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Publié par Laziz

Comment Ganesh perdit sa vraie tête

Quiconque s'est rendu en Inde ou a lu à propos de la littérature hindoue sait que le Seigneur Shiva et son épouse Parvati ont eut un fils du nom de Vinayaka; un vilain petit garnement mais ô combien adorable! que l'on nommera respectueusement Ganesh, le chef des ganas, ces hordes de démons, fantômes, succubes, incubes, gnomes et mauvais esprits de tous genrres qui accompagnent toujours le Seigneur Shiva. 

Je vais vous raconter son histoire, puisqu'il a été choisi par Vyasa, sage par excellence, pour écrire le Mahabharata. Sachez cependant qu'il en existe de nombreuses versions. Je vous narre celle-ci comme un conte, sans trop me formaliser des événements vrais ou faux, sachant que la littérature hindoue décrit quelques fois la manifestation d'avatars, en l'occurrence Ganesh, sans toujours préciser l'époque (yuga) durant laquelle ils se manifestent. Ce qui fait que le récit peut contenir des éléments de différentes apparitions avec des particularités contradictoires. Et c'est le cas ! Je vous rapporte donc cette histoire comme elle est décrite dans les Puranas. 
 

Les avatars de Ganesh

« Âge après âge (yuga après yuga), rappelle Suta, le fils de Romaharsana, le Seigneur Ganesh apparait sous différents noms. Différents traits, différentes montures, différents exploits, différents attributs et il s'attaque et détruit différents démons.

Vinayaka et Ganesh

Dans le krita-yuga, appelé encore satya-yuga, il chevauche un lion; il a dix bras et se nomme Vinayaka. Pourvu d'un corps énorme, il est admirable et adoré de tous. Personne ne lui dicte sa conduite; en fait, il est complètement indépendant. Une de ses grandes qualités, c'est de rendre heureux les gens qui viennent à lui; et pour cela, il aime à les gâter en distribuant des cadeaux sans compter.

Dans le treta-yuga, sa monture est un paon, il a six bras, sa peau est blanche et il est célébré dans les trois mondes sous le nom de Mayuresvara.

Ganesh sur un paon

Dans le dvapara-yuga, il est rouge et sa monture est un rat. Ganesh est pourvu alors de quatre bras et on l’appelle Gajanana; les Dieux et les humains l'adorent.

Dans le kali yuga, il est dénommé Dhumraketu et a deux mains. Sa complexion est de couleur grise et il monte un cheval. Sans peur et sans reproche, il détruit les armées barbares et tue de nombreux démons. »

Ganesh sur un cheval durant le kali yuga

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Parvati avait l'habitude de prendre un bain pour se détendre. Durant ce moment intime elle ne voulait, sous aucun prétexte, être dérangée par qui que ce soit. Pour ce faire, elle plaçait un gardien à sa porte. Un jour que ce dernier était malade, elle demanda à son fils de le remplacer. Comme il adorait sa mère plus que tout au monde, il combla son désir avec une joie manifeste et se plaça fièrement devant la porte, une énorme lance entre ses mains.

Il se sentait grand et important, alors qu'il était petit et rondelet.


Comme il bombait le torse plein de soi en remplissant ce devoir réservé aux adultes, il vit un énergumène arriver vers lui et l'interpela sans façon : “Qui êtes vous et que voulez-vous ?” Ce faisant, il barra ostentatoirement la porte de son corps et de la lance qu'il plaça en travers. “Mère prend son bain, lança-t-il, il faudra patienter pour obtenir son audience, personne ne peut la déranger maintenant.”

L'inconnu était en fait son père, mais Ganesh ne le reconnut pas. Vu qu'il s'était absenté depuis quelque temps, les cheveux et la barbe avaient poussé sans soin et ne permettaient pas de l'identifier aisément.

Shiva en sourit et lui dit: “Je suis ton père mon garçon”. Il voulut s'approcher pour le câliner, mais Ganesh se raidit. Les ordres de sa mère disaient bien -personne-. Cela incluait son père, et très certainement cet étranger prétendant l'incarner. Ne voulant pas déroger à sa responsabilité, il se montra intransigent.

Shiva s'en amusa et plaisanta à ce sujet. Mais revenu à ses préoccupations, il lui dit: « Voyons mon garçon, ta mère ne m'inclut pas parmi les visiteurs, je suis son mari. J'ai quelque chose d'urgent à lui dire. Soit gentil et laisse-moi entrer. »  

Ganesh ne voulut rien entendre : « Désolé, seul l'ordre de ma mère compte, il prime sur le vôtre. Elle est dans son bain et ne peut pas être dérangée. Je vous ai dit qu'elle m'a choisi pour garder la porte. C'est à vous d'être gentil et d'attendre qu'elle ait fini ses ablutions. Elle me préviendra et je vous annoncerai. »

Quand Shiva entendit ces mots, il ne put contenir sa colère. Perdant le contrôle durant la rixe qui s'en suivit (Ganeh s'avérant d'une force prodigieuse inusitée), Shiva finit par couper la tête de son fils avec son fameux trident d'une puissance extraodinaire, d'une force nucléaire.

C'en était fini de Ganesh si ce n'eût été l'intervention de sa mère, Parvati. 

