Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le blog de Maroudiji

Les grands enjeux de société et les idées qui en font la trame, avec humour, passion et gravité.

Roberto Calasso et la période védique

« Nous autres Occidentaux ne sommes pas encore parvenus
au carrefour que les penseurs de l’Inde ont atteint

il y a quelque sept cents ans avant J.-C. »
Heinrich Zimmer

Roberto Calasso et la période védique

Quand Roberto Calasso écrit sur l’époque védique, il le fait avec la pratique analytique héritée de sa culture italienne et, plus large, européenne. Celle-ci consiste à voir le monde d’un point de vue darwinien, ce qu’il confirme et revendique. Dans son dernier livre sur le sujet du védisme, L’ardeur, il date un des plus anciens textes provenant du Véda -je cite : « à plus de trois mille ans dans l’Inde du Nord »… Franchement, on se demande comment un érudit de sa stature peut être moralement tenu par ce formalisme historique douteux au point de ne pas prendre en considération ce que les textes indiens eux-mêmes déclarent à propos de la date de leur origine, c’est-à-dire que le Véda remonte à la nuit des temps, au début de la création du monde (et non à 6000 ans, selon un résidu mnémonique dont le contenu a structuré le subconscient occidental,* si bien que même l'athée se sent chrétien). On se demande pourquoi Roberto Calasso passe au déluge en négligeant l’histoire des Hindous telle qu’eux la percevaient et la décrivaient par leurs propres explications scripturaires et sacrées, et non telles que les institutions académiques occidentales s’en persuadent ; on sait la réticence avérée qu’entretiennent depuis toujours ces académiciens à transcrire l’histoire véritable, et non idéologique ; idéologie égocentrique dont ils sont si friands, convaincus d’être les hommes les plus savants d’entre les humains, du passé et d’aujourd’hui.

Roberto Calasso, les académiciens et la période védique

* Je sais, la remarque paraît incongrue mais la notion d’histoire prend ses marques dans notre culture, en tout cas jusqu'à pas très longtemps encore. Le fait de commencer l’histoire universelle à partir de l’an zéro, correspondant à la naissance du Christ, selon le calendrier ecclésiastique grégorien, montre bien l’enlisement mental dans lequel notre conception de l’histoire est compromise. Par exemple, et pour ne citer que lui (car je donne d’autres cas sur ce blog), Jacques Attali, dans son livre Histoires du temps, (1982) fera plusieurs fois le tour du monde, allant du pays des Mayas jusqu'en Afrique, passant par l’Égypte, Sumer, la Grèce et la Chine, et parsèmera son ouvrage, sans fournir d’explications quant à l'inexistence du temps védique, de ces phrases que je couche en vrac : « Partout, selon les mythes et les langues… » ou « Aussi les toutes premières sociétés enserrent-elles le temps… » ou « La conception du temps dans les sociétés disparues est à peu près inconnue. (…) Aussi les rares indices utilisables sont-ils les mythes qui racontent le temps, et les langues qui le nomment », « Chaque peuple, avec la mémoire des grandes dates de son histoire… » ou « chaque société a son temps propre et son histoire ; chacune s’inscrit dans une théorie de l’Histoire et s’organise autour d’un sens du temps… » etc. ; ce faisant, il réussira le tour de force de garder l’Inde sous le boisseau. À vous d'en juger, c'est ainsi pendant 300 pages...

Citation de Jacques Attali, tirée de son livre Histoires du temps,

 

Le temps védique, qu'il fût concevable ou mythologique, existait pourtant :

 

Il s’agit d’admette qu’on ne sait pas quand on ne sait pas,
c’est une loi non-dite en science.

