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Publié par Laziz

Vyasa, Ganesh, HanumanQuand les critiques veulent dénigrer et se moquer de la religion des hindous, ils aiment à donner en pâture les dieux animaux que sont Ganesh et Hanuman. Cela suffit, incompétents et fermés d’esprit qu’ils sont, à rejeter tout ce qui ne correspond pas à la réalité historique telle que définie par ceux-là même qui ont fait tabula rasa sur le passé païen, passé qu’ils apprirent à haïr plus que tout.

L'unité inséparable des Dieux

Et les hindous, asservis depuis plus de mille ans par ces forces dominatrices qui ont saccagé leur pays et mis à mal leurs croyances, ont baissé la tête et se sont sentis honteux de leur panthéon, tels que décrit dans les puranas. Alors, ils reléguèrent dieux et écritures au rang de la mythologie; existant sans exister. Cependant, l’adoration de ces dieux continue malgré tout, au-delà des considérations séculières et morales, parce que l’on ne peut les dissocier, en l’occurrence Ganesh (ou Hanuman), du contexte de la spiritualité hindoue. Si l’on parle du Seigneur Rama, on parlera irrémédiablement du singe Hanuman; si on parle du Seigneur Shiva, on parlera bien évidemment de Ganesh; si l'on parle de Krishna, on ne peut occulter Garuda. Les uns ne vont pas sans les autres. Lakshmi, Vishnou, Garuda, Shiva, Ganesh, Nanda (le boeuf), Rama, Sita, Hanuman, Shesa, (le serpent divin), Krishna, Brahma, etc, forment un tout, une unité indivisible décrite dans les Védas.

Un Dieu à part

Le grand sage Bhrigu s'adressa ainsi au roi Somakanta:« Écoutez attentivement ces paroles à propos de Ganesh. Le simple fait d'être réceptif à cette narration est la preuve indiscutable de votre bon karma. Rien d'autre ne peut le justifier. Peu importe le passé d'une personne, si elle a été méchante, cruelle ou démoniaque, en prêtant attentivement l'oreille à son histoire, les conséquences négatives des actes accumulées pendant de nombreuses années seront anéanties au plus vite, grâce au pardon miséricordieux de Ganesh. Il est impérissable, incommensurable, sans qualités et sans forme matérielles. La nature spirituelle de Ganesh ne peut être appréhendée par la discussion et les spéculations philosophiques seules; la raison et l'intelligence n'y suffisent pas, car il est pure conscience. Brahma, Shiva et les autres dieux ne peuvent réaliser la nature de sa forme réelle. Même Ananta Sesha, le serpent divin aux mille têtes, demeure incapable à décrire exhaustivement ses gloires. »

La raison d'être des puranas

Vyasa, qui est une manifestation du Suprême, est omniscient, c’est dire qu’il connaît le passé, le présent et le futur. Il est aussi réputé, en plus d’être un des six piliers de la sagesse védique*, pour avoir composé, il y a des milliers d’années de cela, une grande quantité d’histoires sous la forme des puranas. D’autres, comme celle de Ganesh, ont nécessité un traitement à part. Ce sont des textes encore plus abordables, et spécifiques à certains dieux, appelés les upa-puranas. Vyasa s’est particulièrement dévoué à la tâche gigantesque de produire les puranas afin d’en faire profiter les personnes sans connaissance spirituelle de base. Il s’agit des classes inférieures qui ne pouvaient pas étudier les Vedas et à la conduite morale ou sociale laissant à désirer. Par conséquent, ils ne comprenaient pas la signification du dharma, c’est-à-dire les devoirs envers les autres, la société et les Dieux. Cette condition est généralement le lot des peuples de l'âge de fer, ou de Kali, l’âge dans lequel nous vivons depuis 5000 ans et dont la dégradation des mœurs est patente par rapport aux âges précédents. Les gens y sont le plus souvent qu’autre chose malhonnêtes et turbulents. Vyasa a donc composé dix-huit importants puranas pour la préservation de la religion, puis a jugé bon d’en ajouter d’autres par le biais des upa-puranas ; c’est d’eux que je tire les informations que vous avez sous les yeux.


*Gautama (nyaya) ; Kanada (vaiseshika) ; Kapila (samkya) ; Patanjali (yoga) ; Jaimini (purva mimansa) ; et Vyasa (uttara mimansa).

 

Vinayaka est un autre nom de Ganesh.

