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Publié par Laziz

« Et tant que les hommes n’y seront pas de nouveau systématiquement entraînés,
il y aura fort peu de grands penseurs, et le niveau moyen d’intelligence dans les
domaines de la spéculation autres que les mathématiques et les sciences
physiques demeurera très bas. »
John Stuart Mill, Sur la liberté

Résumé du résumé de l’histoire de Skanda
Kartikeya, ou la création d'un puissant Dieu_Mahabharata Parce que les dieux avaient un besoin pressant d’une personne capable de vaincre les démons, dont l’activité de prédilection est de perturber l’ordre dans l’univers, entre autres les sacrifices qu’organisent les prêtres à cet effet, ils sont allés voir le démiurge Brahma pour qu’il trouve une solution durable. Celui-ci leur annonça qu’il avait déjà tout prévu et même préparé un plan à cet effet. Sur ce, il envoya Kama, le dieu de l’amour pour tirer Shiva de sa trop longue méditation et qu’il ait envie d’aimer Parvati, sa femme. Si ce projet ambitieux était mené à terme, il naîtra un fils exceptionnel capable de mettre de l’ordre dans l’univers. Pour bien faire, il faudra envoyer Agni, le dieu du feu, s’emparer du sperme de Shiva, ce qui n’est pas une mince affaire.

Le plan, cependant, se déroula plus ou moins comme prévu mais des complications surgirent. Agni fut obligé de se débarrasser rapidement de la substance qui lui brûlait le corps tout entier et la jeta dans le Gange. Elle se retrouva dans les hautes herbes et six femmes de brahmanas allaient entrer en contact par osmose avec elle alors qu’elles voulaient profiter de la chaleur qui émanait du lieu et provoquée par le sperme comme en ignescence. Elles deviendront enceintes et chacune donnera un fils. On les appellera les krittikas. Parce que leur mari les répudiera, n’étant pas le géniteur, désolées, elles deviendront des étoiles. En Occident, cette constellation s’appelle les pléiades et le mythe, apparemment, a quelques ressemblances avec celui-ci.

Ces six fœtus ne feront qu’un à la naissance et l’enfant prendra le nom de Kartikeya. Il manifestera quelque fois une apparence à six têtes avec un cou, douze yeux, douze bras, et grandira très vite. De par sa force exceptionnelle qu’aucun dieu ou démon de peut venir à bout, Indra en fera le chef de ses armées. Kartikeya est également connu sous le nom de Skanda, entre autres, et Krishna dit dans la Bhagavad-gita :

 Krishna dans la Bhagavad-gita : « D’entres les chefs militaires, je suis Skanda. »

 

Alain Daniélou et Skanda

Daniélou et Skanda

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« C’est dans le Coran, non dans le Nouveau Testament, que nous trouvons
cette maxime : "Tout gouvernant qui désigne un homme à un poste
quand il existe dans ses territoires un autre homme mieux qualifié
pour celui-ci pêche contre Dieu et contre l’État". »
Idem

Les informations que Yudhistir veut entendre maintenant de la bouche de Markandeya concernent la fascinante naissance de Skanda. Les lecteurs du Mahabharata apprécieront qu’il veuille débrouiller l’intrigue quant à sa venue au monde, tant les fils sont enchevêtrés. Ce sera son dernier récit, puis on n’entendra quasiment plus parler dans le Mahabharata de Markandeya, ce sage parmi les sages, le patriarche incontesté. Skanda et le fils du dieu du feu, Agni, et de Svaha, selon la version du Mahabharata. Svaha est la fille de Daksha, le prajapati. Mais Skanda est avant tout le fils de Shiva et de Parvati.

À quoi sert Indra, le dieu des dieux ?

Indra, le Dieu des dieux_MahabharataQuand les sages approchèrent Skanda pour le solliciter d’accepter le poste qu’occupait Indra, maintenant que ce dernier avait été battu par lui (un enfant, de surcroît -Kumara), celui-ci demanda : « Mais que devrai-je faire si j’assume ce rôle ? »

Ils répondirent : « Indra distribue des bénédictions quand il est content et élimine ceux qui causent du trouble, les méchants. Il comble les besoins des justes et assigne à chacun des dieux leur tâche. Il doit agir aussi de temps à autre comme maître de cérémonie pour le Soleil et la Lune*. Ou alors, quand la situation l’exige, prendre directement en main les affaires habituellement du ressort des dieux responsables de la terre, de l’eau, du feu ou de l’air. »

Skanda n’avait pas encore donné son avis qu’Indra lui-même l’encouragea à accepter ce poste. Mais Skanda ne voyait pas la chose du même œil. Il dit aux sages : « Je ne suis pas intéressé par cette fonction, aussi prestigieuse soit-elle. Au lieu de cela, je veux simplement servir loyalement le Bienheureux Indra. »

Cette décision ne plut pas à Indra car Skanda était sans l’ombre d’un doute supérieur à tous. Jamais il ne pourrait exiger de lui le respect que l’on doit au maître de l’Univers, c'est-à-dire lui-même, Indra. « Les gens ne sont pas dupes, insista-t-il. À la longue, il y aura des divisions et des conflits surgiront qui ne feront qu’affaiblir la force de l’autorité et des dieux. Il n’y a pas d’alternatives, tu dois accepter humblement cette nomination. »

Skanda resta sur ses positions : il ne voulait pas prendre sa place. Il lui dit : « Donne-moi un devoir à accomplir et je l'exécuterai parfaitement, tu ne t’en plaindras pas.
-Alors, rétorqua Indra, deviens le chef de mes armées.

