Les grands enjeux de société et les idées qui en font la trame, avec humour, passion et gravité.
20 Janvier 2026
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Ce soir n’est pas un soir comme les autres. Vishvarupa passera ses dernières heures avec ses parents. Il couve ce projet depuis son plus jeune âge ; c’est une décision qui a mûri en lui au fil des ans jusqu'à devenir une idée fixe. Par ailleurs, ses parents se montrent particulièrement attentifs à son égard ces derniers temps : ils soupçonnent quelque chose.
Au fur et à mesure que les enfants ont grandi, les inquiétudes ont augmenté. Ce n’est pas le « petit » qui les tourmente — du moins pas encore, car il est trop insouciant et guilleret, voyant le monde comme un grand cirque. Non, vraiment, ils n’ont pas à se faire de bile de ce côté-là. C’est l’autre qu’ils auraient aimé marier au plus vite. Celui-ci n’a d’intérêt que pour le sacré. Plus il grandit, plus il devient taciturne et solitaire. À la maison, il reste des heures durant dans la chambre réservée à l’adoration des Divinités ; il n'a de pensées que pour les Shalagram sila. Jagannath Mishra lui a déjà fait plusieurs propositions — des jeunes filles remarquables par leur beauté, leur chasteté et leur intelligence — mais autant parler à un mur : son fils n’a d’yeux que pour Krishna.
Il leur annonce enfin sa décision irréversible d'entrer dans l’ordre du sannyasa. On peut imaginer la scène : en quelques minutes, il prépare son baluchon et fait ses adieux à ses parents pétrifiés. Son départ les plongera dans la plus totale consternation pendant des mois. On ne sait comment s'y prendre pour apaiser leur douleur. Chaque parole prononcée semble attiser le brasier qui dévore leur cœur. Rien n’y fait. On mise sur le temps qui, seul, pourra — on l'espère — venir à bout de leur chagrin.
On craint, cependant, sérieusement pour leur santé. Leur raison à tous deux est en train de vaciller et leur mémoire se trouble. L'affliction et les pleurs ont raviné le visage de Sachidevi, qui a perdu sa luminosité. Seul Nimai réussit à les réconforter par sa tendresse :
« Ne soyez pas aussi malheureux ; Vishvarupa a fait une chose dont nous devrions être fiers : il a suivi la voix de sa conscience. Les injonctions des Écritures ne disent-elles pas que la vie n'est qu'un passage et que l'idéal est de se consacrer au bien-être spirituel le plus tôt possible ? Par son action, il vous libère définitivement des chaînes du monde matériel et, au moment de la mort, vous retournerez à Dieu. Ne soyez pas aussi tristes, car je suis toujours là et je prendrai soin de vous. »
L'attention et l'assurance qu'il leur témoigne sortent Sachidevi de sa désolation mortelle. Nimai voulait aussi s'engager dans la vie religieuse ; si son frère ne l'avait pas fait, c'est lui qui serait parti. Il ne leur l'avait pas dit alors, parce qu'il ne voulait pas leur causer de peine. Il prend donc la résolution sincère de se marier et de vivre avec ses parents.
Mais le destin cruel s'acharne encore une fois sur la famille : après ces longs jours de désespoir, Jagannath Mishra, accablé par le chagrin, ne peut survivre plus longtemps et quitte ce monde, laissant sa femme et son fils dans un profond abattement. Nimai comprend le danger que court sa mère et prend rapidement la situation en main. Il passe ses journées avec elle et ne cesse de lui prodiguer son amour.
Les mois suivants sont pour Sachidevi un tunnel sombre de désespoir. Puis, petit à petit, elle retrouve la raison et le goût de vivre. C'est à ce moment que Nimai imagine un plan pour le bien de la famille. Il se dit : « Si je reste avec ma mère et que je renonce au sannyasa, il est de mon devoir de me marier ; sinon, la vie que je veux mener n'a pas de sens. Une maison sans femme ne peut être un foyer, car c'est elle qui lui donne sa raison d'être. Ainsi, l'homme et la femme peuvent s'aider sur les plans matériel et spirituel. »
C'est vers sa quatorzième année que Nimai rencontre Laksmidevi, une jeune fille de son âge qui se rend au Gange pour se baigner et adorer les demi-dieux. Les demoiselles nubiles pratiquent ce rituel afin d'obtenir un mari beau et vaillant. Nimai remarque la délicatesse de ses traits et ne peut s'empêcher de l'approcher. Laksmidevi se sent tout de suite en confiance devant ce garçon espiègle, mais aimable et charismatique. En fait, tous deux semblent se connaître depuis toujours et un amour spontané les attire l'un vers l'autre. Ils passent l'après-midi ensemble et, sur le chemin du retour, il fait allusion à une possible union future, ce à quoi elle acquiesce d'un sourire.
La cérémonie du mariage sera grandiose ; sa description demeure dans les annales du vaishnavisme bengali comme un tableau éblouissant de couleurs, de lumière et de joie.
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* Certaines personnalités disent que Laksmidevi est déjà apparue autrefois sous les traits de Sita, l'épouse de Ramachandra, ainsi que de Rukmini, l'épouse de Krishna.
Chapitre précédent : L'appel du sannyasa # 12
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