Étrangement, selon Roberto Calasso, le Satapatha Brahmana, issu du Véda, daterait, tout comme son auteur d’ailleurs, le grand sage Yajnavalkya, de 700 ans avant J.-C. À bien réfléchir, cela ne tient pas debout. Car d’après ce calcul cher aux indianistes, en l’intervalle de quelques siècles les Hindous auraient produit un corpus massif d’écrits de qualité exceptionnelle, tous plus importants les uns que les autres, et des milliers de personnages en sus seraient apparus avec eux, se chevauchant, pratiquement, ou de manière anachronique, la plupart imaginaires, prétendent-ils, bien que les textes, eux, ne mentionnent jamais de créations artistiques ou celles de personnalités fictives. Indianistes, sanskritistes et intellectuels partent du principe que ces histoires et ces enseignements sont le fruit de poètes à l’imagination fertile mais peu scrupuleux à transmettre la vérité, voire malhonnêtes, tout simplement. Ces experts se donnent par conséquent comme mission de rétablir les faits grâce à leur révisionnisme perspicace et aux sciences humaines. Qui peut alors s’y retrouver dans ce méli-mélo invraisemblable si les traductions et les interprétations sont d’autan plus biaisées et contradictoires ? Pour remédier à ce défi planétaire, Wikipédia a commencé à prendre en considération les effets de la mondialisation, intégrant l’idée que l’histoire ne peut plus être écrite uniquement par les Occidentaux et coulée dans le béton par les cols blancs et leurs correspondants hindous, comme ce fût pour ces derniers le cas jusqu’à présent. Nous devons reconnaître que la vérité historique, telle que présentée par les sages d’antan à travers leur immense littérature savante, mystérieuse et fantastique, pourtant si sérieuse, nous passe par-dessus la tête et qu’elle nécessite une approche beaucoup plus holistique et ouverte pour la pénétrer en toute bonne foi et intelligence. Un chercheur scientifique digne de ce nom se fera un devoir d’admette qu’il ne sait pas quand il ne sait pas.

Prajapati, le premier d'entre tous, à l'image de Brahma

__________________

Qui sont Prajapati et Yajnavalkya ?
Le livre de Roberto Calasso, Ka, décrivant la civilisation védique.

Ces deux principales entités ontologiques sont étudiées dans L'ardeur qui explore la métaphysique de la Brihad-Aranakya Upanishad, celle-ci étant la dernière partie du Satapatha Brahmana ; l’auteur tente de percer leur identité extraordinaire. Le livre décrit en même temps la création et le début du monde tels que les brahmanas védiques répertorièrent leurs réalisations ; elles incluent astres, humains, plantes et animaux. Roberto Calasso s'y prend avec un art littéraire consommé. Ce faisant, il continue dans la même veine un ouvrage publié deux décennies plus tôt, Ka, dans lequel il écrivait : « Qui (Ka) est le dieu auquel nous devons offrir le sacrifice ? » Il tentait déjà d’expliquer sur plusieurs pages la personnalité de Prajapati : « Il fut le premier être divin qui s'est fait tout seul. (...) Il fut le seul qui ne put jamais dire qu'il avait un parent -pas même une mère. » Prajapati est un personnage absolument complexe et insaisissable mais c'est le mérite de l'auteur que de tenter l'exercice. Malgré les critiques que l'on peut lui adresser, la prose est magnifique et apporte aux descriptions une ambiance palpable et édénique.

Manger de la vache, à ce qu'il paraît, c'est bon.
C'est Yajnavalkya, dans le Ka, qui a démontré « que les trois mille trois cent six dieux pourraient être ramenés à un seul mot : brahman. » Calasso écrivait : « Yajnavalkya était connu pour sa brusquerie et parce qu'il ignorait les paroles de circonstance. Ce qui pouvait sortir de sa bouche était imprévisible. Immense était son autorité naturelle. » Il est aussi, d'après les fervents défenseurs en Inde du droit de tuer la vache et de la manger (et ils sont très nombreux), celui qui réglementa sa fonction dans le sacrifice, soulignant de ce fait l'importance primordiale que la vache joue dans l'équilibre du monde, tout en ayant soi-disant avoué, qu'il aimait le goût et la tendresse de cette viande.

Personnellement, quand on en arrive-là, je rappelle simplement que Vishnou ou Krishna sont absolument végétariens, et que jamais leurs dévots ne tuent d'animaux durant les sacrifices pour les satisfaire ; jamais, au grand jamais, ils ne cuisinent de la viande, ni du poisson ou même des œufs pour les leur offrir. La viande et le sang sont des aliments du tamas, le guna de l'ignorance.

Dans la Brihad-Aranyaka Upanishad, Yajnavalkya aurait déclaré aimer manger de la vache.

Pour en lire plus sur le sujet en attendant la suite:

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article