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Publié par Laziz

le zéro est à l'origine de l'au-delàC’est le nec plus ultra de la poésie québécoise, à ce que l’on dit. Mais alors, quelle richesse ontologique dans ce titre! (Je fais du sarcasme.) La curiosité m’a incité à ouvrir le livre. Pas d’illusions cependant, je ne m’attendais pas à des pensées philosophiques avec un titre pareil. Je me doutais que l’auteur ferait feu de tous bois du zéro, jonglant avec les mots et les idées. La poésie s’y prête à merveille et les lecteurs n’en demandent pas mieux de nos jours.

Je décide de reproduire ici, sur le champ, avant même d’avoir lu quoique ce soit, la quatrième de couverture en photo. Dans mon sac, j’ai mon fil de connexion pour mon lap-top. Comme j’ai une vieille version de Photoshop, je vous souligne ce qui me frappe sans chichi. (L'image a disparu à cause de la refonte de ce site par l'administration, je n'ai pas pu la récupérer.)

Son livre aurait pu s’appeler Le zéro est à l’origine du Big bang que rien n’aurait changé à son propos. Puisque poète, sa méthodologie, malgré tout, est plus fleurie et légère, comparée à celle des sciences pures. L’objet de sa méditation n’a pas besoin d’être phénoménologique ni spirituel; il suffit de suggérer le vraisemblable pour le faire passer comme un fil dans le beurre. Le monde de la poésie s’y prête à merveille. Même si les mots ne riment plus et qu’il existe encore quelques connaisseurs en calculs qui pourraient s’irriter de l’amalgame conceptuel; il suffit d’être original.* Dans la réalité, un zéro que l’on multiplie par la racine carrée d’un million de zéros reste toujours un zéro, c’est-à-dire vide. C’est ainsi que l’on traduit ce mot en sanskrit, sunnya, l’origine du zéro.

Personnellement, je ne trouve pas cet au-delà nihiliste suggéré par l’auteur réjouissant, même si c’est dit en poésie. Je dirais même que c’est nul. Ou, alors, en poète à l’affût des oxymores les plus creux possibles, en matérialiste aguerri, il cherche à nous détourner de la vie après la mort comme idée maîtresse de notre psyché pour mieux apprécier celle-ci. Pour nous déclamer que la vie est belle? C’est une philosophie qui se défend et qui a le vent en poupe.** « Comment l’homme fera-t-il pour se libérer à temps pour mourir? Rien de plus simple, nous répond le poète : “on ne remet pas la vie à plus tard, l’enfance de l’infini commence où tu es”. Qui voudrait contester une mise en garde aussi naïve? 

Suivant son conseil, j’ouvre sans plus tarder le livre pour trouver de quoi me mettre sous la dent. J’apprends avant toute chose que José Acquelin a 55 ans. Ça me donne plus ou moins ses influences culturelles, rapport à ce qu’il écrit. Ensuite je lis que les éditions « Les herbes rouges remercient le Conseil des arts du Canada, ainsi que la Société de développement des entreprises culturelles du Québec pour leur soutien financier. Les Herbes rouges bénéficient également du Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres du gouvernement du Québec. »

Sur l’autre page, des citations en exergue. Voici l’une d’elle : « Le vide serait rempli de particules fantômes, que les spécialistes appellent "fluctuation du point zéro" ou "énergie du vide".» Je le répète, nous ne sommes pas en philosophie ni en science, mais en poésie; ça vibre sans rien le plus souvent. Tel le néant qui jouerait de la guitare. Les fantômes ne sont plus des âmes, mais des particules! Ça frise le bouddhisme, vide sans être vide. Cela ressemble à leur fameuse main qui applaudit toute seule, métaphore qui est tenue pour une marque d’intelligence raffinée.

http://www.gatsbyonline.com/Users/8/Images/GatsbyZgallery/urinoir.jpgEn Inde, d’où nous provient le zéro, il est ce qu’il est, un zéro. Pour la majorité des Hindous, l’espace est saturée d’âmes. Ce sont elles qui animent l’univers. De la vie découle la moindre vibration, le moindre mouvement. Elle en est indissociable. Sinon, le statique serait la norme. Chez eux, il n’y a pas d’état , physique ou immatériel, qui s’apparente à un espace vide, mais des mondes. Toujours et partout des mondes. Que ce soit en enfer, au paradis ou n’importe où. Mais enfin!

 

Les Grecs ont tout inventé (sarcasme)

Quand Wikipédia déforme l'information :  Les Babyloniens ont utilisé les premiers, un peu plus de 200 ans av. J.-C., une forme de chiffre zéro à l’intérieur d’un nombre (par exemple : 304) mais jamais à droite du nombre, ni à gauche. C’est l’Inde qui, en reprenant l’héritage culturel des Grecs (c'est moi qui souligne), perfectionne la numération. Elle n’utilise pas seulement le zéro comme notation à la manière babylonienne, mais aussi comme un nombre avec lequel opérer. Notion et notation indiennes du zéro sont ensuite empruntées par les mathématiciens arabes puis par les Européens.

