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Publié par Laziz

Krishna fut, selon une liste des Puranas, le onzième avatar. Des avatars, il y en a eu des milliers et des milliers mais seuls les plus importants sont mentionnés, et les recensions peuvent différer selon les textes. Krishna apparut à la charnière de deux âges, entre celui que nous traversons, le kali-yuga, et le précédent, qui vénéra Ramacandra en tant que déité suprême. À travers cette manifestation, Rama joua le rôle d’un roi idéal ; sa femme s’appelait Sita. À l'instar du Mahabharata, qui constitue le récit littéraire le plus long de l’histoire de tous les temps, le Ramayana en est un autre, aussi populaire sinon plus encore. Le Mahabharata traite des hauts et des bas de la dynastie remontant au Soleil, Surya, et présidé par Vivasvan. À ce sujet, Krishna donne une information précieuse dans la Bhagavad-gita: « Ce yoga impérissable, je l'ai enseigné à Vivasvan, Visvasvan l'a communiqué à Manu et Manu l'a transmis à Ikshvaku. » Ce dernier était le roi de la Terre et le fils de Manu; ses ancêtres remontaient au dieu de la Lune, Candra. C'est dans cette dynastie que vit le jour Rama, ou Ramacandra. Rappelons que Manu fut également l'auteur du célèbre traité des Lois de Manu. À prendre les indications que fournit spécifiquement le Mahabharata à ce propos, et sur la durée des âges, on en déduit que la Bhagavad-gita est connu depuis des centaines de milliers d'années, donc depuis le Treta-yuga.

Le cycle des quatre yuga

Mais les écrivains, experts en la question, martèlent, sans considérations pour ces informations répandues à foison dans les écrits, et par des auteurs fort estimés, que la Bhagavad-gita est une œuvre qui date du début de notre calendrier lunaire : « Les indianistes s'accordent à penser que le texte a été écrit entre le Ve et le IIe siècle av. J.-C., voire au Ier siècle av. J.-C. » Wikipédia

Rama, Sita, Ravana et Hanuman

Quant à Rama et sa femme, voici leur histoire, en deux mots. Un jour, Sita fut kidnappée par Ravana, le roi de Sri Lanka. Ravana était un démon d'une puissance à faire trembler les dieux. Rama et ses alliés, notamment les singes, vont tout tenter pour la délivrer. Durant cet âge, les dieux descendaient régulièrement des planètes édéniques sur Terre, pour honorer le couple divin. C'est dire l'époque glorieuse, incomparable avec la nôtre, le kali-yuga. Rama était particulièrement célébré pour sa conduite exemplaire. Il ne manifestait jamais les défauts auxquels les dieux s’abandonnent régulièrement.1 En ces temps-là, animaux, dieux et hommes entretenaient, au mieux de leur possible, des rapports d’amitié, de respect et d’amour. Souvent, les sages empruntaient des corps d’animaux pour mieux jouir de leurs sens, et Dieu se manifestait tantôt sous la forme d’un poisson, tantôt sous la forme d’une tortue ou encore celle d’un sanglier. Les hymnes védiques décrivent avec force détails ces avatars. Parmi les singes, Hanuman se distinguait. Il était extrêmement fort et ne craignait pas de tenir tête, à lui tout seul, à Ravana et à ses sbires. Malin comme il l'était, alors qu'il se rendit en éclaireur dans la ville où était emprisonnée Sita, il se laissa attraper et ses ennemis mirent le feu à sa queue, pour s'amuser. Ils ne savaient pas encore la puissance de ce singe extraordinaire. Saisissant opportunité de faire des siennes, Hanuman sauta ici et là. Rapidement, les incendies provoqués, embrasèrent tous les quartiers de la ville. Lorsque Rama arriva sur les lieux, à la pointe de la péninsule, il put aisément franchir l'espace qui séparait l'île du continent, grâce au pont de pierres construit par une cohorte de singes. Il s'ensuivit une bataille dans laquelle Ravana y laissa la vie et Sita fut libérée.

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1 C’est une réalité universelle. Chez les Grecs, on retrouve ces traits prononcés décrits par Xénophane : « Les Dieux sont accusés par Homère et Hésiode de tout ce qui chez nous est honteux et blâmable : On les voit s’adonner au vol, à l’adultère et se livrer entre eux au mensonge trompeur. » Dans Adieu la raison  de Paul Feyerabend.

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Le Ramayana et le Mahabharata

1)  Excellente présentation par l'éditrice du Ramayana de Valmiki. Où l'on apprend également qu'à Bali on a inversé les rôles:  Rama passe pour un démon et Ravana pour un bon!

