Les grands enjeux de société et les idées qui en font la trame, avec humour, passion et gravité.
4 Novembre 2020
Camus et la magie de l'art
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"Il faut imaginer Sisyphe heureux. "J'ai pris cette phrase d'Albert Camus pour titre parce qu'elle illustre bien ce que j'appelle la philosophie du renard, selon la fable de La Fontaine. Lisez:
"Certain Renard gascon, d'autres disent normand,
Mourant presque de faim, vit au haut d'une treille
Des raisins mûrs apparemment
Et couverts d'une peau vermeille.
Le Galand en eut fait volontiers un repas ;
Mais comme il n'y pouvait point atteindre :
Ils sont trop verts, dit-il, et bons pour des goujats.
Fit-il pas mieux que de se plaindre?"
Et Camus de s'exclamer, après que son rocher roula au bas de la montagne pour une sempiternelle fois: "Mais Sisyphe enseigne la fidélité supérieure qui nie les dieux et soulève les rochers."
L'avantage du renard sur la tragédie grecque, c'est qu'il peut s'y reprendre avec succès, alors que l'homme est destiné à ronger son frein pour une sempiternelle fois, sans autre issue.
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"Ainsi, persuadé de l'origine toute humaine de tout ce qui est humain, aveugle qui désire voir et qui sait que la nuit n'a pas de fin, il est toujours en marche." Le rocher de Sisyphe.
Est-ce de la philosophique impressionniste ou de simples agréments poétiques? Peu importe, la littérature les confond et va au-delà du vulgaire pour donner du baume à l'âme. Car l'athée n'est pas en reste, il se veut aussi en possession d'une âme, serait-elle matérielle. Il ne peut vivre sans donner un sens existentiel à l'absurdité de la condition humaine. Il écrit en conséquence: "Cet univers désormais sans maître ne lui paraît ni stérile ni futile. Chacun des grains de cette pierre, chaque éclat minéral de cette montagne pleine de nuit, à lui seul forme un monde." D'où la dénomination de "philosophie du renard et des raisins" que je donnais pour tromper l'affliction. L'art de vivre consisterait selon cette perspective à superposer à la réalité brute et méchante un tableau impressionniste par définition artificiel. N'est-ce pas le propre de l'homme que de se dégager de sa condition naturelle, animale, au moyen de la culture et d'enchanter le monde?
"À cet instant subtil où l'homme se retourne sur sa vie, revenant vers son rocher, contemple cette suite sans lien qui devient son destin, créé par lui, uni sous le regard de la mémoire et bientôt scellé par sa mort."
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Pour être efficace en philosophie, les mots doivent coller le plus proche possible à l'objet que l'on désigne, ce qui n'est pas simple en français puisque la langue s'est construite sur le grec et le latin,* qui ne sont pas intrinsèques au territoire français. Règle générale, il est très difficile d'aller au fond des choses sans la maîtrise du vocabulaire en premier lieu. En l'occurrence le vocable "mythe" laisse à désirer. Il est souvent utilisé comme un grand sac de jute où l'on y fourre pêle-mêle allégorie, métaphore, figure de style, parabole, mensonge, légende, conte ou science-fiction.
Voici par exemple le commentaire d'un inconnu: "Pour Camus, Sisyphe est le héros ultime de l’absurde. Il a été condamné pour avoir défié les dieux et combattu la mort. Les dieux ont pensé qu’ils avaient trouvé une forme parfaite de torture pour Sisyphe, qui attendrait l’impossible, que la pierre reste au sommet de la montagne. Les dieux pensaient générer une frustration permanente, fondé sur l’espoir sans cesse renouvelé de Sisyphe."
Les mythes, en Occident, et particulièrement de nos jours, servent nos tendances à fantasmer, ils sont la science-fiction des anciens. Ils sont vicieux car ils obscurcissent l'histoire extraordinaire du monde telle qu'elle a été racontée dans les Puranas et que l'on associe faussement à des mythes, ce qui fait bien l'affaire des peuples qui haïssent ces aspects et les traditions ancestrales de l'Inde.
* Voire l'indo-européen (dans ce blog).