Les grands enjeux de société et les idées qui en font la trame, avec humour, passion et gravité.
19 Août 2026
L'arme nucléaire ne sert à rien dans une guerre, sauf à fantasmer. Deux puissances nucléaires attaquent l'Iran, et il en sort vainqueur. Quant à l'Ukraine, elle s'en prend à la plus grande puissance nucléaire du monde, et la Russie n'use pas de son arme dissuasive.
Aucune fiction, mais la réalité brute.
L'IA l’a reconstruite avec des Lego. Ces articulations s'emballent comme des trolls hilarants, et l'animation se partage à la vitesse du son, rappé à l'américaine — sous une pluie de missiles et de fillettes mortes évaporées. L’Iran impose le tempo avec des soldats démontables — pareils à ces jouets d'antan.*
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Jeux de massacre. Mandiargues, l'auteur du Troisième belvédère, qui craint maintenant la lumière, se retournerait dans sa tombe.**
C'est David qui terrasse Goliath : des soldats aux pieds nus contre des marines repoussés jusqu'à la mer. Le mythe du bouclier nucléaire se fissure. Celui du Dôme de fer s'est effondré. Israël compte ses jours.
Les Lettres persanes se sont imposées ; elles nous révèlent qui sont les barbares. Voici Usbek débarquant d'Ispahan dans la rue Saint-Honoré. Il dit : Paris est une belle ville le jour où il y a des choses laides la nuit. À mesure que j'entre en Europe, dans le pays des profanes, je deviens profane moi-même. Je prête mon flanc aux espions en mangeant et en buvant à leurs tables. Trahir par le regard, c'est déjà trahir par le baiser. Dans Le treizième belvédère, Judas le paie par la pendaison.
De quoi mourra Netanyahu, lui, après tout ? Que vont devenir les Américains après cette déroute ? Feront-ils appel à Dieu pour les protéger ou, en définitive, pour les juger ?
Ils n’ont jamais cru à l’humanisme, ni à l’égalité des races et des êtres humains. Mais peut-on changer de nature du jour au lendemain ? Le surréalisme est un trompe-l’œil. Les cœurs ne se purifient pas par la prière ou par un nœud coulant. Le temps doit faire son œuvre. Ils resteront ce qu’ils sont pendant longtemps encore.
Peut-on sauter d’un corps à l’autre, d’un homme à une femme ? Non. Une rédemption s’impose, et la rédemption prend du temps. Il faut le redire : on ne brade pas son cœur ou son mental de façon artificielle, par une profession de foi, le baptême ou une exfoliation scientifique.
Il en va de même des nations, et de leur conscience collective. Si l’Amérique prenait soudain conscience de son embarras, il lui faudrait des générations pour s’en remettre. On ne devient pas un autre homme en changeant de costume, ni un autre pays en changeant de drapeau. Le karma a ses lois, la Nature aussi, et la mort passe par là, indubitablement. S’incarner dans une autre forme de vivant exige une préparation et une disposition mentales : un effort intense, de la douleur. L'âme n’entre pas dans un corps de chien comme elle entre dans celui d’une femme.
Tout le monde — je veux dire le monde entier — se souvient de ce que des hommes qui se disaient juifs ont fait à Gaza. Résister est un acte de subversion, d’autant qu’en la circonstance le diable se cache dans les négociations. La terreur et ses masques hideux doivent rentrer chez eux. Il s’agit aussi de redonner aux mots leur sens véritable, surtout quand on sait que le barbare, pour l’esprit complexé, c'est toujours l’autre.
Bref, cette tragédie est un mystère affreux de ce début de millénaire. La guerre étant la plus grande manifestation de vie au monde que puissent offrir les hommes et les femmes qui veulent un pays à eux, coûte que coûte. C'est ce qu'écrivait Emilio Gentile dans La religion fasciste (Perrin, 2002).
Cette quête mystique de l’identité et de la terre des ancêtres ressemble, à s'y méprendre, à une sombre comédie dont le dernier mot est laissé à la mort — d'où la tragédie. Car, comme l'écrivait Primo Levi, notre langage manque de mots pour exprimer cette insulte : la démolition de l'homme.
Et le nettoyage ethnique ou le génocide, en direct. Depuis notre salon.
J'ai brossé là un tableau presque surréaliste de la géopolitique et des 'instincts' humains tel qu'il se dévoile sous nos yeux. On le croquera selon nos dispositions ou nos goûts. Tout comme dans le tableau d'Ernst, La collecte des oranges : elles seront sucrées ou amères.
Il y a aussi des désirs persistants qui deviennent croyances et qui sont des fabulations de l'esprit. Les conspirateurs et les publicistes savent les exploiter. Les masses sont des terrains fertiles où croissent les utopies. Beaucoup veulent aller sur la Lune, alors qu'ils ne savent pas prendre de la hauteur. Peu nombreux sont ceux qui doutent à la lumière d'un réverbère quand, pour eux, la nuit remplace le jour.
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Ce soir, il y a une rare éclipse solaire. Je l'ai regardée indirectement, de biais, par la fenêtre, en faisant la vaisselle, parce que je m’en méfie. Mon signe du zodiaque est le Lion, selon l'astrologie hindoue. Sinon, je suis Balance. Cela m’indiffère, soit dit en passant. D’après les Hindous, il ne faut pas regarder ce phénomène comme on va à un spectacle : il est de très mauvais augure. J'en ai vu d’autres à mon âge. Au Canada, par exemple, en 1999, je crois. Les lunettes avaient été distribuées par le gouvernement pour que chacun en fît l'expérience, pour que chacun vît la nuit en plein jour. Ce désir-là, Max Ernst l'avait peint sans user de mots : sa Rue de Paris la nuit, c'était déjà une éclipse de l'âme.
Ainsi se termine mon court essai poétique sur Le treizième belvédère.
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*Jeu de mots. Timpo Toys est un fabricant historique de jouets et de figurines miniatures en plastique ou en métal.
** André Pieyre de Mandiargues a écrit Troisième belvédère, chez Gallimard, dont le premier texte est consacré au peintre Max Ernst, à la lumière de leurs imaginaires fantasmagoriques.
Tableau : Aquarelle de Max Ernst imaginant une rue de Paris à la nuit tombante, 1912, un an avant de s’y rendre.