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Le blog de Maroudiji

Les grands enjeux de société et les idées qui en font la trame, avec humour, passion et gravité.

Frédéric Lenoir, Lettre ouverte aux animaux...

(et à ceux qui les aiment)

Frédéric Lenoir, Lettre ouverte aux animaux... Critique de son livre

Frédéric Lenoir est un défenseur passionné des animaux, sans être tout à fait végétarien... Je ne le lui reproche pas car c’est une bonne chose que de militer contre la souffrance abominable que les humains leur infligent. C’est intelligent, devrais-je dire, même si cette revendication est plus facile aujourd’hui qu’il y a trente ans, quand quasiment personne n’en parlait, alors qu’ils souffraient autant. Même Tariq Ramadan, un musulman, s’est joint à cette nouvelle manifestation de mœurs à la mode. Personnellement, je ne prétends pas que tout le monde devrait être végétarien. C’est une utopie invraisemblable et infondée. Mais c’est beaucoup ainsi chez les scientifiques et les philosophes, que de croire à des utopies ou des fantaisies.

Frédéric Lenoir, Lettre ouverte aux animaux... Un tigre en train de lire la Bhagavad-gita

Prenez par exemple le titre du livre : Lettre ouverte aux animaux. On se moque de qui, là ?! Drete en partant,* Lenoir annonce, par ce procédé stylistique, qu’il fait une grande place à la métaphore, mais il n’en est rien. En tout cas, il ne donne aucune explication. Est-ce une blague alors, puisque tout au long du livre il s’adresse bien évidemment à ses lecteurs --mais surtout aux animaux ? Or les bêtes ne lisent pas... Veut-il amasser quelques gains par cette rhétorique pour le moins absurde? Je ne pourrais répondre à sa place mais cela fait partie du brouillard dans lequel les intellectuels de son genre aiment à cogiter et à se répandre en écriture. Comme dire par exemple que l’univers est né de rien ou d’une singularité, d’un point tout petit petit... Ou encore affirmer qu’aucune intelligence ne gouverne l’Univers, aucune conscience n’y est à l’œuvre, tout ce fait naturellement, (algorithmement) comme dans la Sélection naturelle. Les plus progressistes d’entre eux se mettent même à croire aux dieux pour mieux tenir ensemble leur château de cartes mental :

« Et ayant sorti l’humanité de la brutalité des luttes pour la survie,
nous allons chercher à hisser les hommes au rang de dieux,
à transformer Homo sapiens en Homo deus. »**

Un autre et bel exemple de cette quête des origines du monde et de l’être est celui de la conscience. La gente scientifique se démène par tous les moyens technologiques pour la localiser ; ils seraient fiers de revendiquer sa découverte au nom de l’humanisme, du progrès et de la science, ayant fait chou blanc concernant l’âme. Apparemment, la conscience leur semble plus accessible. De mon humble promontoire, je constate que les intellectuels baignent dans l’ignorance. Après avoir organisé colloque sur colloque, écrit pages sur pages à son propos, ils finissent par admettre du bout des lèvres que le phénomène de la conscience leur échappe com-plè-te-ment.

Mais ce n’est pas ce que retiennent les athées ou ceux qui sont tendancieusement portés vers ce nihiliste radical (beaucoup de religieux parmi eux) ; un pattern très ancien à saveur grecque dont l’exploration ne les lasse pas : la théorie stipule que l’ordre émana du désordre et du néant la création. Voilà le fond de la pensée des pontes de la science et des abstracteurs de connaissance.
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* Droit ou direct, expression québécoise
** Yuval Noah Harari, l'auteur de "Sapiens, une brève histoire de l'humanité".

 

La colle mythique de Noah Harari

Ce que permet la pensée symbolique, selon Frédéric Lenoir, c’est de pondre des vérités vraisemblables sur l’origine de l’homme. Lisez, c’est tout au début de son livre : « Comme l’affirme l’historien Yuval Noah Harari dans son passionnant ouvrage Sapiens : "Entre nous et les chimpanzés, la vraie différence réside dans la colle mythique qui lie de grands individus, de familles et de groupes. Cette colle a fait de nous les maîtres de la création. " (p. 27)

Les maîtres de la création… mais passons !* Puis Lenoir enchaîne avec le paragraphe ci-dessous, en conclusion d’un chapitre dans lequel la vision de notre prophète du futur et historien par éducation est résumée (on parle de Harari) :

« Vous me demanderez – et nous n’aurons peut-être jamais la réponse à cette légitime question : que s’est-il passé dans le cerveau de Sapiens pour qu’il développe très rapidement un langage singulier, un imaginaire aussi riche et une pensée symbolique, favorisant l’émergence de l’art ou de la religion ? »

Je rappelle que Frédéric Lenoir était l’éditeur en chef du magazine Le Monde des Religions et que jamais il n’a consacré d’article à l’histoire de l’Inde, au Mahabharata ou à Krishna. (Je ne comprends pas comment il a pu réussir ce tour de force sans coup férir de la part de milliers de lecteurs, et cela dans une démocratie issue directement des Lumières.)

« Chers animaux, écrit-il au nom de tous, j’ai bien l’impression que nous autres humains avons aussi perdu la tête… »  Frédéric Lenoir, protecteur et serviteur du monde.

Dans sa Lettre aux animaux par exemple, qui se veut un tour d’horizon de nos rapports avec eux sur la planète Terre, il ne mentionne par l’Inde védique et ses liens extraordinaires avec les animaux. Or, s’il y a une civilisation du passé dont la culture végétarienne était codifiée et répandue à l’échelle d’un vaste territoire, c’est bien l’Inde. Mais nada à propos de cette réalité historique ! Il n’y a rien à savoir ou à apprendre, circulez maintenant s.v.p. ! Après quoi, il se demande béatement ce qui a favorisé l’art ou la religion chez Sapiens ?!

* Que signifie la création sous leurs plumes… la terre, uniquement, l’univers ou le monde entier, total ? Et pour ceux qui ont de la suite dans les idées, vous vous demanderez : « C’est quoi le monde entier, puisque l’univers a déjà été mentionné ? » (Grand sourire, avec deux larmes chaudes.) Il est vrai que cela ne préoccupe pas nos deux penseurs, Harari et Lenoir.

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Pour lire ma critique du livre de

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