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Le blog de Maroudiji

Les grands enjeux de société et les idées qui en font la trame, avec humour, passion et gravité.

La pacification,* jusqu'au jour où l'on frappa le mur

Malgré la querelle des anciens et des modernes qui n'en finit pas d’agoniser, nous continuons à penser sur le modèle des temps jadis, formatés au moule judéo-grec. Christ et Mohamed ont donné le la et leurs partisans adopté leurs idées, corps et âme. Au cours des siècles nous avons renouvelé le contenu de ces macérations mais gardé par exprès le contenant intact; les idées sont tout bonnement recyclées. D'où les fameuses ruminations de Nietzsche.** Son souhait était de voir émerger l'Homme nouveau de sa nature biologique et de dire adieu aux instincts animaux; car, selon lui, ils lui collent à la peau (ce qui est faux, entre parenthèses). Or il ne fait que reprendre à son tour les préjugés concernant l'Éternel recommencement, sans manifester le moindre iota d'intérêt pour l'exploration d'un paradigme étranger, tant la grécité le hante. Mais l'un ne va pas sans l'autre, le moule étant judéo-grec. Des Lumières à la démocratie nous affinons à l'envi ces récurrentes rhétoriques pour leur application pacificatrice; le monde entier est à conquérir. L'homme Nietzschéen en gestation se déchaîne. Il se sent passionnément supérieur et veut faire savoir avec pertes et fracas que sa domination est "instinctive", quelque chose à voir avec la race, le sang. De nos jours, en 2020, les nouvelles générations s'efforcent de revisiter cette arrogante posture en déboullonant les héros des horreurs perpétrées au nom de la civilisation.

* Ce mot signifie, dans le vocabulaire colonialiste, mettre au pas pour mieux civiliser les nations indigènes récalcitrantes. Exemple de son utilisation à une époque plus clémente par le général De Gaule: "Grâce au progrès de la pacification, au progrès démocratique, au progrès social, on peut maintenant envisager le jour où les hommes et les femmes qui habitent l'Algérie seront en mesure de décider de leur destin, une fois pour toutes, librement, en connaissance de cause."

** Ruminations nietzschéennes

  "Pour le plus petit comme pour le plus grand bonheur, il y a toujours une chose qui le crée : le pouvoir d'oublier, ou, pour m'exprimer en savant, la faculté de sentir, pendant que dure le bonheur, d'une façon non-historique. Celui qui ne sait pas se reposer sur le seuil du moment pour oublier tout le passé, celui qui ne se dresse point, comme un génie de victoire, sans vertige et sans crainte, ne saura jamais ce que c'est que le bonheur, et, ce qui est pire encore, il ne fera jamais rien qui puisse rendre heureux les autres. Imaginez l'exemple extrême : un homme qui ne posséderait pas du tout la faculté d'oublier, qui serait condamné à voir en toutes choses le devenir. Un tel homme ne croirait plus à sa propre essence, ne croirait plus en lui-même; tout s'écoulerait pour lui en points mouvants pour se perdre dans cette mer du devenir; en véritable élève d'Héraclite il finirait par ne plus oser lever un doigt. Toute action exige l'oubli, comme tout organisme a besoin, non seulement de lumière, mais encore d'obscurité. Un homme qui voudrait sentir d'une façon tout à fait historique ressemblerait à celui qui serait forcé de se priver de sommeil, ou bien à l'animal qui devrait continuer à vivre en ne faisant que ruminer, et ruminer toujours à nouveau. Donc il est impossible de vivre sans se souvenir, de vivre même heureux, à l'exemple de la bête, mais il est absolument impossible de vivre sans oublier. Ou bien, pour m'expliquer sur ce sujet d'une façon plus simple encore, il y a un degré d'insomnie, de rumination, de sens historique qui nuit à l'être vivant et finit par l'anéantir, qu'il s'agisse d'un homme, d'un peuple ou d'une civilisation."

Considérations inactuelles, II (1874), § 1.

Ou encore, théâtral et moqueur, lorsqu'il caricature un sage que Zarathustra  rencontre, en train de parler avec les vaches : "Si nous ne retournons en arrière et ne devenons comme les vaches, nous ne pouvons pas entrer dans le royaume des cieux. Car il y a une chose que nous devrions apprendre d’elles : c’est de ruminer. Et, en vérité, que servirait-il que l’homme gagnât le monde tout entier, s’il n’apprenait pas une chose, s’il n’apprenait pas à ruminer !" Nietzsche, un athée pure et dure qui haïssait les brahmanas. Lire la suite.

Nietzsche, Krishna, Shiva et un faune

 

Publié par Laziz

« Dieu est mort. » Car avant, disait Nietzsche, avant Platon, les Grecs avaient su intégrer Dieu à la vie elle-même ; tout était Dieu. Le soleil était Dieu, l’eau était Dieu, l’espace, le vide, l’énergie, la force, l’esprit, l’amour, l’illusion, tout l’était. Mais Platon a signé l’arrêt de mort du Démiurge et de ses associés pour ne garder qu’un Idéal fantasmé, impersonnel et effectif. Depuis, le philosophe revêt un habit particulier, celui du bourreau qui assassine les dieux. Il est devenu un tueur professionnel accrédité par ses pairs qui n’en peuvent plus de se faire rouler dans la farine par les religieux intolérants et avides de pouvoir. La preuve ? Depuis Platon il n’y en a plus de nouveau, les dieux se sont fait discrets, jusqu’à l’imperceptibilité totale ; jusqu’à l’absence de naissance et de manifestation divine et personnelle. Le vent ayant tourné en leur faveur, les fossoyeurs s’enhardissent ; ils prennent l’esprit en otage et établissent la rationalité comme critère de la raison. La science prendra alors son envol. Marchant sur les traces de la philosophie, elle dépassera ses prétentions à trouver par elle-même les clés qui ouvrent les portes à la compréhension de la vie et de l’univers. Depuis, Dieu ne gouverne plus à travers les hommes qui s’imaginent avoir pris leur destin en main. Ils n’ont plus besoin de lui, ayant transcendé la nécessité divine.

Note en marge : Le problème épistémologique de Nietzsche, c’est qu’il associe Dieu à la déité des juifs. Il n’en existe pas d’autre, aussi déterminant, dans son mental épris de spéculations métaphysiques à la suite de Schopenhauer, même s’il joue passionnément des variations intellectuelles sur ce thème : son Dionysos se nichant dans le cœur de l’homme ou le Dieu de Zarathoustra par exemple qui, depuis belle lurette déjà, est un archaïsme mythologique plagié, procédé typique des cultures qu’il étudie, tels les hébreux, les Perses ou les Grecs ; sans parler de son goût artistique et auto-saboteur pour un dieu qui danse. Voire Shiva, Krishna ou quelque Apollon au son d'une lyre.

* Ils n’en savent rien, mais ce credo populaire a le vent dans les voiles.

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