Les grands enjeux de société et les idées qui en font la trame, avec humour, passion et gravité.
23 Avril 2026
« Le christianisme a sa nécessité, l’islam a aussi la sienne. Il y a de la place pour de telles croyances dans l’univers. Elles ne sont pas inutiles, mais elles occupent une position relative. »
« Au-dessus de ce niveau se trouve vikasita-cetana, où se révèle une certaine conception de Dieu. Et c’est là que commence le varnasrama-dharma. » — Sridhar Maharaj.
Extraits d'un texte que je commente ci-dessous et que j'ai placé à la fin de cette publication.
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« Dans le mahométisme (l’Islam) et le christianisme, il y a du théisme. Ils acceptent un Dieu et Maître éternel, mais cette acceptation se fait selon leur nature de groupe. Tout comme il existe une nature de brahmana, de ksatriya, de vaisya, etc. Selon leurs natures générales, différentes nations ont reçu de tels apports de théisme. » — Srila B.R. Sridhar Maharaj
Je bute sur le sens de cette phrase : « cette acceptation se fait selon leur nature de groupe. »
« Leur nature de groupe. » 🤔
Le premier point à prendre en compte, cependant, est qu'un Vaishnava reconnaît que les musulmans et les chrétiens croient en Dieu, l'Être suprême. Par conséquent, le respect est de mise. Leurs ennemis idéologiques, les athées, sont ceux du Vaishnava : ce sont des progressistes réactionnaires qui veulent en finir avec les valeurs des anciennes religions, quitte à en configurer de nouvelles ou à les altérer pour mieux les exploiter ; la Franc-maçonnerie, par exemple, ne cachait pas toujours son jeu.
Une objection surgit, néanmoins : « Ils tuent des vaches ; par conséquent, ils ne sont pas les égaux des Vaishnavas. » Ces derniers s'estiment moralement supérieurs en raison de leur non-violence envers les animaux. Ils refusent de s'asseoir à leur table, le sang étant impur au regard de leurs valeurs — du moins, c’est le point de vue que je partage et la conduite que j’adopte dans ces situations.
Pourtant, les kshatriyas dégustaient la viande ! La lecture des Puranas et du Mahabharata nous enseigne qu'ils pratiquaient la chasse, à la fois comme un sport et comme un devoir. Loin d'être voués aux gémonies pour leur conduite, des kshatriyas comme les Pandavas sont, au contraire, adorés par les Vaishnavas. Qu'on se le dise, la vérité n'a pas besoin de fard pour être sacrée ! Ne déguisons pas l'histoire pour qu'elle nous plaise, la vérité toute nue étant déjà bien assez grande.
La question des kshatriyas vaishnavas consommant de la viande reste un mystère au sein du mouvement Hare Krishna, tout comme dans mon esprit. Elle n'a pas été abordée de manière exhaustive ou frontale par Srila Prabhupada. On trouve bien des fragments de réponses éparpillés dans ses enseignements, mais aucune élaboration philosophique permettant à ses disciples de maîtriser le sujet. Il en résulte une confusion — une sorte de talon d'Achille pour la doctrine Gaudiya. Voici un autre exemple tout aussi parlant et pratique. Un disciple de Prabhupada, ex-sannyasi, Guru Kripa Dasa, raconte cette anecdote qui illustre de manière voilée la difficulté d’un dévot de Krishna d’atteindre la perfection du bhakti-yoga dans cette vie :
« Srila Prabhupada n'a pas instauré un culte de la personnalité ; il a enseigné la science permettant de voir Dieu. À mesure que nous comprendrons mieux la science de la bhakti, nous verrons Dieu, tout comme Srila Prabhupada Le voyait. Ce n'est pas comme s'il devait voir Krishna et que nous, nous ne Le verrions pas. Parfois, les gens demandaient à Prabhupada : « Voyez-vous Krishna ? » Et Srila Prabhupada répondait : « Si c’est le cas, en quoi cela vous avance-t-il ? Le voyez-vous, vous ? Si je mange et que vous ne mangez pas, quel bien cela vous fait-il de me regarder manger ? » Nous devons donc manger à notre tour, et c'est précisément ce qu'il nous offre. Si nous passons à côté, nous sommes les grands perdants. Nous manquons de foi. »
« Selon leurs natures générales, différentes nations ont reçu de tels apports de théisme. » — S.M.
