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Le blog de Maroudiji

Les grands enjeux de société et les idées qui en font la trame, avec humour, passion et gravité.

Il faut tuer Bhisma

L’impasse générée par Bhisma
ou comment tricher pour s’en sortir.

Duryodhane, au début de la Bhagavad-gita, s’adressant à son maître d’arme, Drona : « On ne peut mesurer nos forces, que protège parfaitement Bhisma, l'ancien, tandis que les forces des Pandava sont limitées, puisqu'elles n'ont pour les défendre que les soins de Bhima. » ( Bg 2.10)

Discussion entre les Pandava et Krishna pour résoudre le problème de la présence de Bhisma dans le camp adverse

Plus tard, à la veille du dixième jour de la bataille, durant un conciliabule tenu d’urgence par le roi Yudhistir, Krishna réitérera qu’Arjuna est le plus puissant des guerriers des trois mondes. Dans le même souffle il avoue cependant, l’indestructibilité de Bhisma.

Les Pandava se trouvent donc dans une impasse; Bhisma est en train de décimer leur armée et chaque jour qui s’écoule semble attiser sa colère. La seule personne capable de stopper sa furie est Arjuna. Pierre d’achoppement : celui-ci a un respect indéfectible pour l’Aïeul qui l’a élevé comme un fils. Par conséquent il ne peut se décider à le tuer, et ce malgré l’engagement pris envers ses frères et Krishna surtout, quand celui-ci a accepté de devenir son cocher.

Dans ce cas, Krishna, dépité par les tergiversations de son ami, se propose d’accomplir lui-même cette tâche, mais ni Yudhistir, ni Arjuna ne veulent le voir briser sa promesse de ne pas combattre. Ils y attachent une grande importance.*

Yudhistir ne veut pas que Krishna combatte

Quant à Bhisma, il sait très bien que si Krishna l’attaque, il ne sera pas en mesure de lui résister. Oh  qu’il serait heureux que les choses finissent ainsi ! Quitte à faire mentir le proverbe. Bhisma est aussi un grand sage.

Mais Yudhistir a donné sa parole. Il se tient garant de ce que Krishna ne prenne pas les armes. Il est réputé pour ne jamais manquer à sa parole, c’est pourquoi un autre de ses noms est Dharmaraja (le roi de la justice).
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* En effet, à lui seul, s’il le fallait, Krishna pourrait en finir instantanément avec les belligérants, mais le destin a été écrit autrement.   

 

Conciliabule entre les Pandava et Bhisma


« Sikhandi perce de flèches acérées l’aïeul des Bharata.
Pensant à sa nature féminine, celui-ci ne bronche pas. »

Livre VI, La chute de Bhisma

S’étant mis d’accord pour rencontrer l’Aïeul, les Pandava se rendirent en pleine nuit dans le camp adverse sans armure et sans arme. À la vue de l’illustre compagnie qui se dirigeait vers la tente de son maître, le gardien fixa sa torche sur un support et se hâta de le prévenir.

Bhisma congédia son médecin qui lui pansait les plaies et, se dressant sur son séant, pria les invités d’entrer. Inutile de souligner l’amour profond que portait Bhisma pour Krishna et les Pandava, tout comme la joie qu’il éprouva à ce moment. Mais l’heure était trop grave pour se laisser aller aux effusions du cœur.

Il faut savoir qu’après les combats, au coucher du soleil, l’animosité n’a plus lieu d’être entre soldats ennemis, souvent membres d’une famille élargie, qui se rencontrent pour discuter et se divertir avec des jeux. La plupart d’entre eux font la guerre par devoir et non par haine. (Food for thought.)

« Que me vaut l’honneur de cette visite ? » s’enquit Bhisma, faignant l’innocence. Les Pandava l’entourèrent respectueusement tandis que Krishna gardait la porte afin que la teneur de la discussion ne soit pas éventée. Les espions étaient partout et déjà l’un d’eux avait prévenu Duryodhane de cette visite impromptue entre puissants, pour le moins suspecte.

Avec l’humilité qui sied à son notable caractère, Yudhistir prit la parole : « Ô Seigneur des Kuru, il est impossible de continuer la guerre dans ces conditions, trop d’hommes tombent chaque jour à cause de nous. Vous savez très bien que je suis prêt à me retirer dans la forêt et à renoncer à mon titre royal si vous le jugez bon, mais il semble que le destin en a décidé autrement. Vous, qui êtes un puits de science et connaissez depuis si longtemps les lois qui régissent les affaires de ce monde, révélez-nous, à moi et à mes frères, le moyen de vous neutraliser, car sans cela il est impossible d’obtenir la victoire et de récupérer notre légitime royaume. Même si les dieux s’unissaient aux démons, ils ne pourraient vous vaincre. N’avez-vous pas promis de nous aider en dépit de votre allégeance envers Dhritarastra et son fils ? »

Bhisma livre son secret

Bhisma, transpercé de flèches par Arjuna et Sikhandi (ex-femme).