Elle accourut à la porte, pressentant un drame. Quand elle vit son enfant décapité, un cri de désespoir perça l’espace et elle s’écroula sur le corps ensanglanté qu'elle prit dans ses bras. Gémissant, elle était inconsolable et ne cessait de répéter, comme pour conjurer le sort : « Tu as tué mon fils adorable! Tu as tué mon fils adorable! »

Shiva en fut honteux. Son cœur était lourd et plein de remords. Dans ce malheur qui s'abattait sur l'ermitage, il cherchait une solution pour ramener son fils à la vie. Curieusement, la tête avait disparu. Malgré ses efforts pour la localiser, il ne la trouva pas. Parvati s’abîmait dans une détresse indicible et il lui fallait immédiatement remédier à sa peine. Il s’adressa à un de ses serviteurs et lui ordonna de partir sur le champ; il devait rapporter la première tête qui se présenterait à lui avant que le mal ne soit irréparable.

Sans perdre un instant, le dévot s’enfonça dans les bois.

Shiva, lui, assistait, impuissant aux souffrances de sa femme. Elle était agenouillée près du corps sans tête qu'elle pressait contre sa poitrine, récriminant inlassablement ce mantra entre ses sanglots : « Shiva, le magnanime, a tué mon fils adoré de tous. »

Pendant ce temps, le dévot qui était parti chasser une tête, rencontra un éléphant. Il allait continuer son chemin quand il se rappela les instructions impératives de son Maître : « Le premier être que tu rencontreras, tu lui prendras sa tête. »  Mon Dieu, pensa-t-il, Shiva m'a signifié de trouver un indigène de la forêt ou un villageois, nombreux en ces bois, et de lui ramener sa tête. Et vite ! Soudainement, il réalisa qu’il manquait de foi, du moins qu’elle était soumise à rude épreuve. Il n’avait pas à interpréter cet ordre... Shiva est Dieu, chacun de ses gestes, chacune de ses paroles sont absolument sacrés. Il changea prestement de direction et se planta à quelques mètre de l’éléphant. Il jugea la performance à accomplir. Il n'était pas si grand finalement; il fera bien l'affaire.

Le pachyderme, qui s’était aperçu du changement de cap de l’homme, se positionna face à l'intrus et, imperturbable mais perplexe, l'observa; il tenait une épée en main, signe d’agressivité. Voulait-il vraiment se battre ? Tout seul contre lui ? Pourquoi l'avait-il ignoré la première fois ? « Qu’as-tu le guerrier, lui intima-t-il de répondre, qu’est-ce qui te tracasse ? Si tu veux mes défenses, il te faudra me passer sur le corps, mais je crains que ce soit moi qui te réduise en une chair flasque à l’instant même. Prépare-toi à rencontrer le diable, maudit humain !  

-Non ! l’arrêta le chasseur, je ne suis pas un criminel, je ne veux pas de tes défenses. Le Seigneur Shiva m’a envoyé en mission. Il est arrivé un grave accident et je dois à tout prix trouver une tête pour remplacer celle de son fils.

-Une tête ! Comment ça ? » Le serviteur lui raconta rapidement les faits. L’éléphant tomba en transe. Il pria le Maître de la dissolution cosmique : « O grand Shiva, c'est mon devoir de vous servir. De plus, nous, les êtres de la forêt, adorons Vinayaka. Sa nature espiègle et sa gaieté rendent ces bois agréables à vivre, elles les emplissent de joie. Il est si gentil avec les animaux et les oiseaux. Jamais il ne cherche à nous brutaliser, au contraire, il nous montre une affection sans borne et trouve beaucoup de plaisir à jouer avec nous. Il nous protège des démons (rakshasas) qui nous veulent constamment du mal et nous harcèlent jour et nuit sous prétexte que nous sommes des bêtes. Comment pourrais-je me montrer égoïste alors qu'il nous prodigue tant de bien à tous. » Reprenant ses esprits, il s’adressa au serviteur de Shiva avec déférence : « De grâce, acceptez mon humble tête, je considère que c’est un immense privilège d’offrir mon corps en sacrifice au Seigneur Shiva. » Ce faisant, le brave animal se mit à genoux devant l’homme et plaça sa tête au sol. Sans hésiter, celui-ci lui trancha la tête. 

Ganapati-bliss.jpgÀ cet instant, Shiva, resplendissant dans son accoutrement de renonçant, apparut à l'éléphant et lui dit : « J’ai entendu tes paroles élogieuses sur mon fils et tu m’as ravi le cœur. Tant d’amour me touche. En outre, pour ce sacrifice valeureux et altruiste, je vais te récompenser. Tu deviendras un gandharva ( ange des planètes édéniques ) et vivra en paix et dans la joie au paradis. »

Pendant ce temps, le serviteur arriva sur les lieux du drame et confia la tête de l’éléphant à Shiva qui l’attendait avec impatience. Il se tourna alors vers Parvati qui pleurait toujours et lui annonça : « Console-toi maintenant, ce cauchemar est enfin fini, notre fils va revivre. » Il fixa la tête de l'éléphant sur le corps de Vinayaka et lui insuffla la vie. Tranquillement l’enfant revint à lui, s'assit et se frotta la nuque comme s'il avait mal, sans se préoccuper des formes bizarres de sa tête.

Indifférente également, sa mère qui, voyant son fils vivant, l'embrassa joyeusement et s’écria : « Mon fils, mon précieux fils, longue vie à toi ! »

Quant à Shiva, se rappelant les paroles de l'éléphant louant son fils pour la bonté qu’il prodiguait envers les animaux de la forêt, ajouta ceci : « Il en sera désormais ainsi; à partir de ce moment, Vinayaka deviendra le chef des armées des Ganas et sera célébré du nom de Ganesh. » 

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Pour en lire plus sur Ganesh, suivez le lien ci-dessous

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