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Publié par Laziz

Citation: Nimbarka Acharya, grand penseur et spiritualiste du 11e siècle de notre ère, formel fondateur de la première succession disciplique vaishnava, écrit ceci concernant la bhakti : « Le Seigneur suprême Krishna, par compassion pour tous ceux qui se sont engagés sur le chemin de la droiture, a utilisé le dilemme d'Arjuna comme prétexte pour révéler à nouveau la sagesse éternelle de la Bhagavad-Gita, quintessence des écritures védiques et fondement de tous les principes spirituels éternels.  Arjuna possède la qualité indispensable pour comprendre cet éminent savoir : il ne nourrit pas de ressentiment envers Dieu, en tant que Personne suprême ; il est anasuyave, dénué d’envie, de jalousie. Par conséquent, il est habilité à recevoir la sagesse la plus secrète, cette science royale susceptible de le délivrer de l’omniprésent mal inhérent au monde matériel.

De plus, ce secret d’entre les secrets, raja-guhyam, cette voie, qui mène à la perfection des actes et de la pensée, est d’application facile et joyeuse, susukham. Mais, insiste Krishna, une telle personne doit avoir la foi, sinon son initiative, qui consiste à atteindre à la plus haute vérité, sera vouée à l’échec, mrityu-samsara-vartmani, cette âme restera prise dans la roue des morts et des renaissances.

C’est par lui, Krishna, que ce monde et sa diversité sont possibles. La nature entière agit sous sa direction, et il en est la source. Par son ordre, elle est créée, puis anéantie, dans un cycle sans fin. Tous les êtres sont en lui, mais l’inverse n’est pas vrai : personne, aucune chose, ne peut le contenir. Et quoi que fasse Dieu, ses actes ne sauraient le lier : « À jamais détaché d’eux, j’y demeure comme neutre. » (9)

« Les sots me dénigrent lorsque sous la forme humaine
je descends en ce monde. Ils ne savent rien
de ma nature spirituelle et absolue,
ni de ma suprématie totale. »
(9-11)

Ces gens égarés chérissent des vues démoniaques et athées. Ils ne croient pas en l’âme, seul le corps est réel. Le monde, pensent-ils, leur appartient et ils n’ont aucun devoir ou sacrifice à rendre envers lui ou Dieu. Pour eux, l’Univers n’est qu’un objet, exploitable à souhait, contrairement aux croyants, aux grandes âmes, que l’on désigne par le vocable de mahatmas, et qui remercient constamment le Seigneur par leurs actes et leurs prières. (14)

Entre les athées et ces grandes âmes, il y a toute une variété de spiritualistes qui adorent le Suprême d’une manière ou d’une autre, par exemple sous sa forme universelle -le panthéisme, ou dans sa conception moniste ; là, Dieu est perçu comme l’existence unique ; en dernier ressort, ces spiritualistes s’identifient à lui : l’Âme suprême et l’âme infinitésimale ne faisant plus qu’une.

Arjuna et Krishna dans la Bhagavad-gitaKrishna tient donc, encore une fois, à clarifier les choses. Il dit : « Mais c'est moi qui suis le rite et le sacrifice, l'oblation aux ancêtres, l'herbe médicinale et le mantra. Je suis et le beurre, et le feu, et l'offrande.
De cet univers, je suis le père, la mère, le soutien et l'aïeul. Je suis l'objet du savoir, le purificateur et la syllabe Om. Je suis également le Rig, le Sama et le Yajus (les trois Védas).
Je suis le but, le soutien, le maître, le témoin, la demeure, le refuge et l'ami le plus cher. Je suis la création et l'annihilation, la base de toutes choses, le lieu de repos et l'éternelle semence.
Je contrôle la chaleur, la pluie et la sécheresse. Je suis l'immortalité, de même que la mort personnifiée. L'être et le non-être, tous deux sont en moi, ô Arjuna.
C'est indirectement qu'ils m'adorent, les hommes qui étudient les Védas et boivent le soma (la boisson de l’immortalité), cherchant ainsi à gagner les planètes de délices. Ils renaissent sur la planète d'Indra, où ils jouissent des plaisirs des dévas.
Quand ils ont joui de ces plaisirs célestes, quand leurs mérites se sont épuisés, ils reviennent sur cette Terre mortelle. Un bonheur fragile, tel est donc, après avoir suivi les principes des Védas, le seul fruit qu'ils récoltent. » (16 à 21)

Tous les chemins mènent à Rome, dit-on souvent, ainsi toutes les voies conduisent à Dieu, ultimement. Mais le temps est déterminant, car la frustration, la souffrance et le mal-être lui sont concomitants, sachant qu’il faut plus de temps pour parcourir certaines voies que d’autres. Et tant que l’on ne connaît pas Krishna et ses désirs, la quête s’avérera longue et difficile.

« Ceux qui vouent leur culte aux dévas renaîtront parmi les dévas, parmi les spectres et autres esprits ceux qui vivent dans leur culte, parmi les ancêtres les adorateurs des ancêtres; de même, c'est auprès de moi que vivront mes dévots. » (25)

Rien n’est laissé au hasard dans la cosmogonie hindoue. Les innombrables espèces qui y sont mentionnées, comme ici les spectres et autres esprits, les Pitas par exemple, qui sont les ancêtres, ou alors les gobelins et les fantômes, entre autres, aussi bizarres soient-ils, ont leur raison d’être, et leurs origines et leurs rôles sont expliqués avec force détails dans les écrits tels les Puranas. Mais nous aurons l’occasion d’en reparler dans le prochain chapitre.

Dieu, en tant que père de tous les êtres, ne favorise personne, encore moins une classe, il est impartial. Peu importe la situation de l’âme conditionnée, « fut-elle de basse naissance, une femme, un paysan ou même un sudra », la Gita explique que Dieu portera cependant une attention particulière à celui ou à celle qui cherche à prendre refuge en lui, même s’il a été un grand pécheur. Il en donne la preuve on ne peut plus claire, qui s’inscrit en faux avec les rituels védiques : « Que l’on m’offre, avec amour et dévotion, bhaktya, une feuille, une fleur, un fruit, de l’eau, et cette offrande je l’accepterai. » (26)

« Que dire alors des brahmanas, des justes, des bhaktas et des saints rois, qui, en ce monde éphémère, en ce monde de souffrances, me servent avec amour et dévotion. » (33)

Et du même souffle, Krishna conclut ce chapitre sur cette exhortation : « Emplis toujours de moi ton mental, deviens mon dévot, offre-moi ton hommage et voue-moi ton adoration. Parfaitement absorbé en moi, certes tu viendras à moi. »

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Pour lire les premiers chapitres :

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