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Publié par Laziz

« Le devoir d’un enseignant est de vous insulter. » Chögyam Trungpa
« Soit il était fou, soit c’est son savoir qui l’était, mais il y avait quelque chose
d'étonnant à propos de ​​lui. » Son fils*.

 

« J’ai simplement essayé, écrit l’auteur, Fabrice Midal, à force de rencontres, de lectures et de témoignages, de rassembler ce qui était épars, afin de permettre au lecteur d’appréhender la vie et l’œuvre de l’un des plus grands maîtres spirituels de notre temps. »

Midal, se définit lui-même comme un « athée » un peu borné, ce qui explique qu’il soit tombé en pamoison devant Chögyam Trungpa. Je recopie ici quelques-unes des qualités de ce « grand maître spirituel qui fut l’un des penseurs les plus importants du XX siècle. » Il « m’a ouvert les yeux, déclare-t-il. Il a ouvert mon cœur. Chögyam Trungpa m’a montré le sens véritable de la Tradition. » Il ajoute que même s’il est décédé, « Chögyam Trungpa continue d’ouvrir les yeux, le cœur et l’esprit de nombreux êtres, et sa présence, écrit-il, me submerge souvent. » Il avoue d’emblée qu’il était excentrique : « sa manière légendaire de venir avec plusieurs heures de retard aux enseignements qu’il devait donner et la quantité d’alcool qu’il consommait » ont déconcerté plus d’un disciple, mais pas lui.

« Chögyam Trungpa n’a donc rien du “maître spirituel” comme l’Occident adore. Il n’a rien du vieux sage qui a toujours une parole de consolation à la bouche. […] Pour toutes ces raisons, je crois que Chögyam Trungpa est la figure la plus pure (c’est lui qui souligne) d’un être engagé dans un chemin spirituel et d’une vie qui ne ménage pas son rapport à la vérité.[…] Et si je me tourne encore et encore vers lui, s’il ne cesse aujourd’hui plus que jamais de m’éclairer, c’est en raison de cette pureté sans égale. […] Soulignons notamment qu’aucun autre maître tibétain n’a pris un tel recul par rapport à sa culture d’origine. Un préjugé assez répandu veut qu’une pratique spirituelle soit inséparable de son contexte spirituel. » Notez qu’il n’a pas parlé de contexte géographique, mais spirituelle. Ce qu’il veut dire par là, c’est que le maître désirait donner naissance à un bouddhisme occidental, avec de nouvelles manières de s’habiller, de manger, de penser et de méditer adapter à la situation. Il explique cela joliment bien : Chögyam Trungpa enseignait que « devenir bouddhiste ne consiste pas à essayer de vivre en accord avec ce que nous voudrions être, mais à tenter de vivre ce que nous sommes. » Sa philosophie est à la hauteur de sa personnalité complexe :

 

 

Définitivement, c’était un personnage singulier, pour le moins qu’on puisse dire. « Il n’avait de cesse de brouiller nos référence. » Le piège dans lequel certains de ses étudiants sont tombés a été de croire qu’ils avaient une relation personnelle avec lui. « La vie de Chögyam Trungpa dépasse toute mesure. Comme nous le verrons, elle a beaucoup choqué et continue d’en gêner certains. » Pourtant, nous sommes aux États-Unis et le mouvement hippie bat son plein sous le signe de l’amour, la paix, les arts, la spiritualité, le sexe et les drogues. « En effet, en 1970, Chögyam Trungpa parle le même langage que ces jeunes gens, emploie leurs expressions, leur manière de s’habiller, essaie l’alcool et les drogues qu’ils consomment. Il mange ce qu’ils mangent et dort avec eux, souvent à même le sol. […] Il est vrai qu’il est difficile de penser que l’homme, âgé alors de trente et un an, habillé en blue-jeans avec des chemises de cow-boy souvent très colorées et laissées ouvertes sur sa poitrine, est un guru. Il fume et boit du whisky.» Il est un coureur de jupons sans commune mesure avec les grands maîtres de la tradition bouddhiste. Quand un journaliste le questionne, écrit son biographe, sur ce qu’il nomme son présumé vagabondage sexuel : « N’est-ce pas choquant pour un maître spirituel d’agir ainsi ? », il répond qu’il a une relation amoureuse avec chacun des ses étudiants. Mais je suppose qu’il devait aimer plus les femmes que les hommes, car il n’est pas question de rapport homosexuel…

 

 

Malgré qu’il soit considéré divin, à l’égal de Dieu, aux yeux de ses disciples, pour ainsi dire, sinon « comme un roi » et qui « connaît les détails de chacun de ses étudiants, soit plusieurs milliers de personnes », son corps physique n’est pas à toutes épreuves : les drogues et l’alcool auront raison de lui. En 1986 il est terrassé par un arrêt cardiaque et meurt six mois plus tard « suite à une infection bactérienne massive », selon son médecin personnel. Mais on ne cache pas l’importance que joua dans la dégradation de sa santé son intense consommation d’alcool « qui était pour lui un moyen d’aller plus loin dans son travail de pionnier. »

 


Quoiqu’il en soit, Chögyam Trungpa a réussi à fonder, pour la première fois dans l’histoire de l’Occident, une communauté de pratiquants du bouddhisme tibétain qui reste aujourd’hui l’une des plus importantes. Il a également ouvert le premier institut bouddhiste en Occident, une Université, comme disent les Américains. Voilà pour l’homme, le guru. Pour ce qui est de l’auteur, Fabrice Midal, il est l’une des principales figures du bouddhisme en France, fondateur de l’École Occidentale de Méditation

* Ma traduction de l’anglais : “Either he was crazy, or he was ‘crazy wisdom,’ and there was something amazing about him.”

Vidéo: un résumé de sa vie en cinq minutes

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