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Publié par Laziz

« Le Seigneur Bienheureux dit :
J'ai donné cette science impérissable, la science du yoga,
à Vivasvan, le déva du soleil, et Vivasvan l'enseigna à Manu,
le père de l'humanité. Et Manu l'enseigna à Iksvaku. »
(4.1)

Après avoir résumé ce chapitre, je reviens au premier verset pour attirer l’attention sur le yoga et la notion de temps, tels que l’envisageaient les sages de cette lointaine période: là, le début de l’humanité se calculait en centaines de millions d’années. Et ils s’y connaissaient en calcul, ces indiens.

Leur notion change toute la vision que l’on porte sur le monde. En Europe, pendant des siècles, influencés par la Bible, nous étions convaincus que le monde était apparu il y a quelques milliers d’années seulement. Cette conception était si naïve et inculte qu’on pouvait les compter sur les doigts des deux mains.

Quoi que nous ayons parcouru beaucoup de chemin depuis, la difficulté à nous extirper de ce paradigme restrictif demeure palpable.

Le yoga n’a pas été inventé il y a 2500 ans, comme veulent nous le faire accroire les indianistes qui étudient l’Inde à partir de leur fascination pour la Grèce ou le modèle bouddhiste, sans parler de ces érudits chrétiens qui cultivent une répulsion pour le paganisme et le polythéisme. Le yoga, ne leur en déplaise, existe depuis la nuit des temps, du moins depuis le début de l’humanité.

Dans ce verset, publié en tête de page, Krishna dit imam vivasvate yogam, cette science du yoga (que reçut) Vivasvan.

imam vivasvate yogam
proktavan aham avyayam
vivasvan manave praha
manur iksvakave ’bravit

Notez le prochain vers qui accentue l’aspect personnel de la relation entre ces êtres exceptionnels : proktavan aham avyayam. aham signifie ‘je’, proktavan ‘instruisis’ et avyayam ‘impérissable’. Ce verset explique clairement que la transmission du savoir entre le déva du soleil et Manu se fit oralement et de personne à personne. praha, dans l’avant dernière ligne, se traduit également ‘dit’. Le dernier vers nous révèle que Manu transmit la science du yoga au roi de la terre, Iksvaku. Pour formuler cette idée Krishna utilise à nouveau le verbe abravit, ‘dit’. Quatre fois ce verset exprime l’idée de transmission par des verbes qui ont un sens individuel et personnel : uvaca, proktavan, praha et bravit.

Il y a deux façons typiques d’appréhender le monde; au moyen d’une révélation provenant d’une source qui nous est extérieure, comme livrée sur un plateau, ou par nos propres efforts, à l’aide des sens et du mental; une méthode qui a culminé dans le slogan ni maître ni dieu.

La Bhagavad-gita nous apprend qu’à l’origine, le yoga, cette science qui traite de la relation de l’homme avec le divin, a été enseigné par le dieu du soleil, qui l’avait reçu de Dieu. Cette science du yoga arriva par transmission orale jusqu’ à Manu, le premier homme, le père de l’humanité. Et ainsi il parvint jusqu’à nous. Mais, toujours selon la Bhagavad-gita, ce savoir peut devenir difficile d’accès à cause des affres du temps et autres phénomènes négatifs. L’homme lui-même n’étant pas étranger à cette réalité ; en maintes occasions il s’est acharné à l’éradiquer de la surface de la terre. Les monothéistes, par exemple, ne toléraient pas ce genre de connaissance.

« Savoir suprême, transmis de maître à disciple,
voilà comment les saints rois l'ont reçu et réalisé.
Mais au fil du temps, la succession disciplique s'est rompue,
et cette science (le yoga), en son état de pureté,
semble maintenant perdue. »
(4.2)

L’enseignement laïc et moderne fait remonter la source du savoir philosophique aux Grecs, notamment à l’éminent Thalès. Ce savoir était une acquisition spéculative et empirique. Il dérivait surtout de l’observation des faits. Et de matérialiste il devint résolument athée, bien que pendant presque 2000 ans il fut imprégné des croyances religieuses des monothéismes aux racines judaïques.  

Il y a donc deux visions fondamentales du monde qui se sont toujours affrontées. L’une affirme que l’esprit génère la matière et l’autre tout le contraire. Cette dernière s’est finalement imposée officiellement, la matière produisant la conscience, et la technologie lui a donné des ailes. La conséquence directe de cette position a été une ignorance et un désintérêt quasi total pour la conscience et ses symptômes. Aujourd’hui, au 21e siècle, on mesure un peu mieux le gouffre que cette lacune a causé. On en est par exemple encore à se demander si les animaux en ont une véritablement, comme autrefois on se demandait si les femmes avaient une âme… Et ne parlons même pas des plantes, encore moins des rivières ou des océans, des montagnes ou des planètes ! Bref, les savants ignorent presque tout de la conscience. Du yoga et de l’âme.