2)  Conférence sur le MBh et autres écrits védiques. En fait, nous écoutons une lecture d'un texte de Charles Malamoud. Il y a à prendre et à laisser, mais c'est intéressant. Voici le lien:

 

Il est à noter qu'un auteur, tel Michel Hulin, qui ne devrait pas avoir d'intérêt à traduire la Bhagavad-gita, encore moins à la commenter, vu son bouddhiste de confession, est très mal placé pour enseigner la teneur de ce livre sacré et intime. Or, lorsqu'il traduit le verset d'ouverture du troisième chapitre -traduction dont je me suis servi : « Ce yoga impérissable, je l'ai enseigné à Vivasvan, Visvasvan l'a communiqué à Manu et Manu l'a transmis à Ikshvaku. », il fait comme si de rien n'était. Dans son commentaire, il ignore carrément cette donnée incroyable, alors que Sankara lui-même explique qu'il s'agit d'un temps très ancien, du début de la création : il y a des centaines de milliers d’années, Krishna, l’ami d’Arjuna, annonce qu’il a déjà inculqué ce savoir au dieu du soleil. Hulin, lui, préfère parler de la « mythologie » des brahmanas. Avez-vous jamais lu que les brahmanas décrivaient leurs textes comme mythologique? Sankara a-t-il dit dans son commentaire qu'il s'agissait-là d'élucubrations brahmaniques? Non. Est-ce vrai que Krishna a expliqué autrefois cet enseignement à Vivasvan ou est-il simplement en train d'abuser d'Arjuna -et de nous? Vyasa, l'auteur, renommé pour sa sagesse et son intelligence, s'est-il attelé à la tâche de compiler ces gigantesques sagas simplement pour conter à l'humanité des histoires à dormir debout? Pourquoi, alors, traduire la Bhagavad-gita si ce n'est pas pour en faire ressortir l'esprit et la signification? Par réaction? Parce qu'il déteste, comme tout bouddhiste qui se respecte, la littérature vaishnava et "brahmanique"? N'est-ce pas une façon de sa part de pratiquer la désinformation? Dans tous les cas, sa méthode est déplorable pour quelqu'un qui se veut un spiritualiste, impartial par définition.

 

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Des hommes, des bêtes et l’arche de Noé

« Une des conséquences, donc, de l'origine rituelle de la hiérarchie
des êtres est qu'il n'y a pas de coupure nette entre l'humanité et l'animalité. »
Madeleine Biardeau

Puisque la vie, pour les humains, au treta-yuga, durait des milliers d’années, prendre le corps d’une antilope pour quelques mois était fréquemment pratiqué par les puissants sages. Cela leur permettait de jouir d’expériences sexuelles intenses et fréquentes. Autre temps, autres mœurs. C’est d’ailleurs pour avoir tué un tel animal en chassant que Maharaja Pandu, le père des Pandavas, fut frappé de malédiction et les laissa cinq orphelins.

 

 

Il faut savoir qu’autrefois, lorsqu’une « descente » de Dieu, c’est-à-dire un avatar de Vishnou, apparaissait sur Terre, il pouvait, nous l’avons vu, prendre la forme d’une tortue, d’un sanglier ou d’un poisson.* Mais, déjà, au début de l’âge de kali, de nombreuses possibilités s’étaient épuisées.

 

Il n’y avait plus de guerres entre les dieux, mais entre potentats ; il n’y avait plus, non plus, d’imposants sages capables de faire trembler les cieux, mais des ascètes hirsutes et usés. Dans la forêt et le long des fleuves, on ne rencontrait plus les fameuses apsaras, ces jolies femmes avec des saris brodés et des sandales scintillantes « qui s’étaient provisoirement échappées de leurs palais célestes. »1 Désormais, Rama, Krishna, et plus tard Bouddha, la neuvième incarnation décrite dans les Puranas, seront perçus comme des hommes, des personnages de mythologie, de roman ou de science fiction. Plus important encore, selon les écritures révélées Krishna n’est pas une émanation partielle de Vishnou, à l’instar par exemple de Narada, Bouddha ou Parasamuni, le père de Vyasa. La Bhagavad-gita enseigne qu’il est le Dieu suprême dont le Brahman est une manifestation de sa radiance: « Je suis le fondement du Brahman, cette qualité divine et impersonnelle. »2 Ce sont là les paroles qu’il tiendra à Arjuna, avant de s’engager dans la bataille de Kurukshetra. Convaincu, ce dernier se vouera alors corps et âme à sa volonté, l’illusion et l’attachement n’ayant plus prise sur lui.


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1 Ce passage est inspiré de Ka, le livre de Roberto Calasso, Foliot
2 Bg. Ch.14, verset 27

 

*Notes. L'avatar de Matsya ressemble comme deux gouttes d’eau à l’histoire de l’arche de Noé, n’est-ce pas? Autrefois, dans les années 60, 70 et 80, il était courant de lire que les Hindous avaient copié la Bible; aujourd’hui, que nous ne sommes plus sous la coupe des dogmes chrétiens, on comprend mieux que l’inverse s’est produit. J'ai repris de Wikipédia cette description : « Dans l'hindouisme, Matsya est le premier avatar de Vishnou. D'après le Shatapatha-brâhmana, sous la forme d'un petit poisson trouvé dans une rivière, Matsya dit à Manu de construire un bateau pour survivre au Déluge. Il suivit son conseil et Matsya devint rapidement un gigantesque poisson. Il conduisit Manu vers des terres émergées dans l'Himalaya, à Manali dans la vallée de Kulu. L'humanité survécut ainsi. Dans d'autres textes, comme le Mahâbhârata, Manu aurait été sauvé avec les rishi et la semence de tout ce qui vit sur terre, rapprochant ainsi l'histoire de Manu de celle de Noé. »

