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Le blog de Maroudiji

Les grands enjeux de société et les idées qui en font la trame, avec humour, passion et gravité.

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Nimaï mange de la terre # 8

8

Quand Nimaï était bébé, les dames du voisinage venaient constamment le visiter. Elles profitaient de la compagnie de cet enfant merveilleux dont la beauté réjouissait les cœurs. Pour elles, c'était toujours une occasion de chanter « Hare Krishna » dans une atmosphère féerique. Nimaï avait pris l'habitude de pleurer chaque fois qu'il y avait du monde, mais aussitôt qu'on chantait « Hare Krishna », il s'arrêtait et sa frimousse s'épanouissait d'un sourire captivant. Toutes les femmes connaissaient ce caprice. Elles prenaient un malin plaisir à participer à son jeu.

Plus grand, il devint turbulent. Son imagination luxuriante animait tout. Dans le quartier, on ne parlait que de lui. À peine commençait-il à marcher qu'on le trouvait à fouiner partout et à taquiner les plus jeunes. Malgré son tempérament chahuteur, on s'assemblait toujours autour de lui pour s'amuser. Bien qu'encore enfant, son intelligence précoce et prompte rivalisait avec celle des adultes : parfois sur un ton innocent et, d'autres fois, non sans une pointe de mesquinerie, il leur faisait la leçon.

Un jour, Sachidevi, qui recherchait la compagnie de son fils, se demande où il peut bien être. Elle le cherche dans toute la maison et dans la cour avant, sans l'apercevoir. « Pourtant, je lui ai ordonné de rester aux alentours sur un ton qui aurait dû le forcer à obéir, pense-t-elle. Il m'a déjà causé assez de tourments aujourd'hui ! Mais où peut-il bien se trouver ? » maugrée-t-elle. Ce faisant, elle se rend derrière la maison. 

Là-bas, sur le côté, il y a un dépotoir où l'on jette les bols et les assiettes en terre qui ont servi pour les repas. Avec le temps, ces restes forment un amas que le soleil lèche de ses rayons brûlants. Souvent, on y aperçoit un corbeau ou une vache en train de se nourrir des dernières croûtes, des peaux et des écorces, avant qu'ils ne soient décomposés.

Machinalement, elle s'y dirige, ressassant les mêmes questions. La scène qui se présente à elle la stupéfie : son garçon, juché sur le sommet du monticule, est en train de croquer la vaisselle, le visage barbouillé de terre. Elle ravale sa salive. Elle essaie de comprendre : « Il y a tant de bonnes choses à manger dans la cuisine et je viens tout juste de lui donner un gros bol de riz sucré… » Elle lâche la bride à son indignation : « Mais que fais-tu, Nimaï ? Pourquoi manges-tu de la terre ? » Elle lui enlève brusquement ce qu'il grignote et enfonce un doigt dans sa bouche pour y retirer le sable. « Vilain garçon ! Pourquoi t'adonnes-tu à ces diableries ? Tu devrais comprendre ces choses-là à ton âge ! » Mais Nimaï, surpris d'abord par l'emportement inhabituel de sa mère, puis effrayé, commence à pleurer. Il dit en gémissant : « Pourquoi es-tu mécontente ? Ne m'as-tu pas toi-même donné de la terre à manger ? Qu'est-ce que le lait ou le riz, si ce n'est une transformation de celle-ci ? Sous l'effet du temps et par quelques métamorphoses des énergies, la matière prend telle couleur ou telle forme, mais ce qu'on voit autour de soi n'est que de la terre ! »

Elle en demeure bouche bée ! « Comment peut-il raisonner de la sorte à son âge ? Où a-t-il appris ces choses ? Ce jargon dérive d'un concept athée, et personne dans la famille ne cultive une telle vue ; nous sommes tous d'humbles serviteurs du Seigneur Krishna. » Elle décide d'aborder le problème d'une autre façon et de mettre un bémol. Elle prend conscience que devant elle ne se trouve pas seulement son bambin adoré, mais un petit génie ; et il lui faut, avec tact et amour, le corriger. 

« Nimaï, où as-tu entendu cette hérésie ? Ce que tu dis là est insensé et ne peut que te nuire, car si tu manges de la terre brute, tu tomberas malade, et si tu persistes, tu en mourras. Par exemple, si tu veux boire, il me faut verser de l'eau dans une cruche – qui est un modelage de terre – et ainsi seulement tu pourras en jouir ; mais si j'écoule cette eau sur le sable, elle se répandra partout et tout mon effort aura été vain, car tu ne pourras pas en profiter dans cette condition. » 

Après l'avoir écoutée attentivement, Nimaï lui répond : « Pourquoi ne m'as-tu pas enseigné ces vérités plus tôt ? Ainsi, je ne me serais pas fourvoyé à cause de spéculations de ce genre. Maintenant que je comprends, je ne le ferai plus. En fait, je suis bien plus heureux de boire le lait de ta poitrine. » Cela dit, il saute sur les genoux de sa mère et enfonce sa tête sous son sari. Un sourire de satisfaction se dessine sur les lèvres de Sachidevi, se joignant ainsi à son regard qui se perd dans des pensées insondables. ■

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