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Le blog de Maroudiji

Les grands enjeux de société et les idées qui en font la trame, avec humour, passion et gravité.

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La politique et le varnashrama-dharma

(You can read this article in English by following this link.)


Cet article est la continuation d'une étude sur le varnashrama-dharma dont vous pouvez lire le début en suivant ce lien -en anglais

Article sur le varnashrama-dharma et la vision spirituelle. Lu dans le premier Back to Godhead.* En 1944 Srila Prabhupada écrit, au milieu d'un article concernant la politique de l'Indépendance de l'Inde (les lettres majuscules sont de lui): 

«NOTRE RÉSOLUTION DOIT ÊTRE DE RETOURNER À DIEU. Nous concevons des plans pour l'avenir et la paix au sein de la nation et pour sa sécurité civile. C'est plutôt juste et on aurait tort de le négliger. Mais tous nos plans échoueront sur le rocher de l'égoïsme humain à moins que nous ne nous tournions vers Dieu.» 

En promenade à Vrindavan, en compagnie d'un ami de longue date, j'ai rencontré Srutakirti prabhu et sa nouvelle femme. Je ne savais pas qu'il s'était remarié et je fus surpris par son jeune âge. Pour la première fois, j'adressais la parole à Srutakirti. L'échange s'est terminé avant même d'avoir commencé, pour ainsi dire. La raison de ce brusque revers, je le cherche encore. J'avais affirmé que la politique est le sujet le plus fort de la philosophie, parce qu'il contrôle les autres. 

C'est tout ce que j'ai dit. Rien qui puisse porter à conséquence. Il revenait d'un séminaire qu'il avait donné sur Prabhupada et il avait fait allusion à la politique. À ma remarque, il avait levé les yeux au ciel et regardé mon ami avec incrédulité, comme si j'avais dit la chose la plus absurde jamais entendue. Je m'en tins là. Mais à sa réaction, je compris que la philosophie n'était pas son champ de prédilection, ce qu’elle est pour peu de monde, en vérité. Il me sembla un peu "rough", néanmoins, pour un dévot qui avait au moins 70 ans et avait été le serviteur de Prabhupada. En effet, j'ai toujours en tête un des premiers versets que j'ai appris en joignant le mouvement, au milieu des années 70, celui de Rupa Goswami dans l'Upadesamrita:

dadāti pratigṛhṇāti guhyam ākhyāti pṛcchati / bhuṅkte bhojayate caiva ṣaḍ-vidhaṁ prīti-lakṣaṇam

"Offrir des cadeaux en charité et en accepter en retour, révéler son esprit en toute confiance, s'enquérir de manière confidentielle, accepter du prasādam et en offrir, ce sont là les six symptômes d'amour que partagent les dévots entre eux. (Verset 4) 

J'ai particulièrement aimé la dernière ligne. Sad-vidham prīti-lakṣaṇam signifie échanges d'amour.

J'en ai retenu que les dévots de Krishna développent des rapports d'amour, factuels. Chaleureux, du moins.

Srila Prabhupada a insisté pour que ses disciples soient exemplaires dans leur comportement, ils ne doivent pas reproduire les travers de la société qu'il critiquait, sévèrement et constamment. Ce comportement serait notre force et la preuve scientifique de l'efficacité du processus qu'offre le mouvement pour la Conscience de Krishna. 

Je revis Srutakirti plus tard, le même jour. On s'est retrouvé l'un à côté de l'autre, par hasard. J'en profitai pour clarifier le malentendu, mais l'incident se répéta. Je n'eus pas le temps de finir ma phrase; il me commanda sèchement de le laisser tranquille et me tourna le dos, sans autre forme de procès. J'étais confus. Je me trouvais à Vrindavan, l'endroit le plus sacré au monde, avec, devant moi, le serviteur de Prabhupada, mécontent. Il voyageait partout et racontait à des milliers de dévots les gloires de Prabhupada, service digne d'un représentant en droite ligne avec Narada muni! Et bien, il venait juste de me dire de la fermer, sans que je sache pourquoi, alors que l'on ne se connaissait pas...

Le brahmana d'Avanti, tel que le décrit le Srimad-Bhagavatam, me vint à l'esprit et je pris refuge dans son enseignement. Celui-ci, après avoir fait l'expérience d'une vie de laisser-aller s'étant mal terminée, il y renonça et s'adonna au yoga, avec succès. Cependant, malgré sa détermination et sa dévotion à Vishnou, les gens l'insultaient et le maltraitaient. Il réalisa que ses tribulations provenaient de ses vies passées. Elles étaient l'instrument de la destinée dont le mauvais karma se faisait encore ressentir, comme un ventilateur coupé de sa source de courant, mais qui continue de tourner. Comment expliquer autrement mon différend avec Srutakirti prabhu? Je suis un dévot qui affiche de la bonne humeur et je n'aime pas le crêpage de chignon et les guerres de clocher, ni la politique qui s'inscrit dans ce contexte et n'a rien à voir avec la philosophie. 