* Marcel Duchamp, pour qui l'idée était ce qui constitue l'art avant tout. Il avait acheté un urinoir au quincailler du coin, l'a signé et présenté à un des plus grand musée du monde. Celui-ci ne s'y était pas trompé; l'oeuvre à connu un engouement fébrile auprès du public.

** La vie est belle

 

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Le zéro en bleu, d'Yves Klein, suivi du hasard des arabes 

livre-Découvrir et comprendre l'art contemporainDans ce livre on peut lire une version colorée du zéro. Le paragraphe en question : Le 28 avril 1958, une foule se presse au vernissage de l’exposition d’Yves Klein intitulée « Le vide ». La galerie est absolument vide, les murs sont blancs et nus. On sert un cocktail bleu…. Un peu plus tard, les visiteurs découvriront leur urine bleue. Albert Camus inscrira une mention poétique dans son livre d’or : Avec le vide, les pleins pouvoirs…»

C’est très poétique, et mystérieux. Camus me donnait pourtant l’impression d’un rationaliste.  Il rejoint en cela Cocteau dont M. Acquelin apprécie la forte teneur suggestive de l’expression: «collier du néant ».

 

 

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Le hasard

(mot d’origine arabe, faut-il signaler...)
http://michel34.midiblogs.com/media/00/00/160695816.2.jpg« Soit à l’origine, soit en cours de route, il faut tenir compte d’un collaborateur inattendu : le hasard. Une des conditions de la réussite d’un chercheur, c’est de savoir profiter des occasions hors programme. » Georges Dumézil

Encore, faudrait-il s’entendre sur la définition de ce concept, le hasard. Les bouddhistes ont un raisonnement similaire lorsqu’ils s’expriment sur le vide. Quand on essaye de cerner cette notion qui s’apparente à du néant, terme dont ils font également grand usage pour définir la finalité de leurs exercices spirituels, ils répondent qu’il ne s’agit pas de prendre cette idée au pied de la lettre. On frise la poésie, quoi. Et pour le hasard, c’est kif kif. Les scientifiques charrient le mot dans leurs spéculations avec une élégance métaphysique. Pourtant, s’il est saisi dans une juste configuration, abstraite, figurent-ils à notre intention, selon des calculs rigoureux et hautement scientifiques, le mental accède alors au sésame permettant de percer le mystère de leurs théories. Mais bien vite ils vous avertissent que ce n’est pas le hasard tel qu’on le conçoit habituellement dont il est question en ce domaine. Il faut le situer dans un système de pensée particulier, alors on réalisera que nous, scientifiques, ne croyons pas au hasard, du moins pas au hasard vulgaire des Hindous ou des Arabes. Trois petits points . . .


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«Tout est Un», voilà un concept en broche à foin. L’islam étant la religion de ma famille, elle m’a dévoilé cette vérité dans mon jeune âge. Elle se voulait la plus aboutie, la plus pure des monothéismes, et suivait sur les traces des traditions monistes, radicales par essence. Elles rejetaient tout ce qui colore et multiplie les points de vue par crainte de diluer la vérité. Mais, tout comme avant avec le bouddhisme ou les Upanishad, le judaïsme et le christianisme, dès la disparition de leurs fondateurs, les adeptes se divisent. C’est irrémédiable! Paradoxale, non? Par exemple, dès la mort du prophète Mohamed, les disciples se sont égorgés entre eux et causé un clivage majeur, chiites contre sunnites, tout comme le feront protestants et catholiques. Dans le cas qui nous occupe ici, Dennis Waite écrit (je l’ai déjà mentionné lors de la critique de son livre*): «Les partisans de l’advaïtisme se déchirent entre eux. » Il l’écrit noir sur blanc mais cela ne les empêche pas, contre tout bon sens -car l’expérience quotidienne dément cette utopie- de déclarer péremptoirement que « tout est Un ! ».

*Dennis Waite, lien: Tout est Un et moi je suis Dieu

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Le génie hindou, par René Daumal

( Intéressant sauf pour les dates qui laisse à désirer mais qui font consensus en Occident. )
« Vers le début de notre ère, croit-on, un anonyme habitant de l’Inde inventa un merveilleux outil : outil immatériel mais représentable, outil dont le propre n’est d’exister qu’au figuré et qui, dans l’histoire de notre civilisation, a peut-être joué un rôle plus grand que celui de la machine à vapeur ou du microscope. Dans les huit ou dix siècles qui suivirent, partout où s’étendit l’influence hindoue, de Ceylan à la Mongolie, du Pendjab à Bali, se répandit l’usage de cet outil qui, essentiellement, n’est rien. Cet instrument, qui avait manqué à la science grecque, aida grandement les Arabes à devenir le peuple savant du Moyen Âge. Les Arabes le vulgarisèrent en Afrique du Nord et en Europe et, si l’objet même est hindou, c’est encore d’un nom arabe que nous le désignons. Il n’est pas de jour que nous n’utilisions cet instrument fait de néant, ce signe ne signifiant rien, ce petit cercle (l’écriture arabe le réduit à un point) que nous nommons le zéro. »

Panini, l'écriture et le zéro en Inde

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