Rédigé par Akhilesvara dasa et publié depuis
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Ces politiciens sans âme semblent considérer que la diplomatie relève avant tout de la ruse et du mensonge. Et ce qui interroge, c’est le choix de Donald Trump d’avoir envoyé deux représentants idéologiquement marqués — tout juste revenus de rencontres avec les dirigeants israéliens que l’on connaît — pour négocier avec l’Iran. Convaincu de pouvoir imposer sa volonté par la force et l’intimidation, il ne cherche guère à construire un compromis équilibré, fondement pourtant essentiel de toute diplomatie entre nations responsables.
Cette séquence historique évoque pour moi un passage du Mahabharata, que j’aimerais mettre en parallèle.
Alors qu’ils se préparent à la guerre de Kurukshetra, Duryodhana tente une dernière fois de convaincre ses opposants, les Pandavas, de renoncer au combat et de retourner dans la forêt.
« Ô roi Yudhishthira, je suis Uluka, fils de Shakuni. Mon devoir est de transmettre les paroles du roi Duryodhana telles qu’elles m’ont été confiées. Je n’y ajoute rien de moi-même, ni de qui que ce soit d’autre.
— Parle donc comme il se doit, nous t’écoutons.
— Ô roi Yudhishthira, vous et vos frères avez prêté des serments solennels que vous aurez bien du mal à tenir. Pendant toutes ces années, vous vous êtes présenté comme un homme voué au Dharma. Mais aujourd’hui, comment comptez-vous renoncer à cette identité prestigieuse pour engager une guerre injuste ?
N’avez-vous pas tout perdu de votre propre main lors du jeu de dés ? N’avez-vous pas reconnu et accepté cette défaite ? N’en avez-vous pas assumé les conséquences selon les règles de la classe guerrière ? Ne soyez pas mauvais perdant. Pourquoi vous obstiner maintenant à reprendre ces biens par la force, vous qui vous réclamez du Dharma ?
Cette guerre ne sera pas un jeu d’enfant ; elle coûtera la vie à des millions d’êtres humains. Il ne faut pas s’y tromper : ce conflit, je ne l’ai pas provoqué ; ce n’est pas mon choix. Vous l’avez imposé à un peuple qui aspire à la paix.
Aujourd’hui, vous réclamez la guerre. Pourtant, il y a encore quelques jours, vous affirmiez que cinq villages vous suffiraient plutôt que de verser le sang. Avant cela, vous ne vouliez rien du tout. Vous avez tout perdu au jeu — votre royaume, votre dignité, votre épouse Draupadi, jusqu’à votre propre vie. Vous et vos frères vous êtes ensuite retirés dans la forêt comme des ermites.
Dites-moi donc, afin que les choses soient claires : que voulez-vous réellement ? Êtes-vous certain que, même si vous remportez cette guerre, vous ne jouerez pas une fois encore votre empire pour le reperdre ? Croyez-vous vraiment que le peuple aspire à un tel roi ?
Si la justice était véritablement de votre côté, auriez-vous demandé, par l’entremise de ce rusé Krishna, à obtenir cinq villages lors de cet épisode diplomatique honteux ? Le problème est que vous avez placé votre confiance en lui… en vain, hélas.
Même maintenant, je suis prêt à la paix — à une seule condition : que vous acceptiez de vous retirer dans la forêt. »
Uluka se tourne alors vers Krishna, qui l’écoutait avec les autres, un sourire en coin aux lèvres.
« Et toi, Krishna, subtil enchanteur que tu es ! Tu nous as tous ensorcelés en détournant nos esprits vers ce que tu appelles ta “forme universelle”, simple hallucination. Voyons maintenant si tu peux reproduire ce même tour de magie sur le champ de bataille…
Face à mon armée aguerrie, tu peux agiter ta baguette magique autant que tu le voudras. Moi aussi, je suis capable de créer des illusions — et bien plus durables que les tiennes. Ton véritable talent consiste à répandre des récits gonflés d’héroïsme dans l’esprit de foules naïves et crédules, et non auprès d’hommes rationnels comme moi. Tu vis de gloire factice et d’admiration aveugle.
Ces cinq compagnons qui tu protèges ne sont que des eunuques, de pauvres hères qui finiront bientôt démoralisés.
