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Publié par Laziz

Les illusions cruelles
C’est un véritable fléau de la désinformation que l’on propage à travers ces éditions de la Bhagavad-gita. Le lecteur pense qu’il a entre les mains un ouvrage vantant les mérites à lire ce Chant du Bienheureux (la traduction en français du titre de l’ouvrage), alors qu’il y a là une tentative à peine voilée de réduire Krishna et toute la dimension védique à un produit de l’imaginaire humain. Et même les Hindous se sont pris au jeu de cette maha maya, la grande illusion. L’Inde est devenue un lieu de débauche et de perversion par excellence. Il suffit de voir l’état et la pollution du Gange et de la Yamuna pour mesurer l’ampleur de la déchéance. Les Hindous se sont même mis à commercialiser la viande de la vache qu’ils massacrent dans les abattoirs comme un animal vulgaire. Il n’y a pas longtemps encore, elle était adorée comme une mère et la source de la richesse matérielle et spirituelle, elle était sacrée et l’animal préféré de Krishna. Pour cette raison, ce dieu incomparable de l’amour absolu est aussi appelé Govinda, et sa résidence éternelle, sa planète dans le monde de Vaikunta, Goloka (sur Terre, Gokula), go, signifiant vache. Comment peut-on encore être fier de naître dans ce pays, autrefois considéré comme le berceau de la religion, le centre du monde, là où même les dévas désiraient prendre naissance?

 

Deux sortes d’âmes qui n’en seraient qu’une.
Pour l’exercice, j’ai recopié un passage assez long de l’introduction de J. L. Jazarin. Et ceci pour deux raisons singulières. La première, que je relève uniquement en passant, nous prévient que l’auteure s’est trompée, ce qui me semble plutôt déplacé quand on est prié de présenter l’œuvre d’un écrivain que l’on respecte; et pour la deuxième, il reprend l’habituelle argumentation de la philosophie sankarite. Je vais commenter cette partie-là que voici : « Cependant comme la plupart des traductions en langues occidentales elle n’a pas échappé à une confusion qui se répète tout au long, non seulement de la Gita, mais de toutes les traductions des doctrines hindoues. La plupart des principales traductions des textes sanskrits est d’origine anglaise. Aussi les premiers traducteurs ont-ils traduit fort justement le terme Atman par self qui signifie ‘soi’ dans le sens de ‘soi-même’. Or dans les écritures hindoues, comme dans la Gita, le terme Atman est aussi bien employé pour désigner la conscience suprême que pour celle de chaque homme. On comprend mieux la raison de cette identité de terme, lorsqu’on a compris que l’âme profonde de chaque être n’est autre que l’âme de l’Univers. »

 

Devenir Dieu?
Ou, dit en d’autres mots, que l’âme individuelle et l’âme suprême sont une et même entité spirituelle. Pour décrire ce fantasme, les personnes comme Jazarin ont un exemple qu’ils usent à profusion, c’est celui de la goutte d’eau et de l’océan. Quand celle-ci rejoint l’océan elle se confond avec lui. La goutte d’eau devient indistincte, elle disparaît et se mélange à l’océan. Mais de là à déclarer qu’elle est devenue l’océan, c’est gros. Même un enfant peut comprendre qu’une goutte d’eau ne peut jamais devenir l’océan, qu’au lieu de cela, elle s’y perd. Comment l’être humain, si ténu et si misérable en ce monde, peut-il croire qu’il va devenir Dieu un jour si ce n’est parce qu’il a complètement perdu ses esprits ?

 

Le sommeil éternel
De plus, J. L. Jazarin ne nous a pas expliqué comment il a réalisé que l’univers a une âme!? Je doute fort qu’il croit aux dieux. On peut facilement croire en Dieu -en un Dieu- mais plus difficilement aux dieux. Car un Dieu, selon la conception générale que se font les religions et les spiritualistes, peut être tout et n’importe quoi puisque dans leur croyance il est indéfini, abstrait et impersonnel. Les dieux, par contre, sont plus concrets, ils ont une forme, des activités et des sentiments. Quoique j’ai entendu le fameux spécialiste français des anciennes civilisations, feu G. Dumézil, déclarer qu’il préférait croire aux dieux, plutôt qu’à un Dieu… Il ne faut pas se leurrer quand il dit cela, il ne parle pas des dieux hindous mais des grecs ou autres divinités européennes. En fait, ce n’est que du snobisme, car il ne croit en rien du tout. Si, il croit, aime et désire plus que tout ce qu’il appelle « le sommeil éternel. »

 

Je suis brahman: aham brahmasmi
Ce qui étonne c’est que la plupart des Indiens qui veulent paraître éduquer, se targuent de croire au Brahman, qu’un jour ils vont s’unir à lui et qu’ils pourront dire définitivement au revoir au monde du samsara. Ils s’exclament alors « fort justement » d’ailleurs : aham brahmasmi! Je suis brahman. Si on accepte que l’on est une âme, cela signifie par conséquent que l’on comprend que la nature de l’âme est de la même qualité que le brahmajyoti, tout comme la nature de la goutte d’eau et de la même constitution que l’océan. Il est juste alors de dire : je suis brahman. L’âme individuelle est infinitésimale, l’Âme suprême est sans limite. L’Atman peut désigner l’âme individuelle et l’âme suprême, mais lorsque que l’on veut être précis, on distingue la qualité de l’Âme suprême de l’âme ordinaire en ajoutant param à brahman, param brahman, param signifiant supérieur; ou en différenciant les deux sortes d’âmes par paramatma et atma. Comme on dit par ailleurs maharaja lorsqu’on parle d’un grand roi et raja lorsqu’on parle d'un roi de moindre envergure.

 

L’origine du nihilisme
Rechercher le « sommeil éternel » après la mort cela signifie que l’on abdique notre indépendance et notre personnalité, que nous ne voulons plus compter pour un être unique, que nous en avons assez d’être original, que nous ne désirons plus agir, être responsable, avoir le choix et que nous cessons de faire la distinction entre nous et les autres, que nous rayons Dieu de la carte de notre mental, que nous revendiquons ces attitudes au mépris de l’enseignement de la Gita, qui préconise la réalité contraire. Et c’est bien cet avertissement de Krishna que l’auteure de la Bhagavad-gita en question, Kamensky, a parfaitement traduit dans les deux versets suivants : « Ceux qui suivent constamment mon enseignement, pleins de foi et sans malice, ceux-là aussi sont affranchis des actes. Mais ceux qui narguent mon enseignement et ne le suivent pas, sache que ceux-là, dénués de raison et de connaissance, sont voués à la destruction. » On comprend alors que les rebelles aient le goût prononcé pour « le sommeil éternel », comparable à la destruction de l’âme. Ce sont des nihilistes. Ils ont l’audace de prétendre connaître la Bhagavad-gita et de l’interpréter pour le bien de l’humanité tout en allant contre les enseignements de Krishna. Celui-ci explique clairement à Arjuna que les âmes sont immortelles, qu’il n’y a pas de sommeil éternel pour qui vient à lui : « et jamais nous ne cesseront d’être. »

 

 

La première partie de ce texte, en suivant le lien ci-dessous

La bhagavad-gita: traducteurs et détracteurs

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