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Le blog de Maroudiji

Les grands enjeux de société et les idées qui en font la trame, avec humour, passion et gravité.

Du Mahabharata au Bhagavad-Purana

Le pouvoir sacré
Le roi Parikshit place un serpent mort autour d'un rishi en méditation. Il sera condamné à mourir de la morsure d'un serpent.

Le roi Parikshit a été une fois encore sérieusement mis en péril par l'action verbale d'un jeune brahmana, un mantra investi d’une malédiction, parce qu’il avait offensé son père.* Alors que le sage était en profonde méditation et inconscient de son environnement, Parikshit avait, emporté par la colère, placé autour de son cou un serpent mort. Durant la pratique de son sport favori, la chasse, le roi, ayant aperçu un ermitage, s’y rendit pour demander de l'eau à boire. Impatient face au mutisme du sage, il commit l'irréparable offense. Quand le jeune fils découvrit que le roi en était l'auteur, il le maudit de mourir par la morsure d'un serpent dans les sept jours qui suivront !

Cette histoire marque la fin du Mahabharata et le début du Bhagavad-Purana, le plus grand d'entre les Purana.

*La première fois ce fut lorsque le brahmana Ashvattama, à la fin de la bataille de Kurukshetra, décida d'utiliser de manière irresponsable un mantra létal pour atteindre le fœtus d'Uttara, la belle-fille d'Arjuna et la femme du grand héros, Abhimanyu, mort à la guerre. Ce faisant, Ashvattama comptait éradiquer la lignée des Pandava. Grâce à l'intervention de Krishna, le fœtus put être sauvé in extremis. Il pénétra le ventre d’Uttara et protégea le futur Parikshit des radiations.

Arjuna et sa femme, Subhadra, la soeur de Krishna
Le sage Shuka enseigne le Bhagavad-Purana au roi Parikshit

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Les formules religieuses des brahmanas védiques étaient considérées et utilisées comme une arme secrète des plus précieuses -comparable à celle des tribus d’Israël quand elles entrèrent à Canaan sous le commandement de Josué et qu'elles détruisirent les murailles de Jéricho en soufflant magiquement dans leurs cornes de bélier. »

Zimmer compare souvent le savoir et la culture des Hindous avec celles des Grecs et des Juifs envers lesquels il est naturellement plus proche. Sur ce point il est en phase avec le « géant » qu'était Hegel. Ce qui frappe cependant entre ces deux peuples antiques concernant leur maîtrise des effets magiques, et bouleversants pour le moins, c'est que lorsqu’il s’agit de l'Inde, on trouve à profusion dans les écrits de ces périodes lointaines des explications à teneur scientifique. Par exemple l’articulation précise de la vibration sonore par les brahmanas et les kshatriyas correspondait à un véritable savoir, répertorié, incontournable pour les rituels, puissant et dangereux, qui n’admettait aucune faille et sur laquelle leur civilisation se fondait et existait. (Notez l’utilisation de l’imparfait.)

Les trompettes de Jéricho

Mais concernant les trompettes de Jéricho, puisque le cas nous est présenté, sauf la foi, il n'y a rien qui soit offert à notre entendement autre qu'un prodige de l'ordre du miracle gratuit, telles que les religions en sont friandes.

« Josué avait donné cet ordre au peuple :
"Vous ne crierez point,
vous ne ferez point entendre votre voix,
et il ne sortira pas une parole de votre bouche,
jusqu’au jour où je vous dirai : Criez !
Alors vous pousserez des cris." »

(Josué 6-10)

Pourtant, on nous a enseigné avec une ferveur de bigot, et la tendance se perpétue, malgré le progrès des connaissances et l'ouverture obligée des esprits face à l'information, que les anciens hindous ont plagié ces mythes aux autres civilisations. Ce faisant, au nom de cette bigoterie, indianistes & consorts divulguent des mensonges, minimisant ainsi la portée des connaissances védiques et de leur intégrité liée au sol et à ses composants : rivières, plantes, montagnes, forêts et dieux.

« Néanmoins, écrira H. Zimmer, l'opinion commune des érudits place la bataille épique décrite dans le Mahabharata aux premières années de la conquête aryenne de l'Inde, env. 1100 av. J.-C. »

Mais on sait aujourd'hui que tout cela est faux,
que les Aryens envahisseurs n'ont jamais existé.

« À cette époque aussi, écrira Jean-François Revel, on voit se constituer la notion de race, et l'antisémitisme se transporter sur le terrain racial et politique. Alors surgit l'une des plus énormes et des plus durables mystifications scientifiques de tous les temps : le mythe aryen. À la suite, notamment, de l'étude du sanscrit et de l'unité ainsi découverte des langues indo-européennes, plusieurs générations de savants fabriquent de toutes pièces les "Aryens", race asiatique, vaguement indo-persane, fondement de la supériorité, paraît-il, des Germains. L'Europe s'invente des ancêtres, auxquels elle oppose une autre fantaisie pseudo-scientifique, les races "sémitiques" sans support anthropologique sérieux, ce qui permettra à Maurras de parler de "génie antisémitique de l'Occident". »

Les idées de notre temps (Juin 1968)

Citation de Revel sur les Aryens, pour le Mahabharata

En outre, cela ne correspond en rien à ce que les écritures védiques donnent comme indications. Bien avant le Mahabharata, il y a eu le Ramayana. Puisque le récit est beaucoup plus ancien que l'époque à laquelle la guerre du Mahabharata s'est déroulée, le Ramayana ne mentionne pas le Mahabharata, alors que le Mahabharata, lui, cite naturellement différents incidents du Ramayana. Malgré toutes ces indications, de nombreux experts préfèrent penser le contraire, et conforter leurs spéculations.

