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Publié par Laziz

Ma femme, étant elle-même concernée par le thème de la mort et ayant lu plusieurs ouvrages d'Élisabeth Kubler Ross sur la question, elle s'est exaltée pour ses "Mémoires de vie, Mémoires d'éternité" dont elle m'a résumé certains passages singuliers.*

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Je lui ai demandé ce que feu Madame Ross pensait des rapports de l'homme avec les animaux? -Rien, m'a-t-elle répondu. -Rien?!? Une femme aussi sensible ne donne pas ses réalisations, ne serait-ce que brièvement, sur un sujet d'importance tel que sa relation au monde animal!?! J'estime que tout penseur, particulièrement dans le domaine qui a trait à l'amour du prochain, même s'il ne considère pas l'animal comme un prochain, doit nécessairement faire mention de cette problématique, peu importe sa position, car sa compréhension de ce rapport est un élément clé de sa psychologie. Le sujet est incontournable puisqu'il appréhende une des questions les plus cruciales, celle de la condition des êtres vivants les plus évolués et les plus proches de l'homme et de leurs rapports avec celui-ci. Ne pas en parler serait d'un ethnocentrisme humain de la même eau que celui qui a prévalu au Moyen-âge jusqu'à il n'y a pas encore longtemps, alors qu'on affirmait avec le plus grand sérieux, que les animaux n'avait pas d'âme, et de conscience, et qu'ils étaient en fait rien d’autres que des machines sophistiquées! Un peu comme ceux qui pensaient que les femmes ou les noirs étaient des genres inférieurs parce qu'ils n'avaient pas d'âme! Au début du siècle dernier, il était communément entendu que les Arabes étaient par nature inférieurs. Mais où étaient donc les philosophes au bon sens?

http://blog.uniterre.com/uploads/v/vogalane/484710.jpgPuis, sous mon insistance et ma déception, ma femme s'est creusé la cervelle et m'a trouvé une référence d'un à propos tout à fait exemplaire que je vais, moi aussi, vous résumer. Toute petite, E. K. Ross a eu la nette impression que les animaux savaient déjà d'instinct à qui il pouvait accorder leur confiance, lisons-nous dans un chapitre au début de ce même livre "Mémoires de vie. . ." . Elle raconte, donc, qu'à cet âge, elle avait la charge de s'occuper de la cage aux lapins. Elle les aimait beaucoup ce qui était réciproque car elle était la seule parmi sa famille dont les lapins s'approchaient sans peur. Cependant, continue-t-elle, même si ma mère inscrivait au menu du civet de lapin, je ne me demandais jamais comment ces lapins finissaient dans la cocotte. Mais un matin mon père me saisit par le bras et me dit: «Quand tu iras à l'école, amène un de tes lapins chez le boucher, puis rapporte-le pour que ta mère puisse le cuisiner à temps pour le déjeuner.»

 Le soir, pendant le repas, nous dit-elle, j'ai failli m'étrangler quand mon père m'a suggéré d'en goûter un petit morceau. Ce que j'ai refusé, bien entendu. Puis le jour tant redouté est venu lorsqu'il resta plus qu'un lapin, mon préféré, Blackie. 

Je suis sortie de la maison affolée et tremblante. Je ne peux pas faire ça, me dis-je. Je l'ai posé parterre en l'implorant de s'enfuir. Mais il n'a pas bougé. Alors, j'ai couru à la boucherie, les larmes aux yeux. Le pauvre Blackie a dû sentir que quelque chose de terrible se préparait car au moment de le remettre au boucher son cœur battait aussi vite que le mien. J'ai passé le reste de la journée à penser à Blackie. Je me demandais s'il avait été déjà tué, s'il savait que je l'aimais et qu'il me manquerait toujours. Je me sentais terriblement mal dans ma peau et j'en voulais à mon père.

Plus tard, assise à table, j'ai observé ma famille tandis qu'elle mangeait mon lapin. Je n'ai pas pleuré. Je ne voulais pas que mes parents sachent à quel point ils m'avaient blessée. J'étais parvenue à la conclusion qu'ils ne m'aimaient pas et qu'il me fallait donc être dure. Plus dure que n'importe qui. Quand mon père complimenta ma mère pour son délicieux repas, je me suis dit: Si tu réussis à surmonter cette histoire, alors tu pourras surmonter tout dans la vie.