 

Adorer Ganesh selon la coutume

Pendant quelques semaines, ma femme et moi avons vécu à l’étage supérieur d’une modeste villa dans le sud de l’Inde, non loin d’un fameux temple de Ganesh. Tous les jours, vers cinq heures du matin, j’entendais sonner pendant quelques minutes une clochette. Curieux, j’abordai le propriétaire et m'enquis sur l’objet de son adoration. Il priait Ganesh, et ce, de père en fils depuis des générations. Il m’invita à venir voir son autel à condition que je ne prenne pas de photo. Dans le coin du salon, j’aperçus Ganesh et je joignis mes mains par respect, selon la coutume. Après quoi, je le remerciai et lui demandai humblement la différence entre l’adoration de Ganesh et celle de Shiva, pourquoi l’un au lieu de l’autre, pourquoi adorer le fils au lieu du père. Il me répondit que c’était une dévotion transmise par ses parents et, par loyauté filiale, il n’avait pas dérogé à la tradition. Il prit un récipient en cuivre sur l’autel qui contenait de l’argile ou de la cendre et de son doigt m’en appliqua sur le front. Il m’invita ensuite à le suivre sur le patio et se proposa de me raconter l’histoire de Ganesh selon le purana qui lui était dédié, purana dont je n’avais jamais entendu parler. Aujourd’hui, j’ai décidé de revisiter les notes prises à l’époque et d'écrire cette histoire pour qu'elle soit accessible en langue française à une plus grande audience.

Brahma, Vyasa et Bhrigu, transmission du savoir

Le contenu du purana sur Ganesh, et la relation de ce Dieu avec le roi Somakanta, fut raconté en premier à Vyasa par l’Ancêtre, Brahma, le premier des êtres créés de l’Univers. Ce disciple potentiel était aussi connu sous le nom de Védavyasa pour avoir édité les Védas et compilé une somme colossale d’écritures telles que le Védanta, les puranas et le Mahabharata. Vyasa transmit ce savoir au sage Bhrigu qui le raconta à son tour au roi en question, car cela concernait sa vie antérieure dont il n’était pas conscient.

Brahma, Vyasa et Bhrigu, transmission du savoir

 

Ce roi était pieux et versé dans les Védas; il connaissait parfaitement bien le sens et la raison des écritures. Il était très riche et avait conquis de nombreux pays. Sa renommée était si grande qu’il était célébré par les Dieux mêmes.

Quand je voulus en connaître davantage sur ses conquêtes auprès de mon hôte, il m’avoua qu’il n’en savait guère plus et qu’il me racontait l’histoire telle qu’il l’avait apprise de sa famille. Je ne saurai jamais par conséquent si Somakanta était roi de toute la terre ou seulement de quelques pays ou provinces. Il sembla néanmoins dérouté par ma question et il lui fallut quelques secondes pour reprendre le cours de sa narration. Je réalisai alors qu’il entrait en transe lorsqu’il pensait à Ganesh et je décidai de ne plus l’interrompre.

Une des femmes du roi, qui le suivra en exil volontaire dans la forêt, s’appelait Sudharma. D’elle, le roi eut un fils, Hemakanta, qui fut très dévoué envers ses parents. Il était digne de son père en érudition, en force et en piété; de sa mère il avait sa beauté et son intelligence. Sous leur ordre, il prendra la succession du royaume.

Lèpre et karma, le roi renonce à son royaume

Faire attention n’empêche pas le malheur d’arriver : sans crier gare, la lèpre s'attaqua au roi. Bien qu’experts, les médecins ne purent trouver de remède à la détérioration de son état qui allait de mal en pis chaque jour. On peut guérir la maladie mais non point le destin. Sur tout son corps les symptômes se répandirent: de nombreuses lésions apparurent d’où le pus coulait en abondance et répandait une odeur infecte. Sa beauté, qui égalait celle de Surya, le Dieu du soleil, avait disparu et laissé place à un corps répugnant à voir. L’altération inattendue de sa santé et la souffrance qui en résultait n’affectèrent pas seulement le corps mais aussi l’esprit du roi qui tomba dans une profonde dépression. Lui, si rayonnant et qui possédait la force de plusieurs éléphants, avait perdu son aura et ressemblait maintenant à un pauvre hère, terne et émacié, couvert de pustules. Face au mauvais sort qui le frappait, sa famille, la cour et le peuple qui l’aimaient comme un Dieu, perdirent leur joie de vivre et le royaume s’enfonçait dans un désespoir contagieux.