En tant qu’adeptes de Srila Prabhupada ayant, comme moi, étudié ses enseignements avec attention, vous savez quelle place centrale il accordait à la « science » dans sa présentation de la conscience de Kṛṣṇa, tout particulièrement dans le cadre de la culture védique. Pourtant, je dois admettre que, de la même manière que la question de la consommation de viande me laisse parfois perplexe, le sens exact qu'il donne au terme « science » m’échappe encore.
C’est précisément en raison de son insistance sur ce concept que j’ai approfondi la philosophie et l’histoire des sciences. J’en suis venu à la conclusion que, pour qu’une affirmation soit qualifiée de scientifique, elle doit pouvoir être soumise au doute et résister à la contradiction. Elle ne saurait constituer sa propre preuve.
Par conséquent, cette déclaration de Sridhar Maharaj mérite un examen objectif, d’autant plus que la « nature » de l’Islam est déjà, comme nous l’avons vu, une pierre d’achoppement.
Penser par soi-même exige une indépendance intellectuelle que le groupe — famille, amis, société — tolère rarement. Pourtant, il l'accepte sans difficulté à une condition : que cette pensée aille dans la bonne direction : celle du groupe. Le penseur est alors estimé, voire admiré. Sinon, il est marginalisé ou rejeté. Ce mécanisme n'épargne pas les pays dits démocratiques.
« Tout comme il existe une nature de brahmana, de ksatriya, de vaisya, etc. » — S.M.
Je bute, disais-je au début de cet essai, car nous avons appris de la bouche de Srila Prabhupada que ces distinctions ne sont plus applicables dans l’âge de Kali. La religion musulmane, doit-on le rappeler, est née tardivement dans notre ère, au VIIe siècle : 3500 après le début de l’âge de Kali.
« Dans le Srimad Bhagavatam, nous voyons que les apports sont distribués selon la capacité collective du groupe récepteur. Autrement, si le tout était donné d'un coup, ce serait trop difficile, trop complexe pour qu'ils puissent comprendre ou suivre. » — S.M.
Par ailleurs, concernant l’idée que les Hindous seraient plus aptes que d’autres à recevoir un enseignement supérieur, force est de constater que lorsque Srila Prabhupada a décidé de se rendre en Amérique pour faire connaître Radha et Krishna, il y a rencontré un succès immense. À l'inverse, en Inde, sa prédication n'avait alors que peu d'impact sur ses contemporains.
Ce constat me conduit à affirmer qu’il est inapproprié de définir la « nature » d’un peuple ou d’une civilisation au sein du Kali-yuga. Le potentiel moral et intellectuel est, en réalité, universel et égal pour tous. Les Américains ne sont pas supérieurs au reste du monde. À en croire leurs actes et les guerres qu'ils déclenchent partout sur la planète pour asseoir leur égemonie, c'est tout le contraire qui saute aux yeux. Le succès immense que Prabhupada a rencontré fausse la donne et il est dorénavant très difficile d’y voir clair. Ceux qui tentent ce choix se voit traiter d’hérétiques. En vérité, il n’est pas bon de penser par soi-même dans ce mouvement.
Comme je l'ai mentionné, notre philosophie s'adresse actuellement aux débutants. Même si nous possédons théoriquement la connaissance la plus élevée, son potentiel reste inexploité, et nous nous retrouvons bloqués par des enseignements introductifs : une sorte de « Sunday Feast » perpétuel. Krishna Dharma, auteur d'une traduction du Mahabharata et disciple de Srila Prabhupada, illustre parfaitement ce comportement idiosyncrasique. Lorsque j'ai interrogé son silence concernant la guerre au Moyen-Orient — notant une tendance commune chez les dévots de Krishna — il m'a dirigé vers son dernier article, dont j'avais déjà connaissance. Après l'avoir relu, je lui ai dit qu'il manquait de créativité et de profondeur factuelle, ce qu'il a reconnu d’une certaine manière.
