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Le blog de Maroudiji

Les grands enjeux de société et les idées qui en font la trame, avec humour, passion et gravité.

Mais comment peut-on être aussi persan ? Avec Georges Politzer

Georges Politzer et les hommes préhistoriques ignorants

Georges Politzer écrivait que les premiers hommes étaient ignorants. Ils "cherchèrent bien à expliquer la nature, le monde, mais ils n'y parvinrent pas. Ce qui permet, en effet, d'expliquer le monde et les phénomènes qui nous entourent, ce sont les sciences; or les découvertes qui ont permis aux sciences de progresser sont très récentes. L'ignorance des premiers hommes était donc un obstacle à leurs recherches."

C'est ce que l'on a enseigné dans les écoles, du primaire jusqu'à l'université. Mais comment des gens intelligents, à l'instar de Politzer, ont-ils pu développer la conscience que tous nos grands-pères, tous nos ancêtres, étaient moins intelligents que nous? Donc, plus on va en arrière et plus les hommes et les femmes étaient bêtes? Et les femmes plus encore!? Ce qui est complètement faux. Le comble, c'est que beaucoup, aujourd'hui, le croient encore. Comment expliquez-vous cela?

Georges Politzer et la propagande marxiste

«Chacun de nous s'est demandé ce que nous devenons après la mort, d'où vient le monde, comment la terre s'est formée. Et il est difficile d'admettre qu'il a toujours existé quelque chose. On a tendance à penser qu'à un moment il n'y avait rien.» 

Celui qui émet cette réflexion est un athée militant communiste, Georges Politzer (1903-1942). Il s'était donné comme mission intellectuelle de remplacer les croyances religieuses par la philosophie du matérialisme dialectique qu'il prennait pour la démarche scientifique la plus appropriée à la transformation du monde. Ce faisant, il a participé à propager le marxisme qui s'est imposé comme solution pragmatique aux religions révélées et d'origines divines. Partout sur la planète cet enseignement a influencé profondément des générations d'étudiants et s'est enraciné dans la culture générale. Mais qu'en est-il vraiment de ce jugement? Est-il si difficile d'admettre qu'il ait toujours existé quelque chose et que les éléments matériels se transforment dans un cycle sans fin? Les Grecs, qui ne croyaient pas en Dieu, théorisaient un monde éternel. La tendance est de penser qu'il y avait toujours quelque chose ou quelqu'un avant nous. Il est plus facile pour le mental de se figurer le passé ainsi plutôt que d'imaginer le néant. Il est plus facile d'imaginer une planète Terre ronde qu'une Terre plate. C'est mon avis que je partage.

Je dois corriger et préciser ce que j'ai écrit plus tôt. Les hommes préhistoriques que l'on voit sur la photo et qui correspondent au portrait que nos sociétés ont brossé d'eux sont certainement très ignorants et bêtes, en tout cas proches des bêtes. Je récuse, sur la base de l'histoire, de la psychologie et de la logique cette parodie qui consiste à généraliser cet état physionomique et mental à tous les hommes de la planète. 

Dans le cas de cette caricature, vu ainsi, évidemment l'ignorance est un obstacle à la recherche, et Politzer a raison d'en faire un argument. Il est à noter que nos nouveaux philosophes ont entraîné plusieurs générations d'étudiants dans l'idéologie qui fait de l'ignorance un moteur d'études scientifique et de progrès...* Il est d'une grave méconnaissance de l'histoire de l'humanité que de colporter l'idée que les meilleurs d'entre les premiers hommes n'avaient pas la maîtrise d'un savoir extrêmement raffiné leur ayant permis ici et là, à travers le monde, l'évolution des civilisations. Il est insensé de s'imaginer qu'en ces époques lointaines ils n'avaient pas de compréhension scientifique de la Nature ni de méthode pour classer les espèces et les choses qu'ils observaient. D'ailleurs, dans ce livre, Politzer est très vague quant à ce qu'il entend par la science, bien qu'il martèle que seuls les matérialistes sont dignes de manipuler

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* Mais cette méthode remonte aux Grecs, avec Socrate comme représentant emblématique. Et c'est de ce paradigme que l'on tirera la version moderne du philosophe, celui qui spécule à partir de rien, d'où l'expression tabula rasa, faire table rase du passé. 
 

Critique du livre de Georges Politzer. Noah Harari, Nietzsche et Freud sont représentés sur l'image.

Jusqu'à présent Politzer n'a pas défini ce qu'est la science, si ce n'est l'impossibilité de l’envisager autrement que matérialiste. Est matériel les objets perçus par les sens, le reste n'est que littérature. Jugement restrictif et puéril à souhait mais auquel je m'attache pour le présent exercice.

