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Publié par Laziz

Je suis tombé sur la Bhagavad-gita traduite du sanskrit d'Anna Kamensky, qui est Russe. On écrit à ce propos qu'elle a eu beaucoup de succès à sa publication. Jean-Lucien Jazarin, qui était un professionnel notoire du judo, a rédigé l’introduction. Comme nombre de penseurs de son époque, il s'est intéressé à la philosophie hindoue. La Bhagavad-gita l'a particulièrement passionné. Je ne souscris pas à sa façon d'envisager ce chef-d’œuvre spirituel mais, au moins, il réalisa la place importante qu’elle tient dans la littérature sacrée mondiale. Il écrivit en conséquence: « Il est essentiel de comprendre que la Gîtâ comme les enseignement de tous les sages, est d'abord pratique. Ici on ne parle pas pour parler. » Ce que j'ai bien aimé. Mais voyons la suite.

« On ne parle pas pour parler. » Et pourtant !
Dans son introduction à la Bhagavad-gita d’Anna Kamensky, J.L. Jazarin s’exprime ainsi : « Ce n’est pas l’information mais la transformation qui est recherchée. » C’est bien dit, encore une fois. Mais qu’en est-il de lui, a-t-il simplement pris l’information pour la répéter ou a-t-il suivi les enseignements pour se transformer? « Ici, a-t-il écrit, on ne parle pas pour parler. » Pourtant, il ne procède pas autrement, il me semble. Décédé à la fin des années 80, jamais il ne fera siennes les instructions de Krishna: « Deviens mon dévot », c’est-à-dire le reconnaître comme source ultime de tout ce qui existe, le Brahman inclus.

 

Tuer est choquant pour un esprit matérialiste
Indirectement, Jazarin laisse entendre pourquoi : « Le fait qu’une incarnation divine puisse encourager son disciple à combattre et à tuer, peut choquer l’esprit occidental. » Sûr, l’esprit occidental n’est pas habitué à tuer, en théorie! C’est une illusion qui a la peau dure mais qui est parfaitement en symbiose avec une philosophie matérialiste, chrétienne ou athée : le corps prime sur l’âme, le premier est réel et concret, la deuxième est une croyance relative et incertaine.
(Voir Le soldat Ryan:
 
)

 

Le pire: entreprendre une guerre au nom de Dieu
C’est donc un principe moral qui anime cette illusion. Son fondement culturel est religieux, notamment judéo-chrétien; la vie étant sacrée. Celle des humains, s’entend. Le reste ne compte pas, bien qu’aujourd’hui, au 21ième siècle, les choses commencent à changer, tranquillement pas vite. Mais, en principe, on ne tue jamais un de ses semblables, même s’il s’est rendu coupable de meurtres atroces, on pardonne de préférence. C’est un idéal, évidemment, car si le pacifiste ne tue pas, d’autres y trouvent leur compte et ne s’en privent pas. Ce qui est aberrant et contradictoire dans cette position, c’est que le monothéisme n’est qu’une longue histoire de guerres menées au nom de la religion, de son Dieu. Et dans leurs guerres, ils tuent sans discrimination femmes, enfants et vieillards, comme des animaux! Alors que dans la bataille de Kurukshetra, il n'y a que des guerriers. On ne s'attaque jamais aux civils. En outre, on ne se bat pas au nom de sa religion, mais pour des motifs matériels, politiques en l'occurrence, des enjeux pour le pouvoir.

Le doute, comme empêchement au progrès spirituel.