*La Lune est masculin en sanscrit.

 

Brahmanas opérant un feu de sacrifice

Je voulais parler du feu, et l’histoire de Skanda tombe à point, cet élément matériel étant la cause de sa naissance si fantasque. Tout comme pour les autres dieux plusieurs biographies "officielles" racontent la vie de Skanda, différentes les unes des autres, en tout cas dans les détails, mais il n’y a rien là de particulier, c’est plutôt la norme que l’exception. Le monde n’est pas blanc ou noir. Et tout ce qui touche aux dieux est complexe, extrêmement complexe. Voici donc résumé celle du Skanda, dieu éponyme du plus long des Puranas. Nous reviendrons ensuite à mon intention de discuter du phénomène de l’évolution du feu et de ses fonctions.

Shiva et Parvati dans une étreinte amoureuse_SkandaAlors que Shiva et Parvati étaient en symbiose amoureuse dans une méditation extatique, Indra, voulant éviter que le démon, l’asura Taraka, profite de leur état et ne s’empare de la puissante énergie du sperme, envoya le dieu du feu, Agni, la dérober et la mettre en lieu sûr.

Il réussit sans mal son fait en l’avalant mais Parvati s’en aperçut et le poursuivit, en vain. Il était loin déjà et, rendu chez la déesse Ganga, il fut heureux qu’elle accepte de cacher la substance tant elle lui brûlait l’estomac. Parvati demanda alors aux dieux la raison de cette folle action. Ils répondirent qu’Agni avait agi pour son bien et celui de Shiva. Considérant avoir été abusée, Parvati prit la forme de Durga et maudit les dieux : dorénavant leurs femmes ne pourront jamais profiter du plaisir que procurent les enfants… Pour ce qui est d’Agni, il deviendra à partir de ce moment une incontrôlable entité qui brûlera tout ce qu’elle touche, sans discrimination. Ce qui est bon ou mauvais, bien ou mal lui importera peu et sa nourriture sera contaminée par la saleté et les impuretés; en outre, il sera toujours entouré de fumée noire. Elle ajouta encore pour son malheur que quiconque dans l’Univers s’approchera trop près de lui sera immédiatement réduit en cendre.


Nous avons déjà là, sans l’avoir cherché, quelques indications sur la genèse du feu. C’est un début.

Plus tard, six femmes appelées Krittikas (et qui deviendront des étoiles)* seront considérées les mères de l’enfant issu de cette semence, et non Parvati. L’enfant, qui est représenté parfois avec six têtes, sera connu sous les noms, entre autres, de Kartikeya (de Krittikas), Skanda (jeté -skanna), Murugan, Subramanya ou Kumara, l'enfant; les dieux étant habituellement pourvus de plusieurs noms. Parvati, sous la forme de Durga chevauchant sa monture, un lion, reprit son enfant et l’éleva. Grâce à sa force prodigieuse que lui transmirent Shiva et Parvati, Skanda tua le démon Taraka qui créait la stupeur et détruisait la force des dieux. C’est ainsi qu’il devint le chef des armées d’Indra.

* Les six femmes qui ont donné naissance à Skanda deviendront des étoiles, les krittikas. (Elles sont sept mais l’une d’elle, de part sa chasteté notoire et irréprochable, ne sera pas impliquée dans la confusion entourant la naissance de Skanda.)

Les krittikas sont traditionnellement adorées par les femmes enceintes qui leur offrent des feuilles de neem, du yaourt et des citrons. On retrouve souvent ces autels sous un arbre de neem à côté d’une rivière. Six pierres maculées de vermillon suffisent pour les représenter et combler les désirs des dévotes.

Note. Dans l’astronomie occidentale, la constellation qu’elles forment est appelée Pléiade. Ce groupe remonte à la Grèce ancienne et représente également sept sœurs. Leur histoire a aussi plusieurs versions. 

La Pléade ou les Krittikas, les femmes des sept sages

 

« Si j’insiste avec autant de force sur l’importance du génie et sur la nécessité
de le laisser se développer librement, tant en pensée que dans la vie, c’est
que, bien que je sache que nul ne refuse cette position en théorie, je sais
aussi que le monde y est en réalité totalement indifférent. »
Idem

Tout a commencé un jour qu’Indra était en train de méditer sur la montagne Manasa. Il s’y était retiré pour réfléchir au problème des attaques récurrentes des démons et qui mettaient à mal son royaume et ses habitants. Puisqu’il n’était pas assez puissant pour les combattre efficacement, il lui fallait trouver quelqu’un de plus qualifié que lui pour refouler ses ennemis au fin fond de l’Univers. En outre, il devait s’assurer que ses sujets, les brahmanas par exemple, essentiels à la bonne marche de son royaume et qui officiaient les feux de sacrifice, puissent vivre paisiblement, sans cette peur constante d’être agressé.

