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Publié par Laziz

Je viens tout juste d’écrire, inspiré d’une histoire du Mahabharata, à propos de ce qui représente le phénomène humain le plus incroyable au monde.* En ce qui me concerne, j’avance, basé sur mon expérience de vieux routard, que c’est le fait qu’une grande partie de l’humanité soit religieuse, cherchant sincèrement à comprendre son origine spirituelle, mais qu’en même temps cette même humanité, dans sa majorité, ne connaît pas l’un des plus anciens et des plus profonds textes littéraires jamais écrits sur la réalisation spirituelle, la Bhagavad-gita. Cet enseignement a pourtant toujours été disponible sur terre dans n’importe quelle bibliothèque digne de ce nom.

*Suivre le lien à la fin du texte

Cinq Bhagavad-gita

Premier chapitre
Le conflit entre les deux familles, l’une menée par Yudhistir et l’autre par Duryodhane, n’a pu être apaisé et cela malgré l’implication de Krishna lui-même. Le moment crucial est arrivé : les deux camps sont se sont regroupés face à face, en ordre de combat, déterminés à en finir avec l’autre. Dhritarastra, le roi aveugle qui n’a pas su raisonner son fils, est anxieux. Pour la circonstance, Vyasa lui a proposé de lui donner la vue pour observer en direct le déroulement des combats, mais il a refusé; le courage lui manque. Alors, il a pourvu Sanjaya, son conseiller, du pouvoir de clairvoyance pour la durée de toute la guerre. Il pourra ainsi lui rendre compte des paroles et gestes des belligérants, et cela dans le moindre détail. Le roi est conscient qu’il a commis une faute grave (malgré les avertissements de sa femme, Gandhari), en permettant à son fils d’abuser inconsidérablement de ses cousins, les Pandavas, alors sous sa protection. Le point de non retour avait été atteint, le bruit des armes se faisait maintenant entendre. Lorsque le son des conques annonça le début des combats, il frémit de tout son corps et demanda à Sanjaya de lui décrire la scène.

Verset 2. Celui-ci lui répondit : Ton fils vient de se déplacer au devant de son armée, comme pour mieux considérer les forces disposées en face. Il s’est ensuite tourné vers Bhisma, le général en chef, et lui a dit :
3. « Contemple, ô mon maître, la puissante armée des fils de Pandu. Elle a été soigneusement organisée par Dristadyumna (le frère de Draupadi), celui-là même qui a reçu la science des armes par notre vénéré maître Drona. » Drona, se trouvait au côté de Bhisma et se garda bien de réagir, habitué qu’il était aux sarcasmes de ce prince qui les menait tous à leur perte. Ce dernier continua, sans cacher sa frustration et toujours avec sa verve cinglante, en s’adressant à Drona :
« On peut concevoir que ce fut une erreur monumentale… Maintenant, conduit par ton expertise, leur armée est prête à fondre sur nous de toute sa fougue. Ô toi, le meilleur des brahmanas, y vois-tu ces vaillants archers dont l’habileté égale celle de Bhima et Arjuna ?
Et ces autres, tous grands héros à la force remarquable ! Il est vrai cependant que nous n’avons rien à craindre, car de notre côté nous avons Bhisma, l’aïeul, qu’aucune puissance au monde ne peut atteindre. Seulement à vous deux, si vous faites fi de vos bons sentiments envers les fils de Kunti, les Pandavas, vous pouvez repousser leur attaque et les détruire.
Mais en plus, nous avons de notre côté de grands guerriers qu’aucun homme sur terre ne peut défier sans subir leurs
cruels assauts. Ce sont des hommes de guerre renommés. Comme toi, ils ont obtenus la victoire dans tous les combats.
Regarde-les comme ils sont nobles et forts sur leur char, prêts à faire manger la poussière à nos ennemis. Ce sont Salya, Kripa, Asvatthama, Kritavarmana et tant d’autres de ce calibre, ils ont décidé de se battre pour moi jusqu’au dernier souffle.
10. On ne peut mesurer nos forces que protège parfaitement Bhisma, l’ancien, tandis que les forces des Pandavas, quoique l’on dise, sont limitées, puisqu’elles n’ont pour les défendre que les soins de Bhima. Maintenant que nous sommes sur le point de croiser le fer, prenez à cœur votre devoir de ksatriya, le temps n’est plus aux sympathies et au compromis. Vaincre cette puissante armée demeure notre seul objectif. Je compte sur vous pour nous mener au succès ! » Il convoqua son frère Dussasane et lui confia en aparté : « Arrange-toi pour que les chars conduits par les meilleurs de nos hommes entourent celui de Grand-père. La guerre que nous avons appelée de tous nos vœux est enfin devenue une réalité. Notre tâche la plus importante consiste dorénavant à protéger Bhisma. À lui seul, il est capable de détruire la totalité de l’armée dirigée par Dristadyumna. Par contre, il a un point vulnérable ; c’est que devant Sikhandi, il ne relèvera pas le défi d’un duel. Les Pandavas savent qui se cache derrière ce personnage et vont tout entreprendre pour exploiter la situation. C’est par Sikhandi que le malheur nous frappera. Regarde, Arjuna lui-même protège Sikhandi ; passe le message à nos hommes, qu’ils se concentrent sur sa mort dès l’ouverture des combats, il faut en finir au plus vite avec lui. (En fait, Sikhandi était une femme dans sa vie précédente et Bhisma lui avait gâché son existence. Elle avait reçu le don de reprendre un corps d’homme pour se venger de lui. Je vous raconterai son histoire plus tard. )