 
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Si Arjuna ne désire pas combattre, il ne règle pas pour autant le problème qui demeure entier. Ce n’est pas en se retirant dans la forêt et satisfaisant ainsi ses ennemis que la justice y gagnera. Dans sa prédilection pour le pacifisme, il s'imagine qu’en renonçant à la guerre, il aura meilleure conscience. Krishna ne tergiverse pas pour lui révéler l’hypocrisie qui se cache derrière ce raisonnement. Il est vrai que ce n’est pas un enseignement démocratique, dans le sens qu’il n’est pas destiné au plus grand nombre. Pour citer un exemple banal, un athée ne peut pas comprendre la volonté de Krishna. Il en va de même pour celui qui a du ressentiment envers lui. Quand Krishna s’est rendu en tant qu’émissaire de la paix au palais du roi Dhritarastra, son fils, Duryodhane, a écouté ce qu’il avait à dire, mais il n’en a pas tenu compte et a agi contre ses recommandations. Celui qui doute de Dieu, n’est pas qualifié pour progresser sur cette voie. Car c'est seulement lorsqu’Arjuna décidera d'être réceptif à son message que sa confusion se dissipera.

Tous les chemins ne mènent pas à Rome
Jazarin aurait dû apprendre la Bhagavad-gita par cœur, car il semble que la mémoire lui ait fait défaut. N’a-t-il pas réalisé que pour assimiler les instructions de Krishna, il ne suffit pas simplement de les traduire ou de les lire, mais de suivre sur les pas d’Arjuna, c’est-à-dire d’adopter la position du disciple? N’a-t-il pas appris, à lire la Gita, qu’elles sont rares les personnes qui prennent à cœur les paroles de Dieu? C’est pourtant imprimé noir sur blanc dans le 7ième chapitre de la traduction de madame Kamemsky : « Parmi des milliers d’hommes un seul peut-être s’efforce d’arriver à la perfection; et de ceux dont les efforts sont couronnés de succès, il en est peut-être un seul qui Me connaisse dans l’essence. » Il n’est pas mentionné, à la manière de Jazarin, que tous les chemins mènent à Rome, comme nous allons le voir, mais plutôt que seule la dévotion conduit à lui. Qu’on ne soit pas un adepte de cette philosophie, ou que l’on ne se sente pas digne, malgré l’irrésistible attraction pour la Gita, c’est bien correct, mais si l’on veut parler ou écrire à propos de Krishna, qu’on le fasse dans les règles de l’art.
 

Non, tous les chemins ne mènent pas -directement- à Rome. « C'est indirectement qu'ils m'adorent, les hommes qui étudient les Védas et boivent le soma, cherchant ainsi à gagner les planètes de délices. Ils renaissent sur la planète d'Indra, où ils jouissent des plaisirs des devas. » Bhagavad-gita IX. 20

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Krishna préconise l'action, essentiellement
Arjuna aussi était choqué d'avoir à tuer, notamment des membres de sa famille qu'il estimait au plus haut point; il en tremblait de tout son corps. Mais au lieu de n'en faire qu'à sa tête, il demanda à Krishna de l’éclairer. Il savait depuis toujours qu'il pouvait se fier à lui. Jamais, par la suite, il ne le regretta malgré le terrible déroulement des événements. Le but de cet enseignement spirituel est de déniaiser l’individu qui mise sur la non-violence au lieu d'agir. Tout le contraire de ce que pensait Gandhi, dont la Gita était son livre de chevet mais qui prenait le Seigneur en personne pour une représentation symbolique. Pour lui, la Bhagavad-gita était une magnifique métaphore, mais non la réalité.

 

Soldats américains et la Gita
Jazarin est plus ou moins conscient de la soumission à Dieu exigée sur cette voie, puisqu’il écrit : « Tous les enseignements de la Gita sont pleinement actuels et valables pour les hommes de tous les temps. Pendant la dernière guerre, une édition simplifiée, avec une préface d’Aldous Auxley, (sic) a été éditée par l’armée américaine et distribuée gratuitement aux soldats. » Pense-il sérieusement que l’on peut saisir le sens intime de ce texte sacré sans initiation, sans passer par un maître spirituel, une âme entièrement dévouée à Krishna, comme il le recommande lui-même? Pensez donc, à la veille de leur départ pour la guerre, pour tuer, on distribue aux soldats des Bhagavad-gita qui ne la connaisse ni d'Adam ni d'Éve!?!