Par conséquent, l’explication de Sridhar Maharaj ne correspond pas tout à fait à la réalité du terrain, laquelle est tributaire de l’histoire et de l’évolution du temps. Au regard de l’analyse précédente, les dévots de Krishna ne semblent pas mieux disposés à approfondir les questions existentielles, métaphysiques ou spéculatives que ne le sont les musulmans ou les chrétiens ; au contraire. Et ce constat s'applique indifféremment, qu'ils soient Américains, Européens ou nés en Inde. Ce sont d'éternels débutants qui se complaisent dans la récitation du catéchisme vaishnava. Ils ne se cachent d'ailleurs pas de cette pratique, qu'ils considèrent comme l’essence même des enseignements de Srila Prabhupada. L'accent est mis sur la protection de la foi, une posture qu'il faut préserver à tout prix, à l'image d'une plante de jardin que l'on préserve des mauvaises herbes. Cependant, tout ce qui concerne la vie de tous les jours et le savoir nécessaire à l'amélioration de la condition familiale, ou le projet de société du varnashrama-dharma, se trouve ainsi reporté aux calendes grecques.
« Au-dessus de cela se trouve vikasita-cetana, dans lequel il y a une certaine conception de Dieu. Et c’est là que commence le varnashrama-dharma. » — Sridhar Maharaj
Pourtant, les dévots ont jeté l'éponge sur la question du varnashrama-dharma. Ils ne veulent plus en entendre parler, laissant le désir explicite de Prabhupada de l'établir comme une énigme grandissante. Le consensus actuel semble être que la réalisation de ce concept social est une utopie. Pourtant, Prabhupada insistait sur le fait que la conscience de Krishna ne peut être diffusée efficacement sans lui. Sridhar Maharaj lui-même identifie cette structure en classe comme le point de départ même de la civilisation.
Parler de civilisation, c’est parler de politique, de famille, d’éducation, de science et du pluralisme de la démocratie (ou isthaghosti). Cela implique des personnes ayant des points de vue divers et des rasas variés. Certains cherchent une relation neutre avec Vishnu, d'autres un rasa amical, parental, ou le rasa le plus élevé avec Krishna, à Vrindavan — un royaume qui transcende la moralité mondaine et les règles sociales. Seuls de purs dévots comme Sridhar Maharaj ou Prabhupada peuvent nous guider dans cette sphère transcendantale, bien qu'ils ne soient plus de ce monde. On prétend que lorsque les dévots connectent leur âme à la leur, tout est révélé. Cependant, la vie de tous les jours parmi les dévots de Krishna ne permet pas de le vérifier.
Cette théorie ne fonctionne tout simplement pas dans le Kali-yuga; elle est insoutenable et non scientifique. Voilà pourquoi le varnasrama-dharma est devenu la perspective la plus probable pour Srila Prabhupada. ■
* Voici l'échange complet où un étudiant interroge Sridhar Maharaj sur la place des autres religions.
Dans le mahométisme (l'Islam) et le christianisme, il y a du théisme. Ils acceptent un Dieu et Maître éternel, mais cette acceptation se fait selon leur nature de groupe. Tout comme il existe une nature de brahmana, de ksatriya, de vaisya, etc. Selon leurs natures générales, différentes nations ont reçu de tels apports de théisme.
Dans le Srimad Bhagavatam, nous voyons que les apports sont distribués selon la capacité collective du groupe récepteur. Autrement, si le tout était donné d'un coup, ce serait trop difficile, trop complexe pour qu'ils puissent comprendre ou suivre.
