Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le blog de Maroudiji

Les grands enjeux de société et les idées qui en font la trame, avec humour, passion et gravité.

Qu'est ce que la science sans connaissance ?

«Bien que le modèle de référence varie selon les auteurs, tous rejettent la "fable"
en tant qu'histoire imagée. Désormais on observe, on note sur le vif, on rend
compte, on s'informe, on enquête, on expérimente, tout en s'interdisant une
reproduction de type "photographique", jugée mécanique et donc impropre
à l'expression artistique.»
Daniel Grojnowski

Les magazines de science et le Rig Véda

Le concept est omniprésent de nos jours, tous ont ce mot prestigieux à la bouche : la science. Aucune réflexion, aucune étude, aucune utopie, aucun projet, aucun rêve ne peut dorénavant s’en dispenser sans tomber dans le domaine de l’approximatif et de la fake news.

La science est devenue un concept rigide, froid et stérile. Elle est chargée de l’idéologie de l’homme supérieur, issu des Lumières, qui lutte contre l’homme de l’obscurantisme. Elle impose sa manière de penser au carré aux peuples de la magie et qui croient aux entités spirituelles ; sa volonté de puissance est d’en effacer toutes traces d'enchantement susceptibles de contrarier sa marche irrésistible en avant. Le but avéré : la robotique et Mars.

En gros, on dira qu’il y a l’homme à l’esprit scientifique dressé contre l’homme irrationnel et religieux.

Le premier, à en croire les doctorants de la modernité, sème le progrès. Le deuxième s’apparente à un réactionnaire qui affectionne les mythes du néolithique, antiques constructions de la pensée résultant d’émotions générées par la peur et la fascination qu'exercent les éléments de la nature sur la conscience. C’est ainsi -toujours d’après l’éducation académique- que l’animal sur deux pieds (juste après l’homme-singe) inventa les mythes et les Dieux.

Il s’agit pour la science et l’homme supérieur de refondre cette pensée primitive et arriérée.

À partir de ce scénario, l’homme évolué, plus intelligent, à la raison supérieure, est en position de force pour expliquer ce qu’est la science. Tout comme il s’y est pris pour expliquer ce qu’est la philosophie, la raison ou la politique, voire la démocratie.

La science, vous dira l’homme supérieur, est née en Grèce. Il n’a aucun doute à ce sujet. Tout comme il est certain que la démocratie est l’enfant de ce pays. Or ces deux affirmations sont dénuées de tout fondement raisonnable et historique. Pourtant, même les intellectuels -et des plus notoires- ont participé corps et âme à leur propagation. Aujourd’hui, ces idées se sont transformées en dogmes intouchables et inébranlables. Je passe la parole à l’un d’eux, un athée bien en vue qui croit aux vertus de la raison sans foi et qui préconise pour l’homme sage la pensée de l’automate pourvu d’une intelligence perfectionnée, quasi supérieure à celle des humains, fruit de l’évolution technologique ; l’autisme étant pour ainsi dire l’avenir darwinien de notre espèce :

Luc Ferry et son amour fou pour la Grèce et sa civilisation... débilitante.

«Voilà, écrit-il, en quel sens l’analyse du passage de la mythologie à la philosophie confirme en tout point l’idée que la philosophie est bel et bien une "doctrine du salut sans Dieu" : une tentative de se sauver des peurs sans recourir ni à la foi ni à un être suprême, mais en exerçant sa simple raison et en essayant de s’en tirer par soi-même. Là est la vraie différence entre philosophie et religion, et même si les mythes grecs sont pleins de dieux, leur grandeur proprement philosophique est de mettre à l’écart de leurs pouvoirs la question du salut des hommes : c’est à nous les mortels, et à nous seuls, qu’il revient de la régler autant qu’il est possible, imparfaitement, sans doute, mais par nous-mêmes et par notre raison, non à l’aide de la foi et des Immortels. Comme nous verrons ensemble dans le prochain volume, c’est bel et bien là le défi que va relever la tradition de la philosophie antique. Et l’un de ses charmes les plus impressionnants tient au fait qu’à partir de cette problématique singulière, elle va "inventer" de manière proprement géniale une pluralité de réponses qui nous offrent, aujourd’hui encore, comme autant de possibilités de comprendre nos vies.»

La sagesse des mythes. Apprendre à vivre - 2

Luc Ferry et la croyance en les dieux grecs

Qu’en est-il véritablement de la société grecque au-delà de l’idéologie, au-delà de l'amour pour cette civilisation et leurs dieux ?

Même les gens intelligents et enclins à découvrir la littérature et la péninsule indiennes, (ils furent nombreux dans le passé), et bien même eux ne surent distinguer entre dieux et démons (le mot est grec -daimôn- et confond volontairement les deux). Ils cultivèrent la sublimation, consciemment ou non, pour la violence et l’horreur. Ils en firent le moteur du progrès, suivant ainsi sur les traces de nos ancêtres, européens (mais les Perses et les Arabes par la suite ne furent pas en reste. Sans parler des juifs). En réalité, et le phénomène transcendantal est paradoxal, malgré les éloges expansifs et leurs amours pour les dieux, ces penseurs ne croyaient pas à leur existence, prenant toutes ces représentations pour de la mythologie* : « cette ère de la fable où les Immortels descendaient de l’Olympe pour se mêler aux hommes», écrivait Alexandra David-Neel.* Ils exploitaient cette fascination sentimentale tout bonnement pour stimuler l’imagination et combler les désirs, quels qu’ils soient. David-Neel, née en 1868, célèbre voyageuse ayant traversé l’Asie et qui a beaucoup écrit à ce sujet, laisse transparaître sous sa plume -bien qu’amoureuse de ce berceau de la spiritualité qu’était l’Inde- son irrésistible nostalgie pour la grécitude, ce monde des dieux grecs qui s’est éteint à tout jamais après l’arrivée du christianisme, bien qu’il fût déjà mort avant, les philosophes leur ayant donné le coup de grâce (avec raison). Voici pour vous en convaincre un extrait de son journal de jeunesse :

A. David-Neel : l'Inde et la Grèce. Mahabharata

* Du nihilisme, diraient d’autres.
* Cité par Jean-Chalon dans Le lumineux destin d’Alexandra David-Neel.