Va dire à ce glouton de Bhima, ce colosse surdimensionné à peine pourvu d’une moustache, qu’il est libre de défier Duryodhana en combat singulier, le jour qu’il voudra. Demande-lui qui l’a contraint à devenir cuisinier à Virata, sinon Duryodhana lui-même. Qu’est-il advenu de son serment : il devait briser les cuisses de l’homme qui avait offensé son épouse, Draupadi ?
(Uluka fixe alors Bhima sans ciller.)
Qu’il ose seulement m’approcher ! Et qu’il abatte maintenant tous mes frères, comme il a juré de le faire, s’il en a réellement le courage. Sa prétendue compétence se limite à cuisiner, à manger et à se livrer à des tâches serviles. Tout le monde le sait désormais ; le secret est éventé.
Que les jumeaux, et cet eunuque qui a passé une année à danser dans le harem de Virata, se souviennent de la façon dont nous avons osé humilier leur épouse sous leurs propres yeux.
Ô roi Yudhishthira, comment cette guerre pourrait-elle tourner en votre faveur, si vous ne parvenez pas à vaincre les héros de notre camp ? Ce sont vos maîtres, vous ne pouvez pas l’ignorer. Allez-vous les combattre à mort, vous qui prétendez être des hommes aux exigences supérieures ? Que peut espérer Arjuna, armé de Gandiva, face à Karna ? Et comment tiendrait-il devant Bhishma, l’immortel, dont la puissance est telle que même les dieux reculent devant lui ?
Lorsque Bhishma se leva pour frapper l’envoyé de Duryodhana, car il perdait son sang-froid, Krishna l’arrêta et le força à rester calme. Il déclara devant toute l’assemblée que cet envoyé, Uluka, était un faux diplomate : il ne cherchait aucun compromis, mais essayait de nous faire perdre notre maîtrise de nous-mêmes et de nous diviser.
Eh bien, avant de continuer, revenons à notre époque, ici et maintenant, le 19/02/2026…
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« Si l’accord que nous concluons n’est pas très équitable et très bon, alors ce sera une période très difficile pour l’Iran. »— Donald Trump
Ces politiciens semblent, curieusement, considérer la diplomatie comme une affaire de mensonge et de gaslighting tous azimuts. Pourtant, ce qui est le plus troublant, c’est la décision de Trump d’envoyer deux représentants guidés par l’idéologie que l’on sait (ils revenaient tout juste de réunions avec des dirigeants israéliens bien connus comme étant des sionistes révisionnistes) pour négocier avec l’Iran. Convaincu qu’il peut imposer sa volonté par la force et l’intimidation, Trump montre peu d’intérêt à construire un compromis équilibré, qui est pourtant le fondement même de la diplomatie entre nations responsables, notamment avec Israël.
(Pourtant, même dans le monde des affaires, où les intérêts économiques sont en jeu, on fait souvent preuve de plus de souplesse lorsque les négociations deviennent difficiles. Encore faut-il vouloir négocier !)
Le journaliste Rick Sanchez a interviewé le président iranien Masoud Pezeshkianet lui a posé la question suivante :
« Quelle serait votre stratégie de représailles si les États-Unis attaquaient votre pays ?
— Nous nous défendrions.
— Comment ?
— Vous savez comment, dit-il, un brin hésitant.
— Vous attaqueriez les bases américaines dans les pays du Golfe ?
— Nous attaquerions les États-Unis, leurs intérêts et leurs installations, tout ce qu’ils possèdent dans notre voisinage.
— Vous semblez presque mal à l’aise à l’idée de dire cela. Est-ce le cas ?