Ainsi, pour les débutants, une certaine conception théiste n'a été donnée que de manière approximative, et non en détail. Après avoir traversé d'autres naissances et renaissances, lorsqu'ils parviennent à une position plus élevée, une éducation supérieure sur le théisme leur sera alors transmise ; des dispositions ont été prises pour chacun par le Seigneur à travers les diverses écritures et les saints.
C’est pourquoi nous voyons la connaissance védique — la vérité existant au-delà de nos sens actuels — présentée à travers les écritures de manière indirecte et voilée, afin d'instruire ceux qui sont indisciplinés ou ignorants. Les gens doivent être traités selon leur stade d'évolution.
Un enfant doit passer un examen pour enfant, pas pour adulte. Les questions d'un examen pour enfant seront d'un niveau différent de celles d'un adulte. Graduellement, on sera amené vers le niveau supérieur. Tout comme un enfant est guidé par une approche adaptée, ce type de processus a été similairement adopté dans les écritures :
*parokṣa-vādo vedo ’yaṁ / bālānām anuśāsanam*
*karma-mokṣāya karmāṇi / vidhatte hy agadaṁ yathā* [S.Bhag. 11.3.44]
« Les personnes puériles et ignorantes sont attachées aux activités matérielles et intéressées, bien que le but réel de la vie soit de se libérer de telles activités et d'atteindre la conscience de Krishna, le service de Krishna. Par conséquent, les injonctions védiques mènent indirectement vers le chemin de la libération ultime en prescrivant d'abord des activités religieuses intéressées, tout comme un père promet des sucreries à son enfant pour que celui-ci accepte de prendre son médicament. »
Cela est accepté partout dans les écritures révélées. Le degré d'éducation doit être dispensé selon la capacité de l'auditoire. Autrement, ils ne pourront rien comprendre. Il y a un processus graduel dans la formation — c'est ainsi partout. C'est également vrai dans notre expérience commune. Le progrès ne survient pas brusquement, mais résulte d'un processus de développement continu.
L'étudiant : D'où commence le théisme ? Des stades les plus bas jusqu'aux plus élevés, quelle est la gradation ? Quelles sont les différentes conceptions ?
Sridhar Maharaj : La gradation complète a été décrite de la manière suivante par Bhaktivinode Thakur dans son Caitanya-Siksastakam. D’abord, il y a acchadita-cetana, la conscience pleinement couverte, comme chez les arbres et les pierres ; ils sont acchadita, couverts, épaissement couverts. La conscience est là, mais elle est lourdement voilée.
Ensuite, il y a sankucita-cetana, comme nous le trouvons dans le règne animal : une conscience très étroite.
Puis, mukulita-cetana, la conscience qui commence tout juste à s'éveiller... On y trouve l'animisme, le culte des divers dieux de la nature.
Au-dessus de cela se trouve vikasita-cetana, dans lequel il y a une certaine conception de Dieu. Et c’est là que commence le varnasrama-dharma.
Enfin, il y a purna-vikasita-cetana, la conscience pleinement épanouie, et sa conception correspondante de Dieu ; c’est le Vaishnavisme.
L'étudiant : Le christianisme et l'islam se situent-ils à ce stade, vikasita-cetana ?
Sridhar Maharaj : Oui. Et enfin, il y a purna-vikasita-cetana, la conscience pleinement épanouie et sa conception correspondante de Dieu ; c'est le Vaishnavisme.
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Ouvrages : Extrait 1, La Recherche de Sri Krishna. Extrait 2, Divine Aspiration.
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La vie de Sri Krishna-Chaitanya : Table des matières - Le blog de Maroudiji
1 Mais pourquoi pleurent-ils ? 2 Le Gange 3 Nadia, un haut lieu spirituel 4 Les parents de Krishna 5 Une grossesse peu ordinaire 6 La naissance 7 Prédictions astrologiques 8 Nimai mange de la terre
https://maroudiji.over-blog.fr/2026/01/la-vie-de-sri-krishna-chaitanya.html