karma

Sentant le vent tourner, il réunit ses ministres et annonça le projet de se retirer des affaires du palais. « Je ne sais pas ce qui m’arrive, leur dit-il. J’ai pourtant assumé mon devoir comme il sied aux gens de ma classe et à mon poste de roi; j’ai aidé les pauvres et j’ai construit des lieux de culte; j’ai éradiqué l’injustice et j’ai apporté la bonne fortune sur mon royaume; j’ai protégé les brahmanas et j’ai distribué des richesses sans lésiner sur les moyens; je me suis comporté envers mes sujets comme s’ils étaient mes propres enfants; j’ai repoussé sans ménagement tous les ennemis qui tentèrent de détruire l’ordre social et de piller les biens et les ressources de l’empire; à chaque lever du soleil, je me suis empressé d’offrir un culte au Seigneur Shiva avec assiduité et dévotion; j’ai pratiqué de nombreuses austérités et je me suis astreint à un renoncement des plaisirs inappropriés, cela pour mon bien et celui de mon peuple. Le drame qui s’abat aujourd’hui sur moi est un mystère dont je n’ai pas la réponse. Par conséquent, pour empêcher l’abîme de se creuser davantage, je vous annonce que j’abandonne mes privilèges et que je laisse la responsabilité de la gouvernance du royaume à mon fils. Il a été entrainé pour assumer cette tâche et il fera un bon roi, n’en doutez point.

Le roi et son ministre tentent de se mettre d'accord

Ganesh et les serviteurs du roiAprès cette annonce, le roi perdit conscience et s’effondra dans les bras de son fils. La cour, les ministres, la famille et les proches s’affolèrent et une confusion de cris s’éleva. Certains commencèrent à pleurer et à se lamenter bruyamment. Les médecins lui firent reprendre conscience grâce aux herbes médicinales. On l’installa confortablement sur un sofa et on l’éventa et le massa jusqu’à ce qu’il retrouve ses esprits et reprenne des couleurs. Puis le premier ministre prit la parole et s’adressa au roi : « Seigneur, grâce à vous et à votre générosité, nous avons connu les délices des planètes édéniques; jamais nous n’avons craint l’ennemi ou la disette, jamais personne ne s’est plaint d’injustice. Comment pourrions-nous vivre maintenant sans votre présence, après toutes ces années? Comment pourrions-nous vous laisser partir seul et rester ici ? Sans vous, cet endroit ressemblera à un lieu de désolation pour ceux qui vous ont connu. Soit! votre fils assurera votre héritage, mais nous, vos serviteurs dévoués, nous désirons vous accompagner dans votre réclusion; nous serons plus heureux avec vous dans la forêt que de rester ici. Seigneur si aimé, notre destin est lié aux votre. »

« Je comprends vos sentiments, répondit le roi, et je vous en suis infiniment reconnaissant. Mais vous devez rester ici et aider mon fils, Hemakanta, à diriger le royaume, comme vous l’avez fait avec moi. Le destin m’a frappé cruellement en m’affligeant une honteuse maladie. Mais si je me retire définitivement dans la forêt en réponse à cette malédiction, j’entreprends la démarche en toute bonne conscience sachant que mon fils sera entre de bonnes mains, entouré par mes fidèles conseillers. Soyez gentils et compréhensifs, ne me causez pas plus de tourments en m’empêchant d’agir selon mon devoir. »

Le fils devra s'occuper du royaume

Sa femme, la belle Sudharma, ne se laissa guère intimider par ces paroles. Elle réagit avec fermeté : « Il n’est pas question que je vous abandonne. Je suis votre femme et je resterai avec vous jusqu’à la mort. C’est mon dharma : bon ou mauvais, une femme et son mari sont noués par le karma de leurs vies passées. Je boirai la coupe jusqu’à la lie, quelque soit le désagrément. Les ministres resteront au palais et ils assisteront mon fils pendant son règne. Vous tous qui m’écoutez, vous savez parfaitement bien que les saintes écritures prescrivent ce comportement pour une femme envers son mari. Par conséquent, je le suivrai jusqu’à la fin de cette vie -et dans la suivante. »

Son fils se révolta. Il implora sa mère de les accompagner pour s’occuper d’eux dans leur retraite. Il les protégerait contre d’éventuelles bêtes sauvages qui peuplaient la jungle et leur trouverait la nourriture de tous les jours. Pourquoi devait-il subir ce sort, pourquoi l’abandonnait-elle ? Mais elle le raisonna avec affection.

Ganesh, le premier des dieux

La suite de ce texte avec :
 

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