— Mal à l’aise ? Non, je ne suis pas mal à l’aise. Le seul point, c’est que je ne veux pas exprimer quelque chose que je ne souhaite pas voir se produire. Bien sûr, je suis un homme de diplomatie et de dialogue. Je suis un homme de négociation, et tout le monde me connaît. Je l’ai fait par le passé et je peux le refaire. Je ne suis pas un homme de guerre, même si je suis moi-même un vétéran. Mon pays et nos forces armées sont pleinement préparés à toute éventualité, mais ma préférence va à la diplomatie. »
Inspiré du livre du Dr. Narayanacharya
À peine Uluka avait-il fini de parler que les Pandava, les joues en feu, se levèrent d’un bond, prêts à faire taire l’insolent pour de bon. Mais Krishna s’interposa d’un geste ferme : on ne porte pas la main sur un messager, même le plus arrogant, quoiqu’en l’occurrence l’insulte soit manifeste. Avec son calme habituel, il leur dit simplement :
« Cette colère est inutile. Il n’y a pas de message ici, pas de proposition, rien de sérieux. Ce ne sont que des mots vides, une provocation grossière où l’on sent le plaisir bas de celui qui les a dictés – le reflet exact de sa bassesse. Il ne cherche qu’à nous diviser et à nous affaiblir. Il ne faut pas tomber dans ce piège. Ce n’est ni le lieu ni le moment de se fâcher contre un simple émissaire. Ils n’attendent que cela dans l’autre camp. Gardez votre force pour l’heure qui viendra, une heure digne de vous, de votre lignée et de votre honneur. »
Cela ne suffit pas à apaiser Bhima. Se tournant vers le messager d’Hastinapura, il tonna, la fureur contenue mais implacable :
« Hibou de malheur, oiseau de sinistre augure ! Ton nom et tes actes ne font qu’un, et ceux de ton père aussi. Va, porte ces paroles à ton maître, ce parasite insatiable dont toi et ton père, Shakuni, vivez aux crochets depuis toujours ! Nous avons supporté en silence toutes vos humiliations, tous les supplices et outrages que vous nous avez infligés – les complots, les tentatives d’assassinat, l’exil forcé, le déshonneur infligé à Draupadi – uniquement par respect pour Yudhisthira, notre aîné, et grâce à sa sagesse infinie qui a retenu nos bras justiciers. Sans lui, nous vous aurions tous anéantis d’un seul coup. Et non par manque de courage ou par lâcheté, comme tu aimes te le faire croire pour flatter tes désirs démoniaques et tes illusions de supériorité. Bientôt tu auras la preuve éclatante que nos menaces ne sont pas des paroles en l’air. »
À ce moment-là, Krishna posa sa main sur son bras pour le calmer, mais il poursuivit :
« Nous avons envoyé Krishna en ambassade par pure compassion, pour éviter cette guerre qui sera un cataclysme pour le monde entier : des générations entières porteront les stigmates de ce carnage fratricide. Nous avons même consenti à des compromis extrêmes, ne réclamant plus que cinq misérables villages – un geste d’ultime clémence pour préserver la paix. Mais vos refus arrogants ont scellé votre destin. Maintenant, nos serments n’attendent plus que leur accomplissement inexorable. Sache-le bien : ni Yama, dieu de la mort, ni Kubera, maître des richesses, ni Rudra lui-même ne pourront vous sauver de notre colère déchaînée. Vous y passerez tous : Bhishma d’abord, votre principal rempart, ce pilier que vous croyez invincible ; puis Drona, et les autres un par un, jusqu’au dernier de vos alliés. Préparez-vous à voir vos illusions s’effondrer dans le sang. »
À son tour, Arjuna, incapable de se contenir plus longtemps, bondit sur ses pieds et s’écria, d’une voix vibrante de fureur contenue :
« Imbécile ! Comment oses-tu nous apporter ce message infâme, toi qui n’as jamais foulé un vrai champ de bataille ? La guerre n’est ni un lit conjugal ni le doux confort d’une épouse choyée ! Je ne répondrai qu’avec mon arc Gandiva et mes flèches implacables, au moment voulu – et ce moment approche à grands pas. Dis à ton maître que, d’une manière ou d’une autre, je tuerai Bhishma et Drona s’ils osent se dresser à tes côtés sur le terrain. Hélas pour eux ! Ils périront à cause de tes actes ignobles et de l’aveuglement de ton maître. Tu t’imagines que je renoncerai au combat parce que tu te sers d’eux comme bouclier humain ? Pauvre idiot ! Tu te crois maître du monde parce que tu es né avec une cuillère d’or dans la bouche, que tu manipules les vassaux par tes intrigues sordides, tes mensonges et tes pots-de-vin, que tu achètes les hommes avec tes richesses et tes garanties de protection. Mais tu es déconnecté de la réalité : les astres ne te sont plus favorables ; le vent a tourné, le monde en a assez de tes embrouilles et de tes trahisons. Ta chute est non seulement prévisible, elle est inévitable. Bientôt, tu verras tes illusions se briser comme du verre sous le poids de la justice. »
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* En sanskrit, Uluka signifie « hibou ». Son père était Shakuni, l’oncle maternel de Duryodhana.