L’art de se battre, tel que préconisé par les Védas
Avant de se jeter les uns sur les autres et de se déchirer à mort, les leaders des deux camps se sont rencontrés pour définir les règles du combat, d’après le dharma* des kshatriya. Avant tout, les duels doivent se faire entre égaux. Fallait-il le rappeler, alors que les Aryens forment la figure de proue des deux armées ? Oui, le rituel védique des préparations martiales exige ces précautions. Tôt le matin, après avoir fait leurs ablutions dans la rivière et prié les dieux, purifiés des contingences de l’existence, c’est-dire celles occasionnées par les alliances contractées momentanément avec chacun des partis, souvent à leur corps défendant, pour répondre à une demande, une exigence politique, ils sont donc arrivés sur le champ de bataille avec la ferme intention d'adhérer aux principes de leur classe. Par exemple, ils reconnurent que les duels doivent s’engager entre deux chars, et non un éléphant contre un char, ou deux archers, ou deux porteurs de massue et ainsi de suite. Si durant le combat, l’un des opposants abandonne, il ne doit pas être poursuivi et harassé. Si un guerrier s’avance avec une épée, son adversaire ne doit jamais user d’un arc ou d'une lance ! Quiconque s’enfuit du terrain de bataille ne doit être blessé ou tué, encore moins trucidé dans le dos. En aucun cas, un soldat qui n’est pas prêt à se battre ou qui a peur ne doit être attaqué. Les corps de musiciens, ceux qui transportent les armes, ainsi que tous ceux qui ne combattent pas, ne doivent pas être visés directement, leur vie doit être épargnée. En outre, dès que le soleil disparaît à l’horizon, les hostilités sont interrompues sur le champ. Ce sont-là des règles de chevalerie que tout ksatriya connaît et respecte. S’il ne chérit en son âme et conscience cet art du combat, un soldat n’est pas digne de participer à cette bataille ; en fait il n’est pas digne de porter les armes.

* Dharma: rectitude naturelle ; condition éternelle ; c'est aussi le nom de Yama, le dieu de la justice et le père de Yudhistir. Les dharma-sastras sont des écritures religieuses qui prescrivent les devoirs pour les membres de chaque classe et pour les spiritualistes. Exemple, le dharma du sucre est d'être sucré, celui de l'eau d'être mouillée (du sucre non sucré n'a pas de sens.)

Yudhistir fut impressionné par cette marée de soldats et de chevaux massés sous le commandement de Bhisma. Des quatre coins de la planète, les troupes nombreuses étaient arrivées, c'est-à-dire des millions de spécimens de toutes les catégories des ordres martiaux. Tout ce que nous savons à ce propos, et sur les déroulements des faits et gestes des soldats tout le temps de la guerre, provient du témoignage de Sanjaya.


Selon la géographie védique, la terre était divisée en huit parties, varsa.