 

Une méditation complète et pratique
La connaissance de notre être véritable doit être vécue et non pas seulement acquise intellectuellement. Un dévot de Krishna engage entièrement le mental et le corps à son service, avec amour et dévotion. Du matin au soir, Krishna demeure son guide et sa méditation. Il est incapable de se le représenter autrement que Dieu en personne, le but ultime de tous les sacrifices préconisés par les Védas, la fin absolue recherchée par les yogis et les jnanis (sankhya). C’est le fil conducteur de la Bhagavad-gita : « La dévotion pure et constante envers moi, la recherche de lieux solitaires et le détachement des masses, le fait de reconnaître l’importance de la réalisation spirituelle, et la recherche philosophique de la Vérité absolue -tel est, je le déclare, le savoir, et l’ignorance tout ce qui va contre. » Comment peut-on passer à côté de ces paroles qui jalonnent l'ouvrage du début à la fin?

 


Lire par-delà les lignes le symbolisme
Toujours selon la traduction d'Anna Kamensky, Krishna dit à Arjuna: « Tu ne dois jamais répéter cela à quelqu’un qui n’est pas maîtrisé ou qui est sans dévotion, ou bien encore à quelqu’un qui ne désire pas écouter ou qui parle mal de moi. » C’est sans ambiguïté pourtant. Bref, cet enseignement n’est pas destiné à celui qui doute de Dieu, par conséquent, d'après ce verset, Jazarin n’est pas qualifié pour parler à propos de Krishna, encore moins si on le prend pour un personnage mythologie ou symbolique. Car c’est bien ainsi qu’il le présente, quoique sous forme de mise en garde: « C’est pourquoi les admirateurs de la Gita ont souvent préféré comprendre cet enseignement comme symbolique. C’est en effet une des nombreuses possibilités de la Gita, de pouvoir être comprise sous cet angle. »


Krishnamurti, Gandhi et la société théosophique
Nous avons donné l'exemple de Gandhi, pour cette façon de voir Krishna, indirectement. Il n'en est qu'un à la suite d'une tradition de l'imaginaire qui s'est forgée à partir de mouvements réformateurs (Brahmo Samaj) ou telle que la Société théosophique, dont Krishnamurti fut un des dirigeants, jusqu'à ce qu'il dissolve l'organisation. Il en était arrivé à la juste conclusion que Dieu, ainsi que le confirme la Gita, ne peut être atteint par des moyens temporels et matériels. Mais alors, à quoi servent la religion, les gurus et les livres? Quelle est l'utilité même de la Bhagavad-gita?! Dans sa confusion, au lieu de faire appel à Krishna pour éclairer son dilemme, il dira plutôt, désabusé: « La Vérité est un pays sans chemins ». Le mal étant perpétré, il ne fera qu'enfoncer le clou: « Range le livre, la description, la tradition, l'autorité, et prend la route pour découvrir toi-même. » Avec ses nouveaux spiritualistes, la Bhagavad-gita perdra de plus en plus son aspect personnel pour s'aligner sur les concepts bouddhistes et sankarites; ceux-là, avec l'influence anglaise, et occidentale en général, ont le vent en poupe. Gandhi, lui, qui n'est pas vraiment un spiritualiste, mais un politicien qui aime la simplicité et se serrer la ceinture, s'exclamera ainsi: « La théosophie est la fraternité des hommes [...]. C'est l'hindouisme dans ce qu'il a de meilleur. » En d'autres mots, Dieu étant le fruit de l'imagination, il faut le remplacer par une idée plus appropriée aux temps modernes. D'autres, pense-t-il, s'y sont attelés auparavant et ont réussi avec plus ou moins de succès, pourquoi pas nous?