Le problème de la datation concernant l'ère védique et la composition des Véda résident dans l'incapacité à entrevoir l'histoire au-delà de nos préjugés. L'un d’eux par exemple, ancré dans le darwinisme, veut que les premiers hommes apparurent en Afrique.

Et le deuxième, que les Aryens décrits dans la littérature hindoue viendraient de l'extérieur de l'Inde, des invasions guerrières qui se seraient produites autour de 1500 av. J.-C. (Encore aujourd’hui les intellectuels, historiens compris, reprennent ses fake news sans réfléchir sérieusement sur leurs tenants et aboutissants.)

Fake news : quand les aryens envahissaient l'Inde

Le troisième, enfin, considère que les Védas ne sont pas un pur produit hindou mais proviennent de l'extérieur, qu’ils ont été importés par les barbares. Cette fausse croyance permet tout de même à Zimmer d'écrire confusément mais raisonnablement : « C'est là l'exemple d'un arthashastra (document) magique issu d'un âge de guerres intestines aussi terrible qu'il y en eut jamais dans l'histoire indienne ; disons même, dans l'histoire du monde. » C'est moi qui souligne, pour marquer l'indifférence culturelle qui frappe l'humanité quant à cette guerre.* Et il continue ainsi : « C'est l'âge qui s'est achevé par le meurtre général, l'extermination réciproque de toute la chevalerie indienne, mettant un terme à la royauté féodale aryenne d'ancien style. Le vaste bain de sang dépeint dans le Mahabharata a marqué à la fois l'apogée et la fin de l'âge féodal des Aryens védiques. »

L'image publiée plus haut, la scène de la Bhagavad-gita reproduisant Krishna et Arjuna soufflant dans leur conque avant la bataille, marque indirectement la conclusion de l'ère védique, comme la fin des sciences et de la formidable mémoire nécessaire à l'utilisation efficace de ces sciences, notamment dans la pratique des sacrifices menés par les brahmanas et les combats entre guerriers, les kshatriyas. À partir de là, il n'y a plus de doute que l'âge de kali est bien engagé. Les rituels sacrificiels finiront par devenir tranquillement pas vite une farce et les guerres des barbaries qui ne feront plus de distinctions entre soldats, vieillards, femmes ou enfants. Voire les atrocités sans nom commises par l'empereur Ashok, qui se convertira après cela, par remords, au bouddhisme, ou sur cette même image, l'exemple des juifs aux portes de Jéricho :

« S’étant emparés de la ville, ils livrèrent à l’anathème
tout ce qui s'y trouvait, hommes et femmes,
enfants et vieillards, même les bœufs, les brebis et les ânes,
par le tranchant de l’épée. »
(Josué 6-21)

Et Zimmer de continuer à spéculer ainsi : « C'est grâce à leur sagesse supérieure que les envahisseurs aryens de l'Inde furent en mesure de défaire les populations préaryennes aborigènes, de se maintenir dans le pays et en fin de compte d'étendre leur domination sur tout le pays. Les races conquises furent alors rangées dans une quatrième caste, la classe non-aryenne des sudras... »

L'éditeur rajoute cette note de bas de page : « Zimmer s'est efforcé de montrer que ces systèmes hétérodoxes représentent la pensée des peuples non-aryens de l'Inde, qui avaient été vaincus et méprisés par les brahmanas, mais néanmoins pouvaient se flatter d'avoir en propre des traditions extrêmement subtiles. »

La Bible toujours, pour en finir avec cette représentation picturale : « Quand ils sonneront de la corne retentissante, et que vous entendrez le son de la trompette, tout le peuple poussera une grande clameur, et le mur de la ville s’écroulera ; alors le peuple montera, chacun devant soi. »

Et le paralllèle avec la Bhagavad-gita : « A cet instant, Bhisma, le grand et vaillant aïeul de la dynastie des Kurus, père des combattants, souffle très fort dans sa conque, qui résonne comme le rugissement d'un lion, réjouissant le cœur de Duryodhana. »

Qui était le roi Parikshit
Aller en Inde et découvrir l'histoire de cette civilisation

Aller en Inde comme beaucoup le font pour découvrir ce pays à travers l’histoire de ses origines, c’est comme une seconde naissance. Pour ne pas avorter la mémoire du voyage, il faut rechercher et retrouver ce qui a fait vivre l’Inde tout ce temps, ce qui lui a permis d’être le seul pays au monde à continuer de cultiver ses traditions millénaires malgré ce que l’on a fait subir à ce peuple qui adore toujours plus ou moins les mêmes Dieux depuis le début du monde.

