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Publié par Ahmed

Ganesh.jpgJe connais cet écrivain par deux de ses livres surtout, Le génie de l’Inde et Les vrais penseurs de notre temps, que j'ai appréciés. À part ça, je n’en garde pas d’autres souvenirs, si ce n’est une petite méfiance à son égard. Le fait qu’il adore le dieu Ganesh aurait pu me le rendre sympathique, mais, comme je ne suis pas idolâtre -même si passionnément fasciné par les mythes hindous et leurs divinités- je trouve cette dévotion complètement loufoque, avec tout le respect que je dois à cet adorable Ganesh et à monsieur Sorman, parce que cette adoration n’a pas de sens hors du contexte védique et de la mentalité athée de Sorman. Je rappelle que ce dieu éléphant est le scribe par excellence dans la littérature hindoue. Sri Ganesh avait pris son rôle d’écrivain très à cœur en mettant sur papier, pour la première fois, il y aurait cinq mille ans*, l’immense récit qu’est le Mahabharata (quasiment ignoré par l’Occident, et pourtant d’une richesse intarissable). C’est sûrement pour cette raison, que Guy Sorman l’adore sur un autel personnel, parce que, comme lui, Ganesh est écrivain et, selon la tradition védique, il peut lui accorder des bénédictions en la matière  .

Bref, je l’ai entendu ce matin, à la radio, se scandaliser au sujet de la guerre contre Kadhafi. Sorman est un pacifiste, mais il précise qu’il n’aurait pas été u genre à rester les bras baissés devant Hitler. La bonne blague! 70 ans après, quand l’histoire a démontré la bêtise qui a coiffé d’un bonnet d’âne l’intelligence des pacifistes de cette époque, lui se distingue d’eux... Ainsi donc, il s’insurge contre la dimension guerrière dont les militaires font preuve contre ce monstre de Kadhafi. Il ajoute sa voix à l’indignation de la Chine, de la Russie, du Brésil et des pays arabes, tous offusqués par cette outrecuidante ingérence. Tous avaient accépté, du bout des lèvres et à contre-coeur, qu’une intervention soit exécutée par les forces internationales contre Kadhafi qui s’apprêtait à massacrer sa population. Celle-ci se révoltait contre l'horrible condition dans laquelle elle vivait sous la tutelle de ce liberticide. À ce moment-là, quand les médias passaient en boucle la révolte libyenne et la boucherie dont se tenait garant le dictateur, à la Saddam Hussein, tous s’accordaient à dire que les étrangers devaient rapidement intervenir par la force avant que le carnage ne soit chose du passé. Même les pacifistes. Fallait pas passer pour des insensibles, tout de même. Nous ne sommes plus à l’époque maoïste, n’est-ce pas monsieur Sorman? Surtout avec les journalistes et les téléphones portables qui font la une des médias. Mais ils s’attendaient à quoi, les Arabes et tous les autres? Qu’on effraye Kadhafi et qu’on le chasse à quelques kilomètres de Benghazi!?! Qu’on lui fasse tenir la promesse sur le Coran qu’il ne retourne pas se venger contre son peuple? Qu’il suive les recommandations de l’organisation des Droits de l’homme sinon des sanctions l’attendaient? Qu’on ne lui livrerait plus d’armes? Qu’on ne le recevrait plus officiellement dans les palais occidentaux? Qu’il n’aurait plus de positions prestigieuses au sein des institutions internationales? Qu’il allait se refaire une virginité? etc.

J’imagine Kadhafi en train de ricaner dans sa barbe. Il savait bien -mais, trop sûr de lui, il n’a pas été assez malin- qu’il n’a qu’à montrer quelques photos sur les chaînes de télévision avec un enfant mort sous les balles des canons américains dans ses bras, pour soulever l’ire des membres de la coalition, de l’ONU et des pays arabes, suivis, évidemment par les peuples du monde entier. «Quelle horreur, comme je le prophétisais il y a quelques semaines et où je paraphrasais Kadhafi, vous allez faire de mon pays un nouveau Vietnam ou, pis, un nouvel Irak! Vous êtes en train d’activer le terrorisme international par vos actions. Ma tahshmoush! Vous n’avez pas honte, vous, les Arabes (il ne s’adresse pas aux Amazighs, bien sûr) de vous laisser dicter votre conduite par les croisés! Bande de nuts!»

sorman.jpgGuy Sorman fait parti de ces nouveaux philosophes qui ont si bien instruit la France durant les années 70, ces intellos qui portaient fièrement le drapeau rouge sang mais qui ne nous instruisaient guère sur la solution pratique à adopter lorsqu’on ne veut pas faire parler les armes. Ils préfèrent une politique plus sage, comme leur position face aux Tibet, en Corée du nord, en Chine ou en Iran, actuellement. Avec le temps, patiemment et en espérant (peut-être en priant Ganesh), les peuples se révolteront et trouveront leur liberté, ainsi que l’ont fait la Tunisie et l’Égypte. Faut entendre d’ailleurs les voix des peuples de ces deux derniers pays crier leur colère contre les bombardements en Libye. Ils s’imaginent que leurs mouvements de libération ont atteint leurs buts grâce à l’esprit pacifique qui les animait. Ils comparent Ben Ali ou Moubarak à Kadhafi (sourire jaune); Ils pensent, dans la fierté qui enfle leurs chevilles, typique aux Arabes, qu’ils sont arrivés tous seuls à cet exploit après des décennies d’abjectes servilités; ils font semblant de ne pas comprendre que sans les Américains, qui faisaient bouger les choses en coulisse, pas grand-chose aurait changé!

  * Date très contestée par les érudits occidentaux, à l'instar de Madeleine Biardeau, mais qui correspond à celle que les textes védiques mentionnent explicitement.

À lire: le Mahabharata de Madeleine Biardeau: notes

  Liens en relation : Alain Soral: Comprendre l'empire
L'homme: bon ou mauvais?

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