La bhakti, le yoga suprême
En réalité, toute la Bhagavad-gita tend vers une réalité unique, la dévotion, l’abandon à Krishna, et non pas au Brahman, non pas à un quelconque dharma, mais à Lui, celui qui se tient en face d’Arjuna, Krishna en personne. Et comment peut-on y arriver? Non pas par le jnana (le yoga de la connaissance), non pas par les activités vertueuses (le karma-yoga), ni par les sacrifices et les prières, ou la religion (dharma), mais, comme l’indique Krishna dans ce verset (toujours dans cette traduction): « Plonge ton mental en Moi, sois mon serviteur fervent, consacre-toi à Moi, adore-Moi et tu viendras à Moi. Je te donne cette promesse, car tu m’es cher. » Pour cela, pour commencer, il y a le Mahabharata, mais aussi et surtout des textes plus explicites et plus intimes, comme la suite du Mahabharata: le Harivamsa (son appendice, qui est aussi volumineux), mais plusieurs autres ouvrages tels les Puranas: le Narada, le Bhagavat, le Brahmavaivarta, etc, qui décrivent en détails la vie de Krishna (lila), de son enfance à sa disparition de ce monde. Seulement en prenant en considération tous les éléments de sa vie, peut-on commenter la Bhagavad-gita et prétendre connaître les intentions profondes de Krishna.

 

Krishnamurti : toutes les vérités se valent.
« Cela dit, la traduction de Madame Anna Kamensky représente un très grand effort de recherche et de clarté. Il est souhaitable qu’elle incite les esprits sérieux à une enquête approfondie. » C’est ainsi que Jazarin arrive à la fin de son introduction. Il la clôt par un verset de la Gita: « Comme les hommes viennent à Moi, de même Moi aussi je vais au devant d'eux, car de quelque côté qu'ils entrent sur la voie, c'est aussi Ma Voie, ô Partha. » (IV-11) Traduit ainsi, ce dernier est en phase avec la réalisation de Krishnamurti: toutes les vérités se valent. Elle rejoint une idée moniste communément admise qui veut que « tout est Un ». C’est le niveau de conscience spirituelle le plus élevé que l’humanité, dans son ensemble, ait jamais atteint d’histoire d’hommes. Les religions se sont efforcées par tous les moyens, le plus souvent agressifs, sinon franchement violents, à faire adopter ce point de vue par le plus grand nombre. Ce faisant, on gomme la différence et l’on met fin au paganisme. Ashoka, Zarathoustra ou Abraham sont les précurseurs de cette méthode d’unification.

 

Six autres versions du même verset
Au sujet de ce verset (IV-11), Kamensky place cette note en bas de page: « Proclamation que par toutes les voies on peut arriver à Dieu si on le cherche sincèrement. Il vient à notre rencontre dans toutes les religions. » Pour mieux cerner la pertinence de cette traduction qui, selon Krishna, affirme que toutes les voies conduisent à lui, Dieu, l’être suprême, je recopie six versions différentes de la Bhagavad-gita. Il y a des variations notables. Les trois premiers vont dans le sens de Kamensky. Au quatrième on y trouve un sérieux bémol dans l’utilisation du mot « degré ». Au cinquième, il est question d’abandon et de proportion. Et dans le dernier, on parle de la dévotion des adeptes de cette voie; le vocable « dévotion » n’étant pas négligeable, car il ne peut pas impliquer une entité impersonnelle comme le Brahman.