Deux ans plus tard, je songe de nouveau à cet incident alors que la politique fait rage dans le monde, élections obligent en France et à cause de l'étrange implication du gouvernement à la guerre en Ukraine. Je réfléchis aussi à cette branche du savoir, la politique, en relation aux kshatriyas de l'Inde, durant l'époque où la murti de Nrishimhadeva fut introduite pour lutter contre l'invasion musulmane. Mais le problème était universel, il était notamment très vif chez les ismaéliens du VIIIe siècle en Iran qui ne se mêlaient pas de politique. Ils l'avaient en très mauvaise estime. (Henry Corbin)

J'ai écrit dans un autre message vous étant adressé, l'importance que Prabhupada accordait sur la fin de sa vie aux kshatriyas et aux brahmanas, dans le cadre du varnasrama-dharma. On peut se moquer autant qu'on veut de la politique et de ses agents, il ne peut exister de société civilisée sans eux. C'est à peine croyable que l'on puisse imaginer développer villages et communautés rurales à travers le monde sans tenir compte de la politique. D'autant plus qu'elle représente l'outil principal et décisif des gouvernements et des leaders. La Bhagavad-gita l'affirme: evaṁ paramparā-prāptam, imaṁ rājarṣayo viduḥ. (4.2) "Cette science suprême fut transmise à travers une succession disciplique, et les saints rois la reçurent ainsi. Mais au fil du temps, la filiation s’est rompue, et cette science, dans son intégrité originelle, semble maintenant perdue." Krishna dit ici que les rois sont responsables de la science du yoga. Roi veut dire politique. Krishna faisait de la politique. 

Prabhupada: «Alors je vous demande, "Quelle était la politique de Krishna?" La politique de Krishna était d'avoir à la tête du monde un roi ... conscient de Krishna, un dévot de Krishna. C'est ça la politique de Krishna. Il veut remplacer. Donc, la première des politiques est de remplacer ces soi-disant leaders, démons. Hare Krishna.»** 

Comment se fait-il, par conséquent, que de nombreux dévots manifestent une aversion contre la politique et les kshatriyas?

Dans le Srimad-Bhagavatam, a fortiori, les brahmanas n'ont pas d'animosité envers les kshatriyas; ils sont leurs alliés. Ils ne s'occupent pas de politique, mais essentiellement du spirituel. Bien que conseillers des rois, ces derniers sont plus adaptés pour s'occuper d'affaires et d'organisation. Pourquoi, alors, les dévots, brahmanas par initiation, ne sont-ils pas en phase avec le désir de Prabhupada quant à penser et à préparer le varnashrama? Comment croient-ils qu'avec une telle attitude, nous pouvons penser l'avenir, au-delà d'un ésotérisme sectaire? (Sectaire, dans le sens anglais ou arabe. En France, ce mot a une signification très péjorative.) 

La politique est science et philosophie, elle domine et impose ses critères, bons ou mauvais, qu'on le veuille ou non. Dès qu'un nombre important d’humains se regroupent pour un but commun, il est question de droit, d'économie et de sociologie. Bref, on ne peut se passer de politique, sauf si l'intention est de ne pas prendre part à la conduite du monde et de vivre en reclus. Il me semble que cette psychologie antipathique à la politique, qui n'est ni science ni philosophie, résulte de notre indifférence envers le varnashrama-dharma et à une focalisation totale sur l'autre monde.

La prédication de Prabhupada était terre à terre. "Les réformes politiques et économiques, disait-il, peuvent aider à condition qu'elles soient correctement guidées, c'est-à-dire à condition qu'elles visent à aider notre compréhension de notre relation avec Dieu."*** Prabhupada était très soucieux de faire de la philosophie de la conscience de Krishna une connaissance essentielle et incontournable, afin qu'intellectuels et politiciens la prennent au sérieux. Elle devrait aider à résoudre les problèmes de notre temps. Mais après son départ, les anciens dévots et responsables de la direction du mouvement allèrent voir les gurus de la Gaudiya Math, pour obtenir conseils et associations. C'est alors que l'accent porté sur la prédication bascula de gostianandi à bhajananandi. Radhakund, Govardhan, l'amour extatique, les gopis et Krishna dans les bosquets de Vrindavan devinrent une méditation constante, de la plus grande importance. À côté de ça, le Varnashrama-dharma semblait bien fade.

_________________

* Back to Godhead #1 :  http://www.prabhupada-books.de/btg-english/1944-1.html

** https://vedabase.io/en/library/transcripts/740307mwmay/?query=Politic+#bb269395

*** Dialectic spiritualism. Henri Bergson 

Et pour lire le début de cet article :

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