Sanjaya pouvait voyager en esprit partout sur le champ de bataille et même deviner les pensées de chaque participant. Afin que l’histoire soit racontée dans tous ses détails et jusqu’à la dernière minute des hostilités, Vyasa l'avait également pourvu d’une protection spéciale : aucune arme ne pouvait l’atteindre. Auparavant, comme nous l’avons déjà mentionné, Vyasa, le père de Dhritarastra, avait offert au roi la possibilité de ce même don de vision, mais il avait décliné ce privilège, car il réalisait très bien que cette guerre allait être une boucherie totale. Vyasa le lui avait prédit en des termes on ne peut plus clairs et lui avait signifié de rappeler son ignoble fils à l’ordre ; il se devait de l’obliger à abandonner son plan maléfique et de restituer les terres usurpées à ses neveux, les Pandavas. Le roi était le seul à posséder ce pouvoir -celui de changer le cours de la tragédie, en invoquant le fameux droit de conduite vertueuse pour un ksatriya. Mais, par faiblesse, désappointement ou hypocrisie, il ne trouva qu’à lui répondre : « O grand rishi, cette guerre, qui est sur le point d’éclater, vu son ampleur et ses implications politiques, ne peut avoir comme ressort que le destin. C’est pourquoi tous les hommes qui vont y succomber, atteindront sûrement une destination exaltée dans leur prochaine naissance. Personnellement, je n’y peux rien, j’ai essayé depuis longtemps de raisonner mes fils, mais mes conseils n’ont pas de prise sur leur mental égaré. Ils sont à crins dès que j'aborde le sujet. Tu dois me comprendre, vénéré Vyasa, Duryodhane n’est pas sous ma tutelle ! En ce qui me concerne, tout comme la sainte femme qu’est mon épouse, Gandhari, nous n’avons jamais désiré cette guerre ; mon seul tort -et cela était au-dessus de mes moyens, même si cela ne saute pas aux yeux- c’est d’avoir été impuissant à la prévenir. Crois-moi, je ne suis que le jouet de la destinée. Je n’ai pas choisi cet enfant, c’est par ta grâce que nous l’avons acquis, lui et ses frères… »

Aujourd’hui cependant, de l’eau a coulé sous les ponts et les armées innombrables et colorées s’alignent à perte de vue. Ces soldats ont laissé derrière eux femmes et enfants ; après leur mort, la terre sera en deuil pendant des générations. Aux yeux de maharaj Yudhistir, cette réalité reflétait la pire des désolations. Autre chose l’inquiétait encore : l’armée, en face de lui, constituait pratiquement le double de la taille de la sienne !

Devant la dimension effrayante que prenait la tournure des choses, Yudhistir se confia à son frère Arjuna : « Tu as vu leur nombre ? Comment peut-on espérer les vaincre, c’est de la folie que de se lancer dans cette entreprise meurtrière ! As-tu vu la manière dont ils ont organisé leurs troupes ? Ce ne sont pas des novices ! Ces maîtres, qui nous ont enseigné les arts martiaux, ont maintenant arrangé leur armée de façon si experte que je ne vois pas comment nous allons percer leurs rangs. Jamais nous ne pourrons terrasser Bhisma, que dire de Drona ! » Mais son frère ne partageait pas son point de vue et il s’empressa de le rassurer : « Je connais cette formation, nous pouvons la contrecarrer en adoptant ma stratégie de combat, la vraja. C’est en effet une phalange extrêmement efficace et impénétrable qu'ils ont arrangé là. Ceux qui peuvent en venir à bout sont rares, ils se comptent sur les doigts d’une main. Cette formation militaire est un secret qui m’a été révélé par Indra ; c’est sa favorite. Ne t’inquiète pas pour leur nombre, il est vrai qu’il est impressionnant mais il est dit que la victoire accompagne toujours ceux qui sont bons. As-tu oublié que Sri Krishna est de notre côté et qu’il a décidé, au vu et au su de tous, de nous protéger ? Krishna est Dieu la personne suprême et le détenteur de tous les pouvoirs mystiques inimaginables ; s’il a pris le parti de nous défendre, rien au monde ne pourra contrarier sa volonté. Allez, mets de côté ces sombres pensées et prépare-toi à la victoire ! Le moment que nous avons tant attendu est arrivé. La vengeance est un plat qui se mange froid et nous allons leur faire payer l’humiliation infligée à Draupadi. Ceux qui sèment le vent, récoltent la tempête. »