1) « Quelque soit la manière dont les hommes M'approchent, Je les récompense toujours. Les hommes suivent ma voie de multiples façons. » Swami Chinmayananda
2) « De la façon même dont ils m'abordent je leur fais part, ô fils de Prthâ; les hommes, de quelque horizon qu'ils viennent en définitive, suivent mon chemin. » Olivier Lacombe et Anne-Marie Esnoul.
3) « De quelque manière même dont ils se tournent vers moi, je me communique à eux. Toujours -ô fils de Kunti- les hommes suivent mon exemple. » (Sankara) Michel Hulin.
4) « C’est du degré d’abandon des hommes que dépend mon degré d’ouverture. Les hommes, d’où qu’ils viennent croisent sans cesse ma route. » Alain Laporte.
5) «Tous suivent Ma voie d'une façon ou d'une autre, ô fils de Prtha, et selon qu'ils s'abandonnent à Moi, en proportion Je les récompense. » A.C Bhaktivedanta Swami.
J’aime beaucoup cette version anglaise de Gavin Flood de l’université d’Oxford et du poète Charles Martin, une pointure de la littérature anglaise :
6) « So I reward the devotion
of all those who resort to me;
everywhere my followers walk
in my path, O Son of Pritha. »
Je traduis sans fard : « Ainsi je récompense la dévotion de tous ceux qui cherchent refuge en moi; partout mes dévots suivent ma voie. »

 

Puisque l’enfer éternel n’existe pas.
Quand Krishna déclare que « tous suivent ma voie », il faut replacer cette expression dans son contexte. Pour bien faire, il suffit de retourner en arrière et lire les deux précédents versets. On s’apercevra rapidement (soyez passiants, nous allons y venir) qu’il n’est pas question de mettre tous les chercheurs de vérité dans le même sac. Le bhakti-yoga n’est pas du même ordre que la religion des adorateurs du soleil, des singes ou des rats, même si, à la toute fin, ces pratiquants (dont les sectes existent bel et bien) finiront par réaliser que Krishna est le but ultime de leur recherche, mais seulement après des milliers de réincarnations. Un pur bhakta, qui s’est abandonné corps et âme aux instructions de Krishna, retourne à Lui, dans son royaume spirituel, au moment de la mort. Quiconque a lu quelque peu la littérature védique sait ceci, ou devrait le savoir: entre la multitude des religieux qui cherchent à connaître Vishnou ou Krishna, rares sont ceux qui atteignent le but. Généralement, ils sont satisfaits de renaître sur les planètes édéniques où règnent Indra et Brahma, c'est ce que l'on appelle la libération, dans une certaine mesure. Bien sûr, après des millions et des millions de morts et de renaissances, tous les êtres prisonniers ici-bas, qu'ils soient dieux, humains ou démons, en dernier lieu, atteindront le royaume du Seigneur, puisque c’est là la condition originelle de l’âme égarée, sachant que l’enfer éternel n’existe pas dans le concept védique et que ce monde-ci est temporaire.

 


 

Pas de sacrifice humain, ni animal.
Faisons donc l’exercice, à partir de la traduction de Kamensky; je recopie les deux versets précédents, le 9 et le 10: « Celui qui connaît ainsi Ma naissance et Mon activité divines dans leur essence, celui-là en quittant le corps ne va plus renaître, il revient à Moi, Arjuna! / Libre de la passion, de la crainte et de la colère, pleins de Moi, cherchant en Moi leur refuge, purifiés dans le feu de la sagesse, beaucoup sont entrés en Mon Être. » Comment peut-on interpréter ces passages, voués à la dévotion à Krishna, pour claironner que tous les chemins mènent à lui? Que toutes les religions produisent le même fruit? Que Krishna « vient à notre rencontre dans toutes les religions »? Malgré cela, Krishnamurti, Gandhi, Hulin, Lacombe ou Kamensky le voient ainsi! Pourtant Krishna ne cesse de réitérer: « Seul mon dévot peut me connaître! », seul le dévot qui le sert avec amour et dévotion vient à lui. Ne lisons-nous pas le même enseignement? Bien sûr que si puisqu'elle précise la volonté de Krishna par rapport à la relation qu'il attend de celui qui s'est engagé sur cette voie ultime: « Mieux encore, Krishna promet une réciprocité totale en reprenant comme un refrain pendant plusieurs vers "mon bhakta m'est cher". » Faut-il donc lui expliquer ce qu'est un bhakta, quelles sont ses qualités, elle qui a aussi étudié les Puranas, nous dit-on? La Bhagavad-gita suffit largement. Nulle part dans les nombreuses littératures concernant la vie de Krishna, il est mentionné que les religieux offrant une chèvre à Durga ou égorgeant un buffle à Shiva viennent également à lui et qu’ils lui sont aussi
chers que son bhakta. À la fin de la guerre de Kurukshetra, Duryodhane n’atteint pas la même destination qu’Arjuna. Si cela avait été le cas, alors, oui -puisque toute bonne action n’aurait pas plus de poids sur la balance de la justice qu’une mauvaise- Arjuna aurait eu raison de refuser de se battre. D'ailleurs, quand Yudhistir arrive au paradis, tel que décrit à la fin du Mahabharata, apercevant Duryodhane, il est conscient que quelque chose ne tourne pas rond... Perturbé, il décide de quitter les lieux pour marquer son désaccord.