Révolution : en l'espace d'une semaine, le monde a reconnu trois nouvelles personnes juridiques notables : la rivière Whanganui en Nouvelle-Zélande et les rivières Ganga et Yamunâ en Inde. (Mars 2017) Pour ce dernier pays, un tribunal de l'État de l'Uttarakhand, dans le nord de l'Inde, a ordonné lundi que le Gange et son principal affluent, la Yamuna, se verraient accorder le statut d'entités humaines vivantes. La décision, qui a été très bien accueillie par les écologistes, signifie que, désormais, polluer ou endommager les rivières seront légalement équivalents à nuire à une personne. *

La science du yoga, le souffle et l’âme
Gymnosophistes… c’est ainsi que les Grecs nommaient les yogis, de l’Inde, il va sans dire, ce qui nous en apprend long sur la compréhension qu’ils se faisaient de cette science, eux, dont on répète inlassablement qu’ils en furent les précurseurs, qu'ils inventèrent littéralement la manière de faire de la science.

Le prix Nobel de physique, Werner Heisenberg, écrivait dans son livre "Physique et philosophie" (1961) que « Le troisième des philosophes de Milet, Anaximène, aux côtés d’Anaximandre, enseignait que l’air est la substance première : "Tout comme notre âme, étant de l’air, assure notre cohésion, la respiration et l’air embrassent le monde entier." (C’est moi qui souligne.)

Ce mot, science, est-il adéquat pour désigner cette pratique ? De nos jours le yoga est devenu populaire et il est surtout assimilé à de la gymnastique, ou carrément à du sport. À la rigueur, chez les plus réfléchis, à une philosophie de vie, mais philosophie entendue dans son sens large, très large. (Sur la photo, Justin Trudeau, Premier Ministre du Canada, avec sa femme.) D’autres adeptes, une minorité invisible, poussent dangereusement l’exercice jusqu’à contrôler la respiration. Cette méthode s’inspire du yoga de Patanjali que la Bhagavad-gita décrit ainsi :

« Certains, également, recherchent l’exaltation dans la maîtrise des fonctions respiratoires : ils s’exercent à fondre le souffle expiré dans le souffle inspiré, puis l’inverse; ils parviennent ainsi à suspendre toute respiration et à connaître l’extase. Certains encore, restreignent leur nourriture, sacrifient en lui-même le souffle expiré. » (4.29)

Le souffle, faut-il le préciser tout de go, n’est pas l’âme dont parle la Bhagavad-gita. Prana désigne le souffle et atma l’âme. Le souffle est physique, l’âme spirituelle, dans le sens pur du terme (et nom comme dans vin spirituel, ainsi qu’aiment à en faire usage les poètes soufis dans un amalgame mystique). Il est difficile de localiser l’air dans le corps par l’observation d’instrument, car il est pratiquement imperceptible. Il se décompose en dix catégories dont cinq sont plus accessibles pour ceux qui s’en donnent sérieusement la peine et les autres trop subtils pour les sentir, en tout cas pour les adeptes de notre époque.

Ce sont ces airs qui régulent naturellement, sans que nous en soyons conscients, le fonctionnement du corps et, par conséquent, des sens. Ces derniers permettent en fait à l’être conditionné (ahankara), qui est le produit d’une âme, comme un double altéré, d’entrer avec plus ou moins d’efficacité en contact avec l’extérieur, avec les objets des sens. Des milliers d’années avant Descartes, les hindous possédaient l’explication analytique de la façon dont l’âme entrait en contact avec la matière. Grâce au yoga, l’être humain pouvait accroître extraordinairement son potentiel mental et le pouvoir de ses sens (ce qui le différencie des animaux).

Dans sa traduction de ce verset, Bhaktivedanta Swami Prabhupada donne l’explication suivante :

« Le système décrit dans ce verset, le prayanama, forme l’une des pratiques du hatha-yoga; il permet de contrôler la respiration grâce, au début de l’apprentissage, à des postures déterminées. Ces pratiques yogiques sont dites favorables à la maîtrise des sens et au progrès spirituel général. Le yogi s’y exerce à maîtriser l’air contenu dans son corps afin de le transposer simultanément dans les directions opposées. L’air apana, par exemple, descend, tandis que le prana monte. Le pranayama-yogi apprend à respirer dans le sens inverse du cours normal de l’air, offrant l’air inspiré à l’air expiré, jusqu’à ce que ces deux courants soient neutralisés dans un équilibre stable, le puraka. L’offrande de l’air expiré à l’air inspiré s’appelle le recaka. L’arrêt total des deux airs est le Kumbaka-yoga, et par cette pratique, le yogi accroît considérablement sa longévité. » (La Bhagavad-gita telle qu’elle est.)

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* Pour lire l’article dans The Gardian

Et davantage sur le chapitre 4 :

 

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