C’était bien là son frère, et Yudhistir était ravi par sa lucidité et sa détermination. Krishna sourit en écoutant leur échange. Maintenant il était temps de passer à l’action, l’armée des Kauravas s’était mise en branle et se rapprochait pour mieux préparer l’attaque. Krishna, qui était devenu le conducteur de char d’Arjuna pour l’occasion, se tourna vers lui et dit : « Cher Arjuna, fils de Kunti, puisque Bhisma est le commandant en chef, tu dois concentrer toute ton énergie à te battre avec lui, il ne faut pas lui faire de quartier. Son âge avancé ne gêne en rien sa puissance extraordinaire. Personne ne pourra jamais ébranler ce pilier de l’humanité. Ce ne sera pas facile, surtout s’il arrive à déjouer nos plans. Avec l’aide de Sikhandi, cependant, toi et moi, nous en viendrons à bout.  Mais avant, je voudrais que tu te purifies et que tu adores la déesse Durga. Elle t’accordera ses bénédictions pour que tu gagnes tes combats. » Arjuna descendit de son char et, les mains jointes, il offrit des prières à la déesse. L’ayant satisfait de toute son âme, Durga lui apparut dans le ciel et lui promit qu’il serait victorieux. Le cœur remplit de joie, il remonta sur son char.

Retour au premier chapitre
Pendant ce temps, en face, dans le camp des Kauravas, Bhisma se tourna vers ses hommes et les harangua : «  O rois qui êtes venus de toutes les parties du globe ! Le soleil qui vient de se lever à l’horizon annonce un grand jour. Les portes du paradis sont grandes ouvertes pour ceux qui vont y laisser leur vie. Votre rôle est de combattre jusqu’à la mort et vous êtes là pour ça. Ne lésinez pas sur les forces et le courage à consacrer à cette lutte. Un futur glorieux nous attend tous, dès l’instant où nous rendrons notre dernier souffle, et c’est avec cette joie au cœur que nous allons nous lancer dans la mêlée. Le vœu d’un kshatriya est de mourir au combat, l’arme à la main, et non dans son lit, vieux et malade. »
13. Puis il prit sa conque et souffla dedans de toute sa puissance. Cela eut pour effet de galvaniser les troupes. Quand il décolla le coquillage de ses lèvres, il poussa un cri de guerre terrifiant qui sidéra ses ennemis. Alors, Drona, Ashvattama, Kripa et tous les généraux l’imitèrent. Le bruit assourdissant emplit le ciel et la terre : c’était le signal prévenant que les hostilités avaient démarré.
15. De leur côté, Krishna souffla dans la sienne, suivi par Arjuna et ses frères. Puis Yudhistir et Arjuna avancèrent leur char et décochèrent leurs premières flèches qui vinrent se planter juste devant les chevaux de Bhisma et de Drona. Ces derniers en furent ravis. Par ce rituel des flèches, les Pandavas faisaient la démonstration de leur savoir-vivre et offraient à leur précepteurs et leurs aînés leurs plus humbles respects.

Fin (abrupte) du premier Chapitre

 

Je croyais entrer dans le vif de la Bhagavad-gita en me lançant dans cette écriture, mais le premier chapitre, dans sa version originelle, ressemble à une introduction. Avec le deuxième chapitre, lorsque Arjuna demande à Krishna de conduire son char entre les deux armées, pour mieux voir tous ceux qui vont périr sous ses flèches, on commence véritablement l'enseignement que constitue la Bhagavad-gita. Mais ici, encore, je veux déroger à la tradition du discours classique et vous raconter une histoire qui m'a toujours ému, elle est arrivée juste avant le début de la bataille. Que voulez-vous, au fond, je dois être un romantique... Vous allez comprendre pourquoi.

J'anticipe le cours du récit et me rend quelques minutes avant le combat, juste après que Krishna ait instruit la Bhagavad-Gîtâ à Arjuna.