 

Dieu et la démagogie des athées donneurs de leçons !
Kamensky, à son tour, écrit dans la même veine que les tenants de l’unicisme: « par toutes les voies on peut arriver à Dieu ». Elle part du préjugé que Sa représentation était commune à tous et à toutes les époques… C’est-à-dire à un Grec, un Spinoza, un Iroquois, un Sikh ou un Témoin de Jéhovah! Le pense-t-elle réellement? En vrai, et c’est le comble de l’athéisme, ces auteurs que nous avons mentionnés, qui traduisent et publient la Bhagavad-gita, reconnaissent qu'ils sont athées et qu’ils ont pratiquement tous conspiré pour tuer Dieu et l’ensevelir au plus profond de l’inconscient. Depuis qu’ils ont appris le sanskrit, leurs efforts consistent à ce que l’on ne s’exprime plus jamais comme Krishna dans la Bhagavad-gita*. Pour leur cause pédagogique et sociale, ils dictent aux étudiants des collèges et des universités un syncrétisme qui n’a rien à voir avec l’enseignement de Krishna. Ils perpétuent une tradition, depuis Hegel, en passant par Merleau-Ponty**, qui ramène toutes les croyances religieuses du divin à un concept s’apparentant au vide d’une ampoule allumée.

 

* Madeleine Biardeau ne se prive pas de recommander à ses lecteurs d’ignorer la Bhagavad-gita publiée par « d'enthousiasmes dévots de Krishna » dont l'auteur, Bhaktivedanta Swami est un érudit hors-pair, de surcroît un véritable dévot de Krishna, c’est-à-dire né d’une famille vaishnave, et qui a été initié dans la tradition krishnaïte.

** « Brahma, Vichnou ou Çiva, écrit-il, du haut de sa chair, ne sont pas des individus, ni le chiffre et l’emblème de situations humaines fondamentales, et ce que l’Inde raconte d’eux n’a pas la puissance de signification inépuisable des mythes grecs ou des paraboles chrétiennes. »
 

FIN

 

Et plus encore:
 

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Quelqu'un m'a écrit au sujet du Mahabharata et me dit, entre autres, que je ne devrais pas être si critique à l'égard de Madame Biardeau. Pourtant j'ai fait de la pub pour son MBh, même si elle raconte de nombreuses bêtises, comme celle voulant que les bouddhistes existaient avant la création du MBh; de ce fait, l'ouvrage évite d'en parler pour des raisons de propagande... Elle est très forte en spéculation. Ses pages sont truffés de "peut-être", de "probable" et de "sans doute", mais elle prétend être une autorité au dépend de certaines sectes -et elle cite les Krishna pour nous avertir de ne pas prendre au sérieux leur Bhagavad-gita. Or, l'auteur de celle-là, A.C. Bhaktivendanta Swami Prabhupada, est le seul traducteur, à ce que je sache, qui ait publié une Gita en français (traduite de l'anglais par ses disciples) et qui fut un authentique dévot de Krishna... C'est justement cette Gita qui m'a le mieux permis de comprendre Krishna et le MBh. Je trouverai le passage dans lequel elle fait cette critique et le publierai.

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