* J'ai écrit cela il y a de nombreuses années, je viens de retrouver le texte dans mes papiers.

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Derrida et la Bêtise

Le chat de DerridaJe parcours un passage du livre d'olivier Dekens, Derrida. Le chapitre en question s'intitule “L'animal que donc je suis”. C'est à propos de Derrida réfléchissant sur le monde animal, comme tous les philosophes l'ont fait avant lui. Mais tout de suite, Dekens donne le la: “Il n'est pas question de contester de près ou de loin la différence entre l'homme et l'animal, ni de poser une homogénéité entre eux. Il faudrait être plus bête que les bêtes pour nier l'abîme qui nous sépare d'eux”.

 

 

Ou encore, comment noyer le poisson...
Extrait : « La discussion mérite de commencer quand il s'agit de déterminer le nombre, la forme, le sens, la structure, et épaisseur feuilletée de cette limite abyssale, de ces bordures, de cette frontière plurielle et supliée. La discussion devient intéressante quand, au lieu de se demander s'il y a ou non une limite discontinuante, on cherche à penser ce que devient une limite quand elle est abyssale, quand la frontière ne forme pas une seule ligne indivisible mais plus d'une ligne.»

 

Michel Piccoli-abattoir-viande-végétarisme

 Derrida, en une formule bien rare chez lui : il n'y a pas d'homme, pas d'Animal. Ou quand on dit “animal”, on dit “Je dis une bêtise”.

 

Olivier Dekens : «Descartes, dans une lettre, évoque la fiction méthodique d'un monde sans animal, dans lequel l'homme pourrait tout de même fabriquer des automates à leur ressemblance. Descartes en tire la conséquence qu'on connaît, mais qui ne laisse pas de surprendre: étant impossible à l'homme de distinguer entre les animaux et les automates, les animaux sont analogies à des automates dans leur incapacité à répondre. Il inaugure une tradition de Kant à Lévinas, en passant par Lacan et Heiddeger. [---] Toutes ces pensées, en faisant de l'animal en général celui qui ne répond pas, ont choisi de faire la différence ou de ne pas voir des différences entre les espèces animales; toutes ont oublié de prendre en compte le fait que nous exploitons les animaux; toutes ont méprisé les découvertes de l'éthologie animale; toutes enfin ont obéi à une logique sacrificielle d'inspiration judéo-chrétienne.»

 

Ma réflexion: Je voudrais rajouter que l'éthologie animal -qui n'a fait que démontrer, scientifiquement, ce que n'importe quelle personne de bon sens pouvait constater- est une forme d'étude savante à peine plus évoluée que la pensée des quatre philosophes mentionnés ci-dessus. D'ailleurs, à lire Derrida, celui-ci ne semble pas plus se démarquer d'eux par ses propos, ou à peine. Mais savoir que ces philosophes ont été des phares pour l'humanité me donne la chair de poule.

Encore Dekens à propos de Derrida : « Le rapport à la philosophie complique encore le schéma: en plus d'être judéo-franco-algérien, Derrida est intellectuellement grec, puisque le grec est la langue native de la philosophie (c'est moi qui souligne).

Mais là encore, les identités vont trembler, et produire l'histoire : “Sommes-nous juifs? Sommes-nous des Grecs? Nous vivons dans la différence entre le Juif et le Grec, qui est peut-être l'unité de ce que l'on appelle l'histoire ? »

On radote et on radote toujours sur le contenu des mêmes pots pourris dégradés en compost et recyclés à bas prix. Avons-nous tort de frémir devant tant de gauloiseries ? Encore heureux qu'outre-mer l'enseignement ne bourre plus le crâne des enfants qui apprenaient que leurs ancêtres descendaient en droite ligne de Vercingétorix alors qu'ils vivaient à Madagascar ou en Algérie...

23 Décembre 2011
 

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Ne faites pas cela à vos enfants!

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