Les grands enjeux de société et les idées qui en font la trame, avec humour, passion et gravité.
1 Novembre 2013

Sri Vyasa n’est pas seulement l’auteur du Mahabharata mais aussi un acteur précieux dans le récit. Il avait un disciple nommé Sanjaya, entre autres, dont le devoir était de raconter à son roi, sous la forme de ce qui devint la Bhagavad-gita, les événements, les gestes, les paroles et les passions qui prirent place durant le conflit.
Sanjaya, tout comme son maître spirituel, n’était pas seulement narrateur mais aussi acteur, car il était le cocher et le conseiller de Dhritarashtra. Vyasa l’avait investi du pouvoir de se rendre n’importe où sur le champ de bataille de Kurukshetra sans être vu de quiconque (sauf de Krishna, évidemment).
Sanjaya est donc témoin de l’histoire et narrateur de la Bhagavad-gita. Bien que nous soyons à l'aube de l'invention de l'écriture, nous avons là l'exemple savamment réfléchi d'un art consommé avant la lettre, ce qui n'est pas peu dire.
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Que l'innocent lisant pour la première fois les instructions de Krishna ne puisse les comprendre passe encore, on ne peut s'en étonner, Krishna étant une personne complexe; qu'un pauvre diable ne trouve ni lumière ou soulagement à son anxiété après y avoir jeté un coup d’œil, ne doit pas nous contrarier, sous peine de paraître fanatique ou manquer de patience; au curieux qui achète une Bhagavad-gita à deux euros, comme celle représentée ici (éd. Mille et une nuits), et qui reste sur sa faim, on peut lui montrer de l’empathie et lui fournir des explications, c'est dans l'ordre des choses. Dans ces cas, il y a justification et matière à progrès. Mais qu'un pandit, un exégète ou un traducteur, qui a bûché pendant des années sur le sanskrit et a coutume de la lire, vous disent que les dieux sont égaux ou que le Brahman, Shiva ou Krishna, c'est du pareil au même, comme l'affirme avec un sophisme hardi Aurobindo, c'est un détournement de sens, de la désinformation. (La citation en question définit la matière comme non-différente du Brahman, puisque tout est Brahman, ce qui n'est pas faux vu d'un certain angle...) La Bhagavad-gita n'y va pas avec le dos de la cuillère pour décrire ces gens qui s'inscrivent à faux contre lui, Krishna, et le diminuent, elle les traite de "sots" (mudha).

Ceux-ci se font également les complices d'une autre catégorie de personnes dénoncées par Krishna; il les appelle des voleurs (stenah); dans leur ostentation, ils s'approprient les ressources de ce monde et ignorent leur propriétaire, Dieu. Arrivés en ce monde nus et sans bagages, ils s'accaparent les richesses sur lesquelles ils peuvent mettre la main dessus et se déclarent avec arrogance maîtres et possesseurs. Tels les démons, avides et avares, ils ne sacrifient rien en retour à Dieu, dixit Krishna.

Le comble de cette incurie spirituelle - qui consiste à ne pas tenir compte des paroles de Krishna et prétendent pourtant retransmettre- ce sont les Hindous eux-mêmes! Sous couvert de patriotisme, de religion et de modernisme, nombre d'entre eux interprètent le sens de ce message divin au titre évocateur, Le chant du Bienheureux, (la Bg.), en en faisant une lecture impersonnelle et concluent qu'il est le produit d'un poète génial, qu'en toute fin pratique ce n'est qu'un livre religieux parmi d'autres, même s'ils s'accordent de propos délibérés à dire qu'il est le meilleur, parce que hindou, naturellement. Ces « fous », ainsi que les désignent la Bg, poussent le bouchon jusqu'à déclarer que Krishna est un personnage mythique, voire qu'il n'existe que dans l'imagination de ses dévots (par définition niais), qu'il n'est qu'un homme ordinaire de la trempe de Jésus-Christ ou Bouddha, même si ces derniers n'ont jamais fait la démonstration ni n'ont affirmé qu'ils étaient créateurs des mondes et qu'à la fin ils se résorbaient en eux. C'est pourtant ce qu'enseigne la Bhagavad-gita, que Krishna est Dieu, la personne suprême et absolue. Si l'on veut bien le prendre au pied de la lettre, il n'y a pas de doute: sarva-loka-mahesvaram, "Je suis le Seigneur suprême de toutes les planètes". Mais ils tirent à hue et à dia leurs traductions et ne cherchent qu'à banaliser son enseignement pour augmenter leur prestige et arrondir leur fin de mois.

Que vous soyez athée, professeur, religieux, admirateur ou simplement curieux, pour réaliser le sens de la Bhagavad-gita il faut se départir du complexe de l'ethnologue. Dans mes mots à moi, cela renvoie à l'attitude qui consiste à observer l'autre à travers notre filtre culturel, sans étudier les caractéristiques spécifiques de l'objet en lui-même. En fait, ces gens qui lisent et traduisent ces textes, ne le font jamais du point de vue de Vyasa, l'auteur de la Bhagavad-gita; au contraire, ils s'empressent de faire transpirer leurs opinions à travers leurs écrits tendancieux ou athées.
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On va se mettre d'accord grâce à la Gita : la lumière de la lune, ce n'est pas le soleil qui la lui donne puisque sa splendeur provient elle aussi de Dieu. Et que disent le Coran et la Bible des effets scientifiques de la lune sur la terre et sur les humains et les animaux ? Se prononcent-ils à ce sujet ?

Dans l’explication de ce verset XV-13, Bhaktivedanta Swami Prabhupada écrit ceci, que je résume :
Comprenons que seule l'énergie de Dieu permet aux planètes de se maintenir dans l'espace. Celui-ci est présent dans chaque atome, en chaque planète et en chaque être vivant. L’âme suprême est alors désignée par le vocable de paramatma.
Tant que l'âme y est présente, le corps peut flotter sur l'eau, mais aussitôt qu’elle le quitte, il sombre.
Si toutes les planètes flottent dans l'espace, cela n'est dû qu'à la présence en chacune de l'énergie souveraine de Dieu. Il est dit que c'est par Dieu, l’Être suprême, que brille le soleil et que les planètes poursuivent régulièrement leur course.
C'est grâce à Lui que la lune nourrit tous les végétaux comestibles. Végétaux comestibles de toutes sortes prennent saveur, en effet, sous l'influence des rayons de la lune. Sans cette influence, ils ne pourraient ni pousser, ni devenir succulents. Les hommes ne travaillent, ne vivent bien et ne jouissent de la nourriture que grâce à ce que leur pourvoit le Seigneur. Sans Lui, l'espèce humaine ne pourrait survivre. Le mot rasatmakah, dans le verset, est à retenir; il indique que tout aliment prend un goût agréable par l'action de Dieu à travers l'influence de la lune ; somo bhutva rasatmakah : la lune donne la saveur, Chandra ou comme ici Soma étant deux noms désignant cet astre.
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