Avatars de Vishnou_MahabharataUn jour qu’il méditait en solitaire, il entendit des cris de détresse lancés par une femme. Sans perdre un instant, il courut offrir son aide et trouva une jeune femme aux prises avec un personnage qui la tenait fermement par le poignet. Comme il ne voulait pas la lâcher, un combat s’ensuivit au bout duquel l’agresseur prit la fuite. Puis, les présentations faites, Indra réalisa qu’elle était sa cousine. Elle s’appelait Dévasena (Armée des dieux) et était la fille de Brahma et de la sœur de sa mère. Déconcerté par la situation, il lui dit : « Comment se fait-il que tu ne te sois pas débarrassée de cet asura par tes pouvoirs, tu es bien assez puissante vu ton ascendance ?
-N’en croyez rien, répondit-elle. Au contraire, j’ai besoin d’un homme fort, très fort, qui deviendra mon mari. Je vous en prie, vous pouvez répondre à mon désir. À un tel homme mon père garantira un statut invincible. » Indra ne pouvait pas refuser d’aider sa cousine, mais trouver ce candidat n’allait pas être une tâche facile.

Dans le cas qui nous occupe ici, Vishnou se manifestera comme le fils de Shiva et Parvati, Skanda.

Alors qu’il réfléchissait à ce nouveau défi, Indra porta son regard au loin et vit le soleil se lever sur la montagne. C’était le jour de la nouvelle lune. Les nuages et même la mer étaient rouge sang. On appelle ce moment qu’est le crépuscule l’heure de Rudra (Shiva). Cette conjonction particulière de la lune et du soleil est effrayante, elle est annonciatrice d’un combat terrible qui va se dérouler bientôt, dès que la nuit sera complètement terminée, entre asuras et dévas ; ils sont prêts à se jeter les uns sur les autres. De cette occasion que représente l’union entre la lune, le soleil et le feu (le feu des sacrifices que les brahmanas offrent au soleil par l’intermédiaire de sa déité Agni), un fils pourrait voir le jour. La lune, le soleil et le feu, pensa-t-il, sont tous les trois des dieux dignes de donner ce mari extraordinairement puissant que lui demande cette jeune femme. Il doit donc se dépêcher et aller trouver Brahma pour lui exposer ce plan.

feu_Skanda_mahabharata_Indra

Brahma, étant omniscient, attendait ce moment. Il dit à Indra que son idée était bonne et que tout était déjà prévu pour la suite des choses : « Un bébé viendra au monde, il sera fort comme aucun dieu ou démon ne l’a jamais été et il deviendra le chef de tes armées. À ce moment-là il acceptera cette jeune femme comme épouse. » Indra se rend donc aussitôt avec Dévasena là où se trouvent les éminents rishis-brahmanas* qui étaient en train de conduire des sacrifices propiciatoires. Suivi des autres dieux, il leur demande avec exaltation sa part du soma*, la boisson qui rend fort, beau et éternel.

**Je dois maintenant expliquer qui sont ces rishis-brahmanas ou Sapta-Rishis et le soma.

Les sapta-rishis et la division du temps

Sapta et rishis sont deux mots sanskrits qui désignent un groupe de sept sages. Il est dit que les étoiles de la grande ourse sont ces sept sages. Ils sont à l’origine des révélations comprises dans les Védas et qui portent leur nom.

Les Sapta-Rishis et la division du temps_Mahabharata

Dans notre présent âge, les Sept-sages sont Marichi, Atri, Angiras,
Pulaha, Kratu, Pulastya, et Vasishta

Il faut garder à l’esprit que ces évènements, tels que narrés dans le Mahabharata, datent de centaines de millions d’années, voire de milliards. (Ce n’est pas pour rien que les Hindous furent les premiers à se servir d’un zéro pour compter…) Ces histoires remontent au début d’une journée (kalpa) du démiurge Brahma (une de ses nuits dure autant qu’un jour et rien ne subsiste, tout est anéanti par le déluge, sauf, comme nous l’avons vu, le sage qu’est l’exceptionnel Markandeya, le narrateur de cette histoire). Pour vous donner une idée de l'échelle de grandeur du temps védique, Brahma vit cent ans, en calcul cosmique ou divin, il va de soi. Un jour de Brahma est divisé en 14 périodes appelées chacune manvantara. Une période correspond à une vie de Manu, d’où ce nom (manvantara signifie la durée d’un Manu). Il est en fait celui qui crée le monde, et non Brahma, comme on a l’habitude de dire pour simplifier.

 Un jour de Brahma, un kalpa, est divisé en 14 périodes appelées chacune manvantara

Ce patriarche, Manu, est le père de l’humanité. Krishna, dit à cet effet dans la Bhagavad-gita : « J’ai donné cette science impérissable, la science du yoga, à Vivasvan, le déva du soleil, et Vivasvan l’enseigna à Manu, le père de l’humanité. Et Manu l’enseigna à Iksvaku. » (Bg. 4-1)

Un manvantara est alors présidé par lui-même, ses fils, Indra à la tête d’un groupe de dieux influents et les sept sages. Entre chaque décès d’un Manu et une nouvelle naissance, il se produit un déluge partiel et la vie disparait temporairement. Puis une nouvelle ère débute, un manvantara, composée de 71 périodes cosmiques nommées chacune maha-yuga, c’est-à-dire quatre âges : nous vivons présentement dans un de ces âges, le kali-yuga. Donc, avec chaque nouveau manvantara, naît un nouveau Manu, un nouveau Indra et de nouveaux sapta-rishis, les personnages les plus importants de l’Univers. Il faut faire remarquer que même lorsque les Hindous comptent en milliards d’années l’histoire de la création, tous les noms et les dates qui forment leurs récits sont d’une extrême précision. Par exemple, et nous terminerons sur cette note, les noms de ces sages correspondent pour l’actuel manvantara à Atri, Vashishta, Kasyapa, Gautama, Bharadvaja, Vishvamitra and Jamadagni. Il en va de même pour les autres périodes ; les écritures fournissent pour chacun d’eux le nom, celui de leur femme et de leurs enfants, sans parler de tous les détails relatifs à leur existence.