« Tu es sage Yudhistir d’être venu me voir, lui répondit tranquillement Bhisma, car tu sais que je suis invincible tant que j’ai une arme en main. Si tu l’avais ignoré, la guerre aurait continué et vous n’en seriez pas venus à bout. Maintenant je vais vous donner purement et simplement le secret pour qu’Arjuna puisse m’abattre. Moi, mis hors d’état de contrarier vos plans, vous pourrez détruire le reste de l’armée. Écoute bien ce que je vais te dire mon enfant, il en va de votre futur dans cette guerre. J’ai juré que jamais je ne me battrais contre ce Sikhandi, le fils de Drupada, à cause de son identité, féminine. Dans sa vie antérieure, il était une femme du nom de Amba. Cette Amba est devenue Sikhandi. Mais Sikhandi est une femme... Si demain, ce puissant guerrier entrainé par Drona se présentait à moi pour me défier, alors je poserai les armes. C’est là le secret qui vous permettra de me tuer. Arrangez-vous pour que Sikhandi réussisse à venir jusqu’à moi. Car vos adversaires feront tout ce qui est en leur pouvoir pour qu’une telle situation ne se produise pas. Arjuna devra cesser tout autre engagement et se consacrer uniquement à cette tâche ingrate (il posa alors son regard sur Krishna)*. Il accompagnera Sikhandi et se placera derrière lui au moment opportun. Quand il verra que j’ai laissé tomber mon arme, il devra tirer ses flèches et m’atteindre mortellement. Sauf Krishna ou Arjuna personne d’autre ne peut accomplir cet exploit, personne ne peut me nuire physiquement.

Allez en paix maintenant, vous savez ce qu’il vous reste à faire.»
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* Il se doutait qu’Arjuna se rebifferait mais, comme il l’avait fait au début de la Bhagavad-gita, Krishna devra le convaincre d’agir à nouveau et de mettre ses sentiments de côté.

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Amba, jurant de se venger, deviendra Sikhandi et provoquera la mort de Bhisma
Amba, jurant de se venger.

 

Sexe et généalogie

Généalogie. Les enfants de Vyasa: Dhritarastra, Pandu et Vidura

Il est bon de rappeler que Bhisma, fils de la déesse du Gange et du roi Santanu, jura de ne jamais se marier et de n’avoir aucune relation sexuelle avec une femme, cela, pour avantager son père qu’il aimait plus que tout. Donc lui-même n’aura jamais d’enfants. À la mort de son père, Bhisma dirigera le royaume jusqu’à ce que ses deux demi-frères atteignent l’âge des responsabilités. Malheureusement, le plus grand, Chitrangada, mourut durant un duel. Quant à Vichitravirya, bien qu’il ait vécu pendant sept années en compagnie de deux très jolies princesses, Ambika et Ambalika (deux sœurs, dont l’une avait été la femme de son frère), ces noces interminables lui faisant oublier ses devoirs, il ne laissa aucune descendance et mourut d’une maladie qui mit fin à l’hyménée paradisiaque. Bhisma se retrouva à nouveau avec le royaume sur les bras et sans successeur. Sa mère, Satyavati, avant de se marier, avait eu une relation sexuelle avec le grand Parasurama, et de cette union naquit Vyasa (le narrateur du Mahabharata, ce que vous lisez là). Satyavati exigea de son fils qu’il procrée à travers ses brus, selon la coutume. Lorsque Ambika mit au monde un enfant aveugle, déçue, elle redemanda à Vyasa d’aller encore une fois la visiter. Mais c’en était trop pour la jeune femme qui répugnait à coucher avec cet individu quasi nu et couvert de poils. Pour échapper à son sort, elle déguisa en princesse une servante et la substitua à sa personne. Le sage, minant d’ignorer la ruse, fut néanmoins satisfait par la gentillesse et la prédisposition de cette dernière, contrairement aux deux précédentes expériences : quand la première fois il était entré dans la pièce pour déposer sa semence dans le ventre d’Ambika, celle-ci fut si dégoûtée par son physique qu’elle ferma les yeux durant toute sa présence. Plus tard, quand il revint pour sa sœur, Ambalika, elle eut si peur de lui qu’elle en était devenue toute blanche. L’enfant, pour cette raison, vint au monde avec une couleur de peau pâle, d’où son nom, Pandu. On appela Vidura la progéniture issue de la servante. À cause de sa condition, il n’aura pas droit au titre de roi.

Généalogie. Santanu, Bhisma et Vichitravirya

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Et plus encore sur cette histoire :
Ou pour en savoir plus sur Bhisma :

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