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sanskrit-bhagavad-gita-VIII-18
 

Je viens de rassembler quelques traductions par différents auteurs du verset 46 du second chapitre de la Bhagavad-gita. Quoiqu'en pensait feu Madeleine Biardeau, dédaignant la version de Bhaktivedanta Swami Prabhupada, et le faisant savoir, j'ai toujours trouvé celle-là la mieux présentée, la plus compréhensive et la plus authentique (il fut le premier à la publier ainsi). Dans ma jeunesse, elle m'a été un guide indéfectible dans le brouhaha des dogmes hindous et des spéculations à leurs sujets par les érudits occidentaux. En fait, ces derniers n'avaient d'intérêt que dans l'aspect didactique, avec des méthodes de retransmission douteuses, alors que j'avais soif de connaître l'essence des Védas et leur application dans la vie de tous les jours. Je voulais vivre le yoga intimement et non pas seulement l'étudier. Seule cette Bhagavad-gita telle qu'est est (dont j'ai collé ici un exemple de la présentation, sans les explications, d'ailleurs très utiles malgré les passages sectaires, et naturels pour ceux qui connaissent l'Inde), était capable d'assouvir l'intensité de mon désir. Maintenant que je suis âgé, après toutes ces années, alors que je me plonge à nouveau dans ces enseignements, même si je ne suis pas religieux, encore moins pratiquant, je ne trouve toujours pas meilleure preuve de dévotion à Krishna et de meilleur travail d'érudition que cette traduction. Singulièrement, il est rare que les écrivains et les experts qui se penchent sur cette littérature mentionnent cette version de la Gita par Bhaktivedanta Swami Prabhupada. Sur Wikipédia, par exemple, elle n'est pas référencée dans la bibliographie concernant la Bhagavad-gita. Les administrateurs ont leur raison; ils rétorquent que les Français ne fonctionnent pas comme les Anglais, les Allemands ou les Hindous... Cela en dit long sur leur conservatisme académique et leur sectarisme, aux forts relents de bouddhisme.

Sept versions
Alexis Lavis « Certes un puits est bien rempli lorsque les sources qui l'alimentent sont nombreuses; et il est donc bon de se verser dans les textes sacrés. »
-Anne-Maris Esnoul et Olivier Lacombe: « Autant trouve-t-on de profit à un puits lorsque l'inondation s'étend de toutes parts, autant un brahmane arrivé à la sapience en trouve aux Veda. »
-Anna Kamensky*: « De même qu'un étang devient inutile dans un pays inondé par les eaux; de même les Védas sont inutiles à un brahmane illuminé. »
-Sylvain Lévy et J.-T. Stickney: « Ce qu'il y a de richesse dans une fontaine où l'eau se serait accrue de toutes parts, tel est le vrai dans tous les Védas pour un brahmane savant. »
-Émile Senart et Michel Hulin: « Pour un brahmane parvenu à la sagesse, l'ensemble des Vedas a aussi peu d'utilité qu'un puits en période d'inondation. »
-Alain Porte: « Quand tout est inondé, un puits a autant d'intérêt que tous les Veda en ont pour un Brahmane quand il sait voir. »
-Swami Chinmayananda: « Pour le pur (brahmane) qui a réalisé le Soi, tous les Veda sont aussi inutiles qu'un réservoir d'eau là où sévit l'inondation. »
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*Notes de bas de page: « Il nous semble que le vrai sens de ce çloka est que la lumière qui nous vient par les écritures Saintes devient inutile lorsque l'homme est capable de la percevoir directement, car il est alors lui-même une partie de cette lumière. »

Précision : Le mythe de la race aryenne, repris par Émile Sénart. Ce dernier était le mentor de Madeleine Biardeau, en ce qui concerne, du moins, la Bhagavad-gita. Voici ce qu'il écrit à ce propos*: «La pénétration aryenne s’est produite dans l’Inde peu à peu, inégalement. Il est douteux que, même dans le nord-ouest, l’afflux de la race envahissante ait été assez abondant pour refouler ou pour absorber complètement les populations antérieures, d’autre origine. Dans le sud, l’infiltration a été plus restreinte et plus tardive. En sorte que, dans l’Inde entière, les races non aryennes forment partout un contingent notable, quand ce n’est pas la majeure partie, de la population. Malgré le vernis uniforme passé sur l’ensemble par la civilisation conquérante, des usages, des traditions, des penchants ont donc survécu qui lui sont étrangers ou contraires. »  

*Les Castes dans l’Inde

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