Sapta-Rishis, les sept sages, le déluge et Matsya

L'avatar Matsya met à l'abri de l'inondation, Manu et les grands sages,
qui contribuent au peuplement et à la diversité du monde.

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« La lutte entre liberté et autorité est le trait le plus remarquable de ces
périodes historiques qui nous sont familières dès l’enfance, comme
la Grèce, la Rome antique et l’Angleterre notamment.
Idem.

Le nectar d'immortalité

Le soma est une plante sacrée dont les brahmanas en extrayaient un liquide puissant et subtil qu’ils versaient ensuite dans le feu en offrande aux dieux. Ils buvaient aussi de cette substance, ce qui leur donnait la vision du contenu des mantras. Pour obtenir ces réalisations et les effets de ces mantras, ils devaient être récités avec une prononciation parfaite. Pour cela ils sont appelés des voyants. La maîtrise de ces mantras était une science. Grâce à cette prédisposition métaphysique et spirituelle, ils composèrent les Upanishads et les nombreux traités présents dans les Védas. La Lune, Chandra, est également connue sous le nom de Soma (Chandra ou Soma sont masculins en sanskrit, la Lune étant un dieu). Son influence procure aux plantes leurs qualités médicinales. Un autre nom pour désigner le soma est l’amrita, l’élixir d’immortalité.

 Un autre nom pour désigner le soma est l’amrita, l’élixir d’immortalité.

Ayant versé leurs libations avec une science consommée dans un feu crépitant, avivé par d’énormes quantités de ghi, le beurre clarifié, les grands rishis récitent à l’unisson les mantras et offrent leurs oblations aux dieux. Ce faisant, Agni, le feu personnifié est invité, conformément à la règle, et sort du disque solaire, silencieux ; il reçoit des brahmanes, grâce aux formules magiques, le don qui lui est dû.

Les hommes singes et le feu_Mahabharata

Rationaliser sans désenchanter
Nous sommes en plein dans le feu, ou plutôt les feux, car sa fonction primordiale et son utilité essentielle sont multiples et pérennes. Diverses formes de feu sont associés à Agni, comme le soleil, la foudre, les comètes, le feu sacrificiel, le feu domestique, celui des bûchers, et le feu digestif qui permet à tous les êtres humains d’assimiler la nourriture et de prendre des forces. On devrait le réaliser, à ce point de l’histoire, le feu fait partie intégrante de la matière, il est de surcroît la contrepartie de l’eau en quelque sorte, même si paradoxalement ils s’opposent par leur vitalité. L’un ne va pas sans l’autre dans un monde équilibré. Un bois mort, dont l’eau s’est évaporée, est potentiellement inflammable. Nous constatons dès lors deux façons d’aborder cette réalité lointaine et incontournable concernant les premières utilisations du feu.

Les hommes et le feu_Mahabharata_sapta rishisD’abord à l’aide de « simples fables » concoctées par des hommes en mal d’explications sur nos origines : elles nous racontent que l’homme était un animal et qu’il a eu pour cousin les singes. Ou par le biais, comme on dit si pauvrement, d’un mythe, qui est une « parole », pour reprendre le mot de Roland Barthes. En tout cas, c’est de cette manière respectueuse de la tradition et des voyants que le Mahabharata fut composé et nous renseigne sur les croyances de nos ancêtres.

D’après le Mahabharata le feu servait aussi à la communication avec les dieux, par les offrandes de sacrifices. Le feu sacrificiel exigeait beaucoup de richesses pour le mener à bien et c’était une science des plus sérieuses. Que ce soit l’orientation du site sacrificiel, des matériaux pour la construction de l’autel, des mantras récités durant le rituel, des ingrédients utilisés pour alimenter le feu, tout était soigneusement calculé et réfléchi. Car l’erreur ne pardonnait pas, le moindre défaut dans la récitation des mantras ou dans la procédure entraînaient de fâcheuses conséquences, et pour les brahmanas, et pour le roi qui commanditait le sacrifice. C’est d’ailleurs pour ces deux raisons principalement -le manque d’opulence et d’expertise- que ce genre d’adoration de Dieu fut abandonné dans l’âge suivant. -Fin du commentaire.

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« Depuis quand le public se soucie-t-il de l’expérience universelle ? Lorsqu’il se mêle
de la conduite personnelle, il pense rarement à autre chose qu’à l’énormité que
représente pour lui le fait d’agir et de penser différemment de lui. »
Idem.

Donc, pour revenir au récit, les sages étant en train d’offrir leur oblation et de chanter les mantras, Agni les honora de sa présence. Après avoir quitté le soleil, il est entré dans leur feu et s’est approprié l’offrande qu’il offrit à son tour aux dieux conduits par Indra.

Le devoir accompli, il était sur le point de quitter les lieux quand il aperçut par hasard les sept femmes des brahmanas. Leur beauté le surpris. Captivé, il en tomba amoureux. Mais comme elles étaient mariées, commettre l’impensable était hors de question. Il ne pouvait cependant chasser leurs délicieuses formes de son mental et, emporté par ce ravissement, il y goûta un plaisir coupable. Il chercha par conséquent un moyen de jouir à leur corps défendant sans se compromettre tout à fait.