Inspiré par les différents courants de pensée circulant de son vivant, il écrit: «La bourgeoisie n'a rien fait pour éclairer la situation, bien au contraire.» Nous sommes à peine au début de son livre, page 26, et on pressent la difficulté de trouver une définition de la science, en l'occurrence à cause des classes: bourgeois et prolétaires s'affrontent dans une colère rouge, irréductible à une entente. Ces derniers travaillent dans les usines et sont exploités jusqu'au sang. Ils ne sont pas éduqués à l'instar des bourgeois. Souvent, ils sont bêtes, illettrés. Pour évoluer, ils doivent envoyer leurs enfants dans les institutions tenues par les bourgeois. Vous voyez le topo... C'est le chien qui se mord la queue. Car nous savons que la transmission du savoir se fait par l'éducation, et non à travers les instints, comme chez les singes ou les animaux. Il est malheureux que les philosophes ne connaissent pas cette distinction.* Pourtant, l'instinct n'est pas une abstraction... Déjà se profile la difficulté d'une définition de la science. Elle est surtout due à l'idéologie que nous allons constater à lire les critiques de Politzer (si j'en ai la force et si Dieu le veut, la Covid rôdant dans les parages, il y a lieu de s'inquiéter, mais bon...) Feuerbach, Marx, Engels, Lénine (ou Darwin), pour ne citer qu'eux, sont tous des bourgeois, très influents. Les prolétaires s’abreuvaient spirituellement à leurs idées. Il n'était pas question de science dans le sens qu'il put exister un choix parmi des hypothèses, la source idéologique était unique. La transmission se fait donc par les bourgeois; elle est verticale, hiérarchique et canalisée. Les publicistes de l'époque savaient tout cela. Il faut donc garder à l'esprit que c'est du promotoir de athéisme que Politzer émet ses jugements pour le moins catégorique mais qui est dans l'air du temps. Avec la révolution marxiste et léniniste, les athées ont le vent en poupe, puisque les doctrines religieuses battent de l'aile et le glas de leur agonie sonne dans toutes les villes, jusque dans les campagnes.
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* Je veux vous en parler davantage, surtout du point de vue musulman. Ceux-là sont en vérité les promoteurs de cette vision du monde, naïve et romantique, mais ô combien dommageable pour l'esprit sain (à ne pas confondre avec l'esprit saint). Il s'agit de la génération spontanée et de l'intuition divine.

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Politzer : « Il ne faut pas confondre, en effet, idéalisme moral et l'idéalisme philosophique.» C'est là en effet que le bât blesse. Il s’imagine que dans la pratique cette distinction est aisée. L'amalgame idéologique peut être évacué par la porte, il ressurgit par la fenêtre. C'est le cas de l’islamophobie aujourdhui. Certains jugent que ce vocable désigne un problème moral qui affecte des individus musulmans dans leur intégrité, et d'autres qu'il s'agit d'un problème d'ordre philosophique et politique global. Mais il est difficile de pratiquer une distinction claire et nette entre ces deux critères.

La vie de Politzer fait bien ressortir cette difficulté lorsqu'il s'intéressa passionnément à la psychologie. Il était persuadé que Freud creusait une veine scientifique, s'agissant du mental. Il se rendait compte finalement que les freudiens dérivaient vers l’idéalisme philosophique qu'il abhorre. Car «l'idéalisme philosophique est une doctrine qui a pour base l'explication du monde par l'esprit.» 

Face à cette réalité spirituelle immanente qu'il dénigre du fond de ses viscères, il finit par tout rejeter: Freud, les freudiens et cette soi-disant science qui sent le capitalisme et la bourgeoisie à plein nez. Il estime, en outre, que la psychanalyse s'aventure trop du côté du bon Dieu. La science n'a pas besoin de Lui. Elle peut, croit-il, désormais expliquer les phénomènes de la nature et les mouvements de l'esprit sans passer par l'hypothèse de la création divine ou des dieux. Tout cela est rétrograde, selon lui, Engels, Marx, Lénine et Feuerbach, filiation qui remonte jusqu'aux Grecs, jusqu'à Épicure. Il croit dur comme fer que l'homme, et avant lui les singes et les animaux, les plantes et les poissons, est un produit de la matière. Il pense que c'est elle qui donne naissance à la conscience, en non l'inverse.

Politzer est mort depuis longtemps. Il ne reste plus grand-chose du marxisme et du communiste tels qu'il les connaissait. Le matérialisme scientifique ou dialectique peinent à garder la tête hors de l'eau, malgré la propagande. Cette perspective philosophique est devenu de plus en plus insoutenable à mesure que les connaissances se démocratisent et qu'elles échappent aux idéologies institutionnelles.

En réalité, juifs, chrétiens et musulmans ont le même discours plus ou moins sophistiqué. Il suffit de s'intéresser à l'histoire des idées et des religions pour s'en apercevoir. Autrefois, les juifs et surtout les musulmans, plus tard, sont influencés par les Grecs.* Je vous avais dit que je vous parlerais de cette notion triviale selon laquelle l'homme posséderait des instincts. Cela me permettra de vous expliquer que les athées, partant aussi d’Epicure, d’Aristote et aboutissant à Spinoza, participent plus ou moins à ce discours. Ce qui chagrinait beaucoup Georges Politzer. Pour dire que l'idéal moral et l'idéal philosophique sont des frères ennemis, indissociables dans les faits.
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* Les musulmans ne parlent jamais de leurs influences de l’Inde qui ne sont pas des moindres. Après l'Antiquité, les Européens commenceront à faire de la Grèce le berceau de leur pensée. 

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