L'humilité de Yudhistir
C’était donc le matin. Le ciel était lourd de nuages saturant l’atmosphère d’électricité. Des signes de mauvais augures se manifestaient partout, ici et là. Les deux armées, cependant, semblaient participer d’un autre monde; parasols, bannières et tentes s'étalaient à perte de vue. On aurait dit une peinture sur toile. Un silence soudain était tombé sur le terrain sacré de Kurukshetra, ce lieu de pèlerinage ancestral où se pratiquaient les yajna, les sacrifices aux dieux, et qui avait été choisi pour les combats. À ce moment-là, une chose bizarre se produisit. Maharaj Yudhistir enleva son armure et la déposa à terre, ainsi que toutes ses armes. Sans dire un mot à qui que ce soit, pied-nu, il se mit en marche en direction du camp ennemi. Personne n’y comprenait rien. Aussi bien parmi les siens que dans les rangs de l’adversaire on retenait son souffle. Bhima, médusé, réagit le premier ; il déposa ses armes et enleva son armure pour suivre son frère. Arjuna, Nakula et Sahadev firent de même. Bien sûr, Krishna les accompagna. Les frères n’avaient aucune idée de ce qui se tramait dans la tête de l’aîné. Pendant le trajet, ils le pressèrent de question, mais il demeura muet comme une carpe. Yudhistir se dirigeait droit sur Bhismadeva. Ses frères craignaient pour le pire. Il n’allait tout de même pas annoncer qu’il renonçait au trône… Il n’allait pas les conduire à nouveau dans la forêt… De leur côté, les Kauravas étaient également frappés de stupéfaction devant ce comportement. Ils se disaient entre eux que les nerfs de Yudhistir avaient lâché et qu’il venait implorer Bhisma d’arrêter la guerre. Comprenant le profond désarroi des Pandavas, Krishna les réassura : « Il va à la rencontre de ses aînés, Bhisma, Drona, Kripa et Salya, pour solliciter la permission de les affronter. C’est une ancienne coutume qui veut que celui qui envisage de se battre contre les anciens, doit recevoir préalablement leurs bénédictions, ce faisant il est sûr de remporter la victoire. Si, au contraire, il ne se plie pas à cette civilité, il a de grande chance de perdre tout ce qu’il a, jusqu’à sa vie. » Après cette aparté, les frères suivirent Yudhistir en silence. Arrivés devant les troupes, les soldats s’écartèrent pour former un passage. Bhisma l’attendait avec un sourire aux lèvres. « Ce guerrier est digne d’un aryen », pensa-t-il. Il savait reconnaître la valeur d’un homme ; on n’en faisait plus de comme lui. Yudhistir avait les yeux remplis de larmes. Lorsqu’il fut à sa hauteur, il se jeta de tout son long à ses pieds. Ses frères l’imitèrent. Se redressant sur ses genoux, Yudhistir lui adressa humblement ces paroles : « Mon seigneur, la guerre est maintenant imminente, nous avons tout entrepris en notre pouvoir pour l’éviter. Nous sommes malheureusement arrivés à cette conclusion et nous allons être obligés de vous défier. Vous êtes conscient de ce destin et je vous en prie, maître, bénissez-nous ; dites-nous que nous allons sortir victorieux de cette épreuve ! –Comment peut-il en être autrement, mon fils, lui répondit Bhisma, qui se félicitait de son attitude, Krishna est avec vous ! Cela signifie que le dharma vous suit comme votre ange gardien. L’homme est esclave de la richesse et non le contraire. Je n’ai jamais désiré la royauté. Tout jeune, j’y ai renoncé. La cour royale, tout au long de ma vie, m’a fourni privilèges et prestige; ainsi, je dépendais d’un roi que je servais en retour avec fidélité. C’est mon devoir de me battre pour lui aujourd'hui. Mais tu le sais très bien, Yudhistir, tout ça c'est de la politique, ma sympathie et mon admiration à votre égard vous seront toujours dues. » Après quoi Yudhistir se rendit aux pieds de Drona, Kripa et Salya et renouvela sa demande, avec la même humilité. Lorsque les Pandavas retournèrent à leur camp, l’armée les attendait avec grande jubilation. La guerre était sur le point de commencer et les hommes avaient maintenant plus que jamais confiance en la victoire.

La suite :

La bhagavad-gita: chapitre 1

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