Sur cette peinture, le petit fils d’Arjuna, Parikshit, après avoir été ressuscité dans le ventre de sa mère, Uttara, grâce à Krishna,

Sur cette peinture, le petit fils d’Arjuna, Parikshit, après avoir été ressuscité dans le ventre de sa mère, Uttara, grâce à Krishna, alors que le fœtus avait été mortellement endommagé par l’arme fatale provoquée par le mantra d’un brahmana.

Celui-ci, du nom d’Ashvattama*, était devenu indigne de sa classe de par ses maudites actions durant la guerre fratricide du Mahabharata. Cette dernière, je précise au passage, correspond au début de l’Âge de Kali, un âge très difficile, surtout lorsqu’on est inconscient de sa réalité, lorsqu’on ne sait pas d’où on vient et où on va.

Une fois au monde, l’enfant sera nommé Parikshit, ce qui signifie : l’examinateur. Car lorsque, dans le ventre, il a été ramené à la vie, le bébé a pu observer cette jolie forme de Vishnou qui le fascinait. Dès lors, durant toute son existence il cultivera comme un trésor ce souvenir intriguant. N’est-ce pas beau ? Cette histoire est racontée dans le Mahabharata et dans le Bhagavad-Purana.

* Le fils de Drona, l’acarya, l’instructeur d’armes des Pandava et des Kuru. Drona fut le commandant en chef de l’armée des Kuru après la chute de Bhisma.

La dynastie des Yadu

Surashena était le père de Kunti et de Vasudev.
Kunti devint la mère d’Arjuna et Vasudeve le père de Krishna.

Vasudéve avait deux femmes : Dévaki et Rohini.
De Dévaki naquit Krishna et de Rohini Baladev et Subhadra.

Donc Krishna et Subhadra sont cousins avec Arjuna.

Du mariage de Subhadra et d’Arjuna naîtra Abhimanyu.
Celui-ci mariera Uttara et ils mettront au monde Parikshit.

Généalogie de Parikshit: Baladev, Subhadra et Jagannath dans le temple de la ville  de Puri.
En arrière plan, le temple de Puri où résident ces déités.

 

C’est devant le fils de Parikshit, Janamajeya,
futur empereur,
que, pour la première fois,
le Mahabharata fut récité
en public.

 

Janamajeya commandita avec résolution un grand sacrifice dans l’intention de décimer l’espèce des serpents : l’un d'eux n’avait-il pas mordu son père, Parikshit ? Aidé des brahmanas et de leur pouvoir, notamment l’usage des mantras, il planifia d’attirer irrésistiblement tous les serpents existants pour qu’ils finissent rôtis dans le feu. Surtout le puissant Takshaka, qui l'a mordu.

Mais il y avait des voix, et non des moindres, pour s’élever contre ce massacre total. Elles étaient conscientes que cette manière abusive de régler le conflit mènerait à de fâcheuses conséquences dans le futur. Car les serpents, un jour ou l’autre, se repeupleront et vengeront à leur tour leurs ancêtres. Ainsi tourne inflexiblement la roue du karma.

Malgré la promesse d’Indra à Takshaka qu’aucun danger ne pouvait l’atteindre, le serpent sentait une force qui l’arrachait à son protecteur et qui l’aspirait vers le feu sacrificiel. Constatant l’impuissance d’Indra, Brihaspati, son guru, se dépêcha sur les lieux et informa Janamajeya que sa tentative de brûler le serpent était futile car il avait bu le nectar des dieux et qu’il était, par conséquent, immortel. Le roi se fourvoyait en procédant ainsi, lui expliqua-t-il, il ne pouvait pas, afin de satisfaire ses désirs personnels, s’ingérer dans le karma des entités vivantes ; chaque être vivant est assujetti à ses propres activités passées et jouit de ce droit sans interférence de la part des humains. La moralité de ces derniers n’a pas valeur universelle. Il n’en fallait pas plus pour convaincre le roi qui fit immédiatement interrompre le sacrifice. Car Brihaspati ne faisait que confirmer ce qu’un brahmana perspicace lui avait déjà révélé, l’échec à terme du sacrifice.

« Mais pourquoi les serpents sont-ils au centre
de ce moment de l’histoire humaine ? »

Selon ces deux textes, le Mahabharata et le Bhagavad-Purana, le monde commence avec l’intégration de deux espèces ennemies consanguines, les oiseaux et les serpents. Néanmoins, de la gent ailée, si l’on écarte Garuda,* cette littérature ne se répand pas en explications comme c’est le cas pour les serpents, qui ont une influence considérable sur la marche du monde, étrangement.

* Garuda avait un frère ainé, nous dit le Mahabharata, qui deviendra Aruna, le conducteur de char de la déité du soleil, Surya. Le Ramayana mentionne plusieurs oiseaux célèbres dont un vieil aigle, Jatayu. Lorsque celui-ci tentera de venir en aide à Sita, il sera blessé à mort par l’asura Ravana.

à suivre..

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