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Publié par Laziz

Avec tout le brainwashing qui exalte les bienfaits du progrès et de la science en regard des cultures non scientifiques, comme la magie et la religion, et avec toute la passion qui anime les masses dès que les scientifiques annoncent une découverte ou un nouvel exploit, comme l'expédition martienne ou les manipulations génétiques permettant de choisir l’embryon de notre désir, peut-on encore se permettre d'aller contre le courant de la modernité et de railler la démarche scientifique ? N'essayez pas, vous frapperez le mur d'un lobby extrêmement puissant et insensible aux réticences éventuelles des peuples! Mais, paradoxalement, ces derniers sont quasiment fidèles jusqu'au bout des ongles aux passions de ces agents de la science.

Heureusement, tout le monde ne se goinfre pas de ces illusions mortifères, il y a des individus, rares, qui ne s'en laissent pas imposer, notamment Paul Feyerabend. Écoutez Marcel Tremblay, professeur de philosophie au Québec, brosser son portrait intellectuel, celui d'un scientifique qui remet en cause les préjugés de ses confrères: «Irrationnels et naïfs, les hommes archaïques? Comment juger irrationnelles des visions du monde au moins aussi cohérentes que la vision scientifiques ? Et de quel droit déprécier les rites dont l'efficacité se compare parfois avantageusement à celle des thérapies modernes ? Prenant manifestement plaisir à provoquer en disant les dieux de l'homme archaïque aussi réels que les quarks de la science contemporaine, Feyerabend encourage cette dernière à progresser dans le respect de visions peut-être plus anciennes, mais non moins rationnelles. » 

Livre  de ChalmersDans Qu'est-ce que la science?, publié en 1976, Alan F. Chalmers critiquait sévèrement une des premières œuvres de Feyerabend, Contre la méthode, un livre qui eut l'effet d'une bombe dans la communauté scientifique à sa sortie. Voici un passage dans lequel il parle de lui. La thèse de Feyerabend « nie l'existence d'une méthode capable de rendre compte de l'histoire de la physique, ainsi que le fait que la supériorité de la physique sur d'autres formes de savoir puisse être établie en faisant appel à la même méthode scientifique. »

Feyerabend, décédé en 1994, s'attaquait à la main mise de la science sur l'enseignement ; il y voyait là un esprit de domination formatant la jeunesse à souhait. Chalmers le cite: « C'est ainsi que si un Américain peut bien aujourd'hui choisir la religion qu'il veut, on ne lui permettra pas jusqu'à nouvel ordre d’exiger que ses enfants apprennent à l'école la magie plutôt que la science. Il y a une séparation entre l'Église et l'État, il n'y a pas de séparation entre l'État et la Science.» Plus loin, toujours dans Contre la méthode, il écrira: « Libérons la société du pouvoir d'étranglement d'une science idéologiquement pétrifiée, exactement comme nos ancêtres nous ont libérés du pouvoir d'étranglement de la vraie-et-unique religion ! »

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