Tous les brahmanas en ces temps entretenaient un feu chez eux à usage religieux. Les femmes y participaient et pratiquaient les rituels avec ferveur et vénération en aidant leur mari, particulièrement s’ils étaient occupés à d’autres devoirs. Agni, en tant que déité du feu, en profita pour s’y installer personnellement et jouir de ces jolies femmes dans leur foyer, poussant l’audace jusqu’à les caresser par la chaleur des flammes. Mais ce voyeurisme expansif ne pouvait pas durer tellement il attisait sa passion de jour en jour. Il en souffrait tant qu’il décida finalement de tout abandonner et de se retirer dans la solitude de la forêt. Car jamais, au grand jamais, il ne pourrait passer à l’acte –la colère d’un brahmana étant la pire des malédictions. Et de toute façon, comment aurait-il pu séduire ces femmes mariées à des brahmanas !?

Svaha, la fille du prajapati Daksha (fils de Brahma), aimait follement AgniSvaha, la fille du prajapati Daksha (lui-même fils de Brahma), aimait follement Agni, mais il ne répondait pas à son amour. Tirant parti de la situation, elle emprunta les traits et la forme de l’épouse du sage Angira et alla le trouver discrètement dans la forêt. À sa vue, Agni tomba immédiatement sous son charme et lui demanda : « Mais comment toi et les autres savaient l’amour qui me torture et mon désir de vous posséder ? »  Elle lui répondit : « Nous n’en pouvions plus. Tu nous as tellement manqué depuis ton départ. À la maison, il nous était impossible de montrer nos sentiments mais nous étions, en notre for intérieur, toutes à toi. Nous nous sommes concertées pour trouver une solution et nous avons décidé de venir à la sauvette te rencontrer, chacune à notre tour ce soir. Prends-moi maintenant, je t’en prie, fais mon bonheur et que je retourne vite chez moi avant que mon mari ne se pose des questions. » Agni ne remarqua rien tellement il était illusionné par son désir de les posséder.

Svaha revint plus tard déguisée sous les traits d’une autre femme. Elle put ainsi, à plusieurs reprises, assouvir ses désirs charnels dans les bras de celui qu’elle a toujours aimé.

Mais quand arriva le moment d’imiter le physique et la psychologie d’Arundhati, la femme de Vasistha à la beauté divine, sa tentative échoua. La puissance de son ascétisme et ses qualités morale et spirituelle étaient impossibles à dupliquer car nul au monde ne pouvait mettre en doute son intégrité ou ébranler sa chasteté. Agni savait très bien la fidélité que vouait Arundhati à son mari. Les Krittikas étaient sept mais six fois seulement Agni excita son énergie sexuelle. Ne voyant pas revenir Svaha, il n’en fallut pas plus pour lui mettre la puce à l’oreille. Comment avait-il pu être aussi dupe ? Aucune colère à son égard, cependant ; alors qu’il avait perdu le goût de vivre, Svaha lui avait procuré un bonheur considérable. Il prenait maintenant la juste mesure de son attachement pour lui. Une telle femme est le meilleur remède aux désirs fous qui grugent le mental d’un homme, fut-il un dieu. La fille de Daksha deviendra donc son épouse.

Svaha n’était pas tombée de la dernière pluie. Personne ne devait s’apercevoir de son jeu et cela pour son propre bien, celui d’Agni et des femmes dont elle avait usurpé l’identité. Pour qu’il n’y ait aucune conséquence à son acte, elle récupérait soigneusement le sperme d’Agni, puis prenait le corps d’un oiseau et s’envolait dans la montagne, vers un lieu impénétrable pour le commun des mortels. Là, dans un lac fabuleux, elle y jetait la semence après chaque relation sexuelle.

La conception de l’enfant se produisit le premier jour de la quinzaine claire de la lune. Parce que la semence fut « jetée » (skanna) six fois dans le lac, les sages l’adoreront sous le nom de Skanda. Le lendemain, l’accumulation du sperme donnera un enfant à six têtes, douze bras, douze jambes, un cou et un ventre. Au troisième jour, il atteindra la taille d’un petit garçon ; au cinquième, celle d’un adolescent, et c’est durant ce jour-là qu’il trouva l’excellent arc de Shiva. Il acquit aussi un beau coq à la crête cuivrée et aux ergots acérés, deux serpents fort agités, une conque et une lance qui deviendront ses attributs emblématiques. Dès lors il se mit à déambuler dans la forêt en poussant des cris retentissants qui terrorisaient toutes les créatures y vivant tellement ils étaient formidables. Scrutant de ses douze yeux l’horizon dans toutes les directions, il rugissait comme un jeune lion explorant son nouveau territoire. Tenant fermement sa conque de ses deux mains, il produisait des vibrations assourdissantes et les habitants des bois, des montagnes et des cieux, qu’ils fussent animaux ou esprits, angéliques ou diaboliques, asuras ou dévas, aux corps déformés ou épanouis, beaux ou laids, surpris et désemparés, ne pouvant échapper à l’influence de cette manifestation divine, par la force des choses s’abandonnaient à lui. Ils réalisaient à ce moment-là que ses intentions étaient pacifiques, s’ils acceptaient son autorité.

Skanda adoré par les brahmanas

Où l'on voit sur la droite les deux asuras, Taraka et son frère, morts.

Rapidement, par conséquent, ils furent des multitudes à demander sa protection et à devenir ses fervents serviteurs. Parmi les humains, qui faisaient partie des classes sociales, les fameux varna, certains, comme Vishvamitra* muni, deviendront de puissants et notoires brahmanas et seront toujours prêts à pratiquer les rites sacrificiels à sa demande.