Revenons encore un peu sur cette conception du monde avec l'ex-ministre de l'éducation nationale, pour mieux cerner le paradigme occidental et celui de l'Inde. Il sera plus aisé par la suite de comprendre ce qu'il faut entendre par science aujourd'hui, comment la discipline a évolué.

Luc Ferry : les dieux, les mythes et l'athéisme

Je paraphrase, sans forcer le trait, avec un humour sarcastique, les premières pages de La naissance des dieux et du monde, titre du premier chapitre du livre de Luc Ferry, "La sagesse des mythes. Apprendre à vivre-2". Voilà à quoi des gens comme moi, qui essayons de faire connaître la littérature védique, littérature prodigieuse qui passe comme n’ayant aucune valeur, entre autres le Mahabharata et la Bhagavad-gita, sommes constamment confrontés, quand ce n’est pas à la Genèse, le premier chapitre de la Bible.

Au commencement du monde, une bien étrange divinité émergea du néant, (mais sans vague, sans explosion à l’instar de la théorie dite scientifique du Big Bang). Cette première entité de la mythologie grecque n’est pas une personne contrairement à ce que l’on pourrait croire, elle n’a rien d’humain : pas de corps, pas de visage et aucun traits de caractère ; elle a plutôt l’aspect -puisqu’il faut bien la définir d’une manière ou d’une autre- d’un trou noir, de ténèbres absolues où règne le désordre (c’est l’auteur qui souligne). En gros, c’est un monstre informe qui émerge du néant. Et puis tout à coup, ô miracle, une seconde divinité jaillit de ce chaos, sans qu’on sache pourquoi. Selon Hésiode, le premier poète, qui raconte cette histoire au VII siècle avant J.-C., quelque chose apparaît, voilà tout, quelque chose sort des abysses : c’est Gaïa, une formidable déesse, la matrice originelle de l’univers. Du solide, quoi, car contrairement à son aîné, on peut marcher dessus. Des forêts et des montagnes vont apparaître. Et des animaux. Et le soleil, bien sûr. Et la lune. Gaïa, c’est l’opposé complémentaire de Chaos, ou du chaos, pour le dire plus simplement.

Éros, dieu de l'amour, avec Luc Ferry

Comme il n’y a jamais deux sans trois, voilà Éros, l’amour issu de leur union. La nature faisant bien les choses, ajouterai-je aux mots de l’auteur, elle sélectionne naturellement, divinement. (Parenthèse ironique que je referme, tout en faisant remarquer que les darwiniens pensent ainsi leur théorie de l’évolution…)

N’entrons pas dans les détails1, nous n’en n’avons pas les moyens et nous nous perdrions dans la noirceur. En tant que père de famille et comme ancien responsable de l’Éducation (puisque j’étais ministre de l’État français), il m’apparaît décisif de faire comprendre à nos enfants, pour les préparer à la frénésie engendrée par le consumérisme et la vitesse technologique qui synchronisent tout sur son passage, le rôle crucial et positif que jouent dans leur esprit ces mythes grecs. Les éducateurs, et surtout les parents, devraient revenir aux principes fondamentaux de notre civilisation en leur enseignant des valeurs culturelles, morales et spirituelles fortes. Je suis persuadé que les messages transmis par ces mythes sur la formation du monde, sur nos rapports avec les animaux, la naissance et la mort, le bien et le mal, l’écologie, etc., leur apporteront une lumière puissante, d’une pénétration incomparable ; la Grèce étant la plus grande des civilisations, le phare du monde, puisque grâce à elle les humains ont pu s’émanciper de la superstition et des croyances primitives. Je n’ai aucun doute que d’ores et déjà ces récits sont inscrits dans la mémoire de nos enfants pour les accompagner tout au long de leur parcours de vie. Il suffit simplement de les réactiver par le conte et l’enseignement.

Il faut donc retenir ce qui suit : d’abord, s’il est éternel, le cosmos n’a pas toujours existé. C’est à partir de Chaos, Gaïa et Éros, ces trois entités primordiales, que tout va se mettre en place, que le monde va progressivement s’organiser. Bien sûr, pour organiser le monde, il va falloir s’appuyer plus tard sur d’autres dieux, plus culturels que naturels, des dieux anthropomorphiques qui devront posséder beaucoup plus de réflexion et de conscience que les premières forces naturelles avec lesquelles débute l’univers. C’est là la première histoire, le récit des origines de toutes choses, de tous les êtres, des éléments naturels, des hommes et des dieux. J’en suis certain et notre tâche est de convaincre les générations présentes et futures que c’est ainsi que nous, en Occident, nous comprenons la vie et nos origines, que c’est cette culture primitive qui a ouvert la voie à la raison, à la philosophie, au progrès et aux sciences ; c’est cette culture qui nous distingue des autres traditions de façon exceptionnelle.

Signé Luc Ferry.
_________________

1. Le diable s’y cache.

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article