ça fait cheap, je trouve.

En philosophie, on dit, à l’instar de Tariq Ramadan : « Tout commence par une double négation. » Ni, ni ; j’ai déjà parlé longuement de tout cela, mais comme c’est Tariq, l’occasion est trop belle. « Une double négation », voilà la manière pour un musulman de connaître Dieu. Ou comme il écrit : «… en cherchant à mieux Le connaître en s’approchant de Lui. » Il donne cet enseignement page 79. Il n’est de Dieu qu’Allah et rien ne lui ressemble. Double négation.

« Rien n’est semblable à Lui. » Entre vous et moi, il est clair que rien ne peut lui être semblable s’il n’est rien. Ou si « rien ne Lui ressemble ». Difficile, à mon avis, de s’approcher d’une Super-Puissance dont on ne peut rien connaître.

Faux ! me reprendra-t-on, on accuse à tort Tariq Ramadan de double langage. Ce qu’il enseigne est en accord avec le Coran : « On ne peut définir Dieu, Le décrire, Le représenter ou en parler au-delà de ce que Lui-même dit de Lui-même dans Sa révélation et dans les inspirations dont il gratifie Son Messager. » Dixit, Tariq Ramadan.

Je suis d’accord. Mais que dit le Coran de Dieu ? Qu’il est grand, intelligent, puissant, omniscient, miséricordieux ? J’appelle cela des banalités. Prenez note que je n’ai pas écrit «mais que dit Dieu dans le Coran ?» mais plutôt « que dit le Coran de Dieu ?». Une nuance de taille qui coupe court au double langage. Ce n’est pas Dieu qui parle au Prophète Mahomet. Selon le dogme de l’islam, Dieu ne parle pas.

Pour résumer, je dirai que l’islam, ou le monothéisme abrahamique en général, a dépossédé Dieu de tout pouvoir, sensible, pratique et personnel. Contrairement à ce que promulgue Ramadan, Dieu a été rendu impuissant ; il ne peut jamais se manifester directement à l’homme, il n’a même pas le pouvoir de se montrer à lui en le qualifiant pour une grâce. Le Messager de Dieu l’a décidé ainsi, en conformité avec la tradition. C’est toujours par des subtilités confondantes et sujettes au double langage qu’une éventuelle communication est possible. Quoique depuis Mahomet une telle communication ne s’est jamais plus reproduite, à ce que je sache, et cela malgré la quête sincère des croyants pour « mieux Le connaître en s’approchant de Lui ». Dieu s’est tu. En d’autres mots, la Révélation fut une exception. Elle a été de surcroît une subjectivité; en son temps le prophète réalise et interprète des paroles angéliques puisqu’il n’a jamais eu de relation directe avec Dieu, contrairement à ce que laissent entendre l’enseignement et les dévots. Ce n’est nullement comme l’écrit Ramadan « une expérience personnelle et sans intermédiaire. » Le Prophète a reçu le message à travers un ange, pas de Dieu. Et l’ange ne s’est pas expliqué sur sa relation avec l’être suprême. En avait-il une ? À vrai dire, il n’y a aucune indication sur le cosmos, sur la vie concernant les autres planètes ou en quoi consiste l’existence dans le monde spirituel, ni sur la « Nature, le bien-être et l’amour », sauf, encore une fois, des banalités.

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