Vishvamitra muni adorant Skanda-Kartikeya

Étant le témoin privilégié de la naissance de Skanda, Vishvamitra muni eu le grand honneur de conduire la cérémonie du feu pour la circonstance. Ce faisant, il procurait un immense plaisir à Skanda car il était le premier à faire l’éloge de ceux qui avaient pris refuge en lui, le reconnaissant ainsi comme le maître suprême.

La nouvelle -qu’un guerrier exceptionnellement fort a vu le jour dans ce coin du monde- atteint l’oreille des grands, surtout celle des démons, les asuras. Excités, ils viennent à la rencontre de Skanda pour lui barrer la route, mais apprennent à leurs dépens qu’il est là pour régner.

Sur le mont Krauncha par exemple, s’est posté le fils de leur roi, Vali. Skanda lui envoya une flèche si embrasée qu’elle l’obligea, lui et tous ses hommes, à se cacher dans la montagne. Skanda n’y alla pas par quatre chemins ; de son épieu il fit voler en éclats des pans entiers de celle-là. Beaucoup y trouvèrent la mort. Et pour bien montrer qu’il ne faisait pas les choses à moitié, il lança ses armes contre la Montagne Blanche qu’il fit trembler jusque dans le sol. Les autres montagnes, réalisant que si l’enfant continuait ainsi elles risquaient le pire, vinrent à lui implorer sa clémence en toute humilité. Il est vrai, à leur décharge, que les démons s’étaient servis d’elles pour assoir leur domination. 

Skanda et les montagnes

À présent, ils avaient tous été éliminés manu militari. Skanda accorda aux montagnes personnifiées ses bénédictions et elles retrouvèrent immédiatement leur forme et leur beauté (ici les montagnes sont des hommes). Pendant ce temps-là, les nouvelles de sa naissance et de ses exploits continuaient à se répandre à travers l’Univers.

* Dans les Himalayas, à la source de la Sarasvati, la rivière est desséchée depuis des milliers d’années. Elle coulait quasiment en parallèle à l'Indus, territoire devenu le Pakistan depuis la partition de 1947 et qui jouxte l'Inde. Ce lieu qui comprenait l'Indus était l’un des plus sacrés de l’époque védique.

Le pakistan et les rivières Indus et Sarasvati

* Vishvamitra (ci-dessous) est à l’origine un kshatriya, c’est dire un roi, et des plus fameux. Comme il aspire à être le meilleur d'entre les meilleurs, surtout meilleur que le brahmana Vashista, avec lequel il s’est querellé à propos d'une vache merveilleuse, Kamadenu, et qu'il a perdu au change,  il priera le démiurge Brahma pour devenir un brahmana. Et pas n’importe lequel, encore là un des plus importants, ce qu’il obtiendra. Il est l’auteur de plusieurs traités dans les Védas.

Vishvamitra_Vashista_vache_kamadenu

Au moment de la naissance de Skanda, une prolifération de présages effrayants furent visibles. Par exemple ce qui était propre à l’homme ou à la femme, ce qui était bon ou mauvais, chaud ou froid, et autres dualités, se transformaient en son contraire ; la terre entière tremblait et le ciel était anormalement saturé d’éclairs. Pendant que les Sapta-rishis étaient par conséquent affairés à rétablir la stabilité dans l’univers, d’autres sages vivant dans la forêt de Chaitraratha* commencèrent à répandre des rumeurs concernant l'origine de ces troubles cosmiques ; la cause en serait la présence d’Agni parmi les femmes des brahmanas, laissant entendre une cohabitation suspecte... D’autres, qui auraient aperçu ces femmes se changer en oiseaux, imputèrent la faute à la gent ailée. Mais personne ne s’était rendu compte que Svaha était la même femme qui avait rencontré Agni à chaque fois.

* Ci-dessous, la forêt selon le Mahabharata où Pandu s’est retiré avec ses femmes, Kunti et Madri. C’est là également que son ancêtre Yayati s’adonna à des jeux amoureux avec une apsara (nymphe céleste sans lien matrimonial).

Pandu et ses deux femmes, Kunti et Madri

Les sages sont supérieurs aux dieux. Les dieux sont des kshatriyas, les sages des brahmanas. Les brahmanas sont dans le mode de la vertu, ils sont mesurés et paisibles ; les guerriers, les rois, les dieux, sont passionnés et avides de pouvoir, ils tuent par orgueil. Leur puissance est inférieure à celle du brahmana.

Svaha était la seule personne qui sut véritablement l’identité du père de Skanda. Pour ce qui la concerne elle a entendu une voie lui confirmer qu’elle était bel et bien la mère de Skanda. Comme les rumeurs allaient bon train et qu’elles mettaient en cause la respectabilité des femmes des brahmanas, les sages les répudièrent. Skanda et Svaha vinrent témoigner en leur faveur, rien n’y fit.

À part Svaha, il y avait une autre personne qui était au courant du mystère qui a conduit à la naissance de Skanda, c’est le sage Vishvamitra. Il avait tout vu ayant épié la conduite du dieu du feu du début de sa passion pour les femmes des brahmanas jusqu’à la fin. Il est le premier à avoir reconnu la naissance divine de Skanda. Usant de sa notoriété, il raconta aux sages comment Agni s’était fait berner par la fille de Daksha six fois de suite. Mais les Sapta-rishis ne voulurent pas revenir sur leur décision. Seule Arundhati, la femme de Vashista, sauva son honneur.

