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Publié par Laziz

Le roman du Big Bang Simon SinghLe roman du Big Bang ou comment fixer les clous pour garder le tout en place.

« Le Roman du Big Bang » a pour sous-titre "La plus importante découverte scientifique de tous les temps". Le fait qu’il ait été écrit par un scientifique du nom de Simon Singh a éveillé ma curiosité; je me suis dit qu’avec un patronyme pareil, d’origine indienne (ses parents sont du Punjab), je pourrais trouver quelques critères qui se démarquent du lavage de cerveau habituel dans ce genre de littérature dite scientifique, et pour la masse.

Sur le dos de l’ouvrage je lis que l’auteur, «avec un grand sens de la pédagogie, remonte aux origines avec la rigueur d’un scientifique. Simon Singh nous raconte comment nous sommes parvenus à percer une partie de ses mystères.» Voici donc les arcanes de la théorie du Big Bang révélées au grand public. Comme ça, s’il y a encore des têtes à clou qui dépassent, on va les enfoncer jusqu’à ce qu’il n’y ait plus aucun doute, que ce soit lisse.

J’ai ouvert le livre au premier chapitre intitulé « Au commencement ». Il y a là quelques citations de personnalités dont l’incontournable Karl Popper : « La science doit commencer avec les mythes et avec la critique des mythes. » Cela me fait penser aux mamans qui nous ont mis au monde et que l’on critique par la suite, fait courant dont je suis coupable. Donc, jusque-là pas de problème, c’est ancré dans nos mœurs.

Têtes à clou

Tout de go, on entre dans le vif du sujet. L’auteur nous apprend que « nous avons le privilège de faire partie de la première génération pouvant prétendre disposer d’une description rationnelle, cohérente et à peu près satisfaisante de la création et de l’évolution de l’univers. Constituant l’un des plus grands accomplissements de l’intelligence et de l’esprit humains, le modèle du Big Bang offre une explication subtile de l’origine de tout ce que nous voyons dans le ciel. »

Comme dans les émissions de divertissement à la télé, je fais résonner des applaudissements : -clap clap clap-,  bravo les scientifiques, bravo! Avant eux, c’est-à-dire avant le miracle grec, les penseurs étaient des ignorants sous l’influence paradigmatique de l’homme préhistorique, selon leur version. Rappelez-vous, à part les Grecs, personne ne savait vraiment réfléchir comme du bon monde. Je cite Simon Singh qui nous rappelle cette singularité: « Ces philosophes furent les premiers cosmologistes, dans la mesure où ils s’intéressaient à l’étude scientifique de l’univers physique et de ses origines. » Grand bien nous en fit! Nous pouvons être fiers, aujourd’hui, d’avoir pratiquement tout détruit sur la planète grâce à ce savoir. Saviez-vous, précise-t-il, que le terme "cosmologie" provient lui-même du grec "kosmeo", qui signifie "ordonner", "organiser." Si vous n’êtes pas convaincu de la supériorité des Grecs après ça, vous êtes un cas désespéré. Faites autre chose que lire de la vulgarisation scientifique.

Non, non, ce n’est pas ça, il vaut mieux lire. En effet, Singh écrit à la première page: « Mais une chose encore plus extraordinaire est que le modèle du Big Bang peut être compris de tout un chacun. » Lui a réalisé le principe  d’expansion créatrice de l’univers à l’âge de 15 ans, moi j’en ai 56 et je me gratte toujours la tête à les écouter radoter les mêmes sornettes livre après livre, martelant que la Grèce est le berceau du savoir et que ce peuple a pratiquement tout inventé, la démocratie, la philosophie, la science, etc. Aujourd’hui, bien sûr, on se la joue un peu plus humble, mais comme le prouve l’exemple de Simon Singh, la tradition se perpétue avec assiduité. Et il en rajoute, sans aucun scrupule, puisque tout le monde applaudit : « Tout comme la théorie darwinienne de la sélection naturelle est à la fois fondamentale et compréhensible pour la plupart des gens instruits, le modèle du Big Bang peut-être expliqué en des termes qui auront un sens pour les non-spécialistes, sans qu’il soit besoin d’édulcorer les concepts clés de la théorie. »

Je suis instruit et un non-spécialiste mais je n’arrive pas à avaler la pilule. Ça se soigne docteur? Oui, mais pour cela il faut vous détourner des mythes auxquels vous accordez une trop grande importance et cela nuit à votre assimilation des découvertes les plus élémentaires sur le Big Bang. « La méthode scientifique, écrit-il, en tant que moyen de parvenir à la vérité objective sur le monde matériel, n’a pu commencer à voir le jour qu’avec le déclin des mythes et des légendes. » Ah, le fameux principe du tabula rasa! Pour comprendre les nouvelles connaissances, il faut faire table rase sur celles du passé. L’argument est un classique.

http://profile.ak.fbcdn.net/hprofile-ak-snc4/49222_707286563_4197626_n.jpg Et Simon Singh d’entreprendre une petite récapitulation de ces mythes désuets qui entravent le développement de l’intelligence. Il commence par … la Chine! Pas l’Inde, le pays d’origine de ses parents et riche à foison de mythes… Je venais d’écrire sur le sujet, justement. Quelle coïncidence! La conservatrice de l'art asiatique au Musée des beaux-arts de Montréal, ou sa représentante Laura Vigo, me répondait, au sujet de l’exposition sur la Chine, que ce n’était pas grave si l’Inde n’était pas mentionnée, alors que l’Assyrie, l’Amérique du Sud, l’Égypte et la Grèce figuraient en bonne place pour les références historiques.

Chine expositiion Montréal


Mais Simon Singh, lui, ce n'est pas la même chose qu’une conservatrice de Musée, même si elle a du charme. C’est un scientifique, en tant que tel il doit mieux connaître son affaire.

femmes noires en train de danserDonc le professeur Singh va nous parler des mythes de l’Inde, puisqu’il vient de là. Chacun sait la force irrésistible de nos racines. Curieusement, c’est L’Édda prosaïque, recueil de chants épiques islandais qu’il favorise pour la deuxième place. Ensuite, au prochain paragraphe, on passe à la tribu de Krachi, au Togo, en Afrique. Chaque fois il écrit un paragraphe sur le sujet puis passe à un autre exemple. Toujours en Afrique, il cite le cas des Yoruba du Nigéria.  

Je ne désespère pas. Mais quand on arrive au VI siècle avant notre ère, aux Grecs, je suis convaincu qu’il va mentionner l’Inde, juste pour dire. Et bien non, que nenni! Sur les 90 pages de ce chapitre, il n’y a pas un mot sur l’Inde…

Devrais-je commencer à parler de conspiration?

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* Liens : Découverte scientifique: des frissons d'horreur!
Radio-Canada et les Lumières de la Science
 Au commissaire de l’exposition sur la Chine à Montréal.

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