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« Si la civilisation a vaincu la barbarie quand la barbarie dominait le monde, il est
excessif de craindre qu’elle puisse revivre et conquérir la civilisation après avoir
été défaite. Pour qu’une civilisation succombe ainsi à son ennemi vaincu, elle
doit
d’abord avoir dégénéré au point que ni ses prêtres, ni ses maîtres officiels, ni
personne n’aient la capacité ou ne veuillent prendre la peine de la défendre. »

Idem.

Mais ce chambardement tous azimuts, en conjonction avec la naissance de Skanda, commença à inquiéter au plus haut point les dieux, en particulier sa bravoure guerrière irrépressible. Ils eurent soudain une grande peur pour leur confort et leur sécurité. Skanda pouvait, sans crier gare, donner un grand coup de pied dans la fourmilière céleste et mettre à mal tous leurs rêves. Ils allèrent par conséquent trouver Indra et formulèrent leur requête d’une seule voix : « Seigneur, il faut mettre à mort cet enfant avant qu’il ne soit trop tard. Il n’a que quelques jours et déjà il cause des bouleversements alarmants. Il a tué des démons en nombres impressionnants, et non des moindres, et si demain l'envie lui prend, il s'attaquera à nous. Si tu n’agis pas sans tarder, il deviendra invincible et il ne fait aucun doute qu’il te délogera de ton poste. Sois responsable et agis sur le champ; tue-le ! »

L'apsara Ménaka tente le sage Vishvamitra

Ils ont touché chez lui un nerf sensible; Indra craint toujours pour sa place. Chaque fois que quelque part dans les trois mondes un ascète pratique des macérations qui lui confèrent des pouvoirs surnaturels surpassant les siens, il envoie une apsara troubler sa méditation et ainsi le détourner du succès. Cela est suffisant en général. (Cette histoire est un exemple de la méthode utilisée par les dieux; elle a commencé avec le stratagème qui consistait à envoyer le dieu de l'amour, Kamadev, pour sortir Shiva de sa méditation.)

Skanda est un cas à part, Indra le sait très bien et les prévient. Ultimement il est le fils de Shiva, une manifestation divine. D'autant plus qu'il n'y a pas de gloire à se battre contre un enfant. Il hésite donc à se rendre aux intempestives revendications de ses conseillers ; ils sont troublés et leurs  désirs d’éternels plaisirs paradisiaques nuisent à leur jugement. S’il attaque Skanda, celui-ci peut piquer une colère et détruire le monde entier. Tous y passeront, incluant lui-même. Cela dit, cet avertissement ne satisfait pas les dieux. Ils accusent Indra de poltron et de n’être plus digne de sa fonction. « Si tu ne veux pas faire le travail toi-même, lui disent-ils, alors adresses-toi aux redoutables Mères de l’Univers, elles se chargeront de le détruire.*

Kamsa, roi de Mathura, envoya la sorcière Putana éliminer Krishna.

*C’est une pratique régulière que d’utiliser des femmes pour tuer les enfants. Kamsa, roi de Mathura, envoya la sorcière Putana dans le village de Vrindavane pour éliminer Krishna. Elle approcha le  bébé sous la forme d’une jolie femme, prétextant vouloir lui donner son lait. Mais Krishna, tétant son sein, avala en même temps son souffle vital. Du coup, le corps de l’infanticide reprit sa forme originale et son âme se fondit en lui, en Dieu. Elle atteignit la libération, cela malgré ses intentions diaboliques. Le Mahabharata ne s’étend pas sur l’identité et l’origine de ces Mères, mais d’autres sources indiquent qu’elles ont un passé très ancien, primitif. Elles laissent entendre qu’elles sont la cause d’horreurs indicibles perpétrées sur les humains. Elles provoquent les fausses couches et frappent les enfants de maladies sévères qui sont souvent fatales pour eux. Terrifiantes, ce sont elles malgré tout que les parents invoquent religieusement pour la guérison ou pour prévenir leurs progénitures de ces maladies. (De nos jours encore, cette tradition est populaire dans le Tamil Nadu.)* Skanda, après reconnaissance par les Mères de son statut divin supérieur, deviendra un dieu de prédilection pour la protection des enfants.

Quand les Mères venues pour détruire l’enfant aperçurent Skanda, elles perdirent immédiatement leurs moyens. Il parut évident, en regard de son aura, que le plan était mauvais et qu'elles avaient été mystifiées par les dévas. Elles ne pensèrent plus qu’à prendre refuge en lui. Leur instinct maternel les subjugua et du lait se mit à couler de leur poitrine, Skanda guidait désormais leur comportement et leurs pensées. Toutes voulaient l’avoir comme enfant, toutes voulaient lui donner le sein. Lui-même, influencé par l’intensité de leurs sentiments, éprouva le désir d’être dans leurs bras et de boire leur lait. Ce qu’elles ne manquèrent pas de satisfaire en tant que nouvelles dévotes.

À ce moment-là, alors qu’il est entouré des Mères, Skanda voit son père le Feu sur son bouc. Il vient lui aussi fêter sa naissance et le protéger contre les foudres du ciel. Qui dorénavant pourrait attenter à son intégrité avec des gardiens aussi féroces ? Et parmi les Mères, l’une d’elles, née de la colère -déité  personnifiée de cette émotion- a pris un pic et s’est postée à côté de Skanda, déterminée à le protéger contre ses ennemis. Et cette fille de la mer, buveuse de sang, prit Skanda dans ses bras et le serra avec affection, comme s’il était un bébé sans défense.

Voyant cela, Agni se changea en marchand et prit une tête de bouc. Il était accompagné d’une ribambelle d’enfants qui couraient autour de lui ; ainsi il s’offrit de distraire le petit Skanda (Kumara) avec eux comme s’ils étaient des jouets et allèrent s’amuser dans la forêt.

Les force d'Indra contre celles de Sakda

Indra attaquant SkandaLe devoir passe avant les sentiments et les engagements familiaux : c’est tout le conflit qui sous-tend l’enseignement de Krishna à Arjuna avant et pendant la bataille de Kurukshetra. Il n’y a donc pas de dérobade possible pour Indra, le conseil des dieux a statué : Skanda doit être mis hors d’état de nuire. Le plan qu’ils avaient conçu ensemble -d’envoyer les Mères le supprimer- ayant échoué, il autorisa son armée, lui en tête, à mettre le funeste dessein à exécution. Monté sur un éléphant blanc, Airavata, son terrible foudre à la main, bien que sceptique au fond de lui quant à maîtriser Skanda, il avançait en haranguant l’armée. Le cri de guerre que les hommes poussaient emplissait le ciel et la terre et stimulait les ardeurs. Pour l’occasion, ils avaient revêtu leurs plus somptueuses parures et les animaux caparaçonnés resplendissaient de mille feux. Ils avançaient dans un tumulte assourdissant, prêts à en découdre avec ce nouveau dieu de la guerre dont on leur avait rapporté la force extraordinaire. Mais leur grand nombre et l’expertise qu’ils possédaient tous à leur manière les rendaient téméraires et fringants. C’est alors qu’ils entendirent le cri de guerre de Skanda, profond et sourd comme le grondement d’une mer agitée. L’armée, du coup, se figea, et l’ardeur des hommes fondit comme neige au soleil. C’est alors qu’ils l’aperçurent. Il prit soudainement une forme géante et sa bouche se transforma en un volcan qui projetait sur eux des torrents de flammes. Elles n’épargnaient personne et la chair brûlée remplissait l’air de son odeur nauséeuse. Des régiments entiers tombaient et les hommes et les bêtes gesticulaient au sol comme des vers de terre. Partout où ils portaient leur regard les hommes ne voyaient qu’un brasier ardent, aucun échappatoire n’était possible; la seule alternative était de changer de camp car même la fuite n’était pas envisageable. Ils firent rapidement comprendre à Skanda qu’ils abandonnaient toute velléité de combat et demandaient sa protection. En d’autres mots, ils quittaient leur chef, Indra.

Constatant que les troupes s’étaient rendues à l’adversaire, Indra sortit de ses gonds. Il visa Skanda de son foudre et transperça son flanc droit. Au lieu d’affecter ce dernier, un prodige se manifesta : de la plaie béante apparut un être magnifique et effrayant à la fois; il portait un magnifique casque, une masse à la main et des amulettes sous forme de boucles d’oreilles rondes et divines. Il s’appelait Vishaka. Nimbé de lumière, il avait la prestance de Skanda. Indra s’aperçut qu’il venait de créer un nouveau guerrier de la stature de celle qu’il désirait soumettre. Il réalisa à ce moment-là qu’il avait devant lui une puissance plus grande que la sienne, beaucoup plus grande. Il déposa ses armes et joignit ses mains pour demander pardon. Ce faisant, il le reconnaissait sans réserve comme vainqueur et maître, digne d’adoration. Skanda accepta sa reddition sans lui tenir rigueur pour son action guerrière. Tout le monde présent se réjouit et l’on fit jouer les instruments de musique, la foule en liesse faisait éclater sa joie.

Tout cela se produisit le cinquième jour de sa naissance. Une grande bataille est attendue. Des forces redoutables vont s’affronter. Mais cette fois les dieux sont confiants de l’opportunité qui s’offre à eux de se débarrasser de ces fantastiques démons qui gouvernent le monde. Ils sont persuadés que l’avènement de cet être divin va remettre les choses en ordre. Alors les sages s’adressèrent à lui pour lui offrir le poste et le trône d’Indra. Skanda demanda en quoi consistaient les devoirs s’il avait à occuper ce poste, mais après avoir entendu, il dit que cela ne l’intéressait pas et refusa catégoriquement. Il accepta cependant d’être le chef des armées. On fêta cette alliance et il y eut une cérémonie officielle pour annoncer la nomination de Skanda au poste le plus important et décisif du gouvernement céleste. Shiva, son père, s’y rendit. Il lui offrit un collier en or conçu par Vishvakarma, l’architecte des dieux (à ne pas confondre avec le brahmana Vishvamitra). Et le coq offert par Agni formera l’emblème de son étendard.

Ce fut donc une grande fête que l’on tint là, avec de la musique, des danses menées par des êtres célestes, gandarvas et apsaras, et des hymnes védiques psalmodiées par les brahmanas. C’est alors qu’Indra se remémora ses devoirs. Il pensa à sa cousine, Devasena à qui il avait promis un mari puissant selon son souhait.

La grande ourse_les sept sages_Mahabharata


La grande ourse, elle représente les Sept-sages : Marichi, Atri,
Angiras, Pulaha, Kratu, Pulastya, et Vasishtha

 

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