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Publié par Laziz

Les malheurs de Draupadi, l’héroïne du Mahabharata et les cinq Pandavas

Les femmes sont dangereuses. Elles le sont d’autant plus qu’elles sont indispensables au bon déroulement de la société. La Bhagavad-gita dit qu’elles sont essentielles et que maltraitées ou négligées, il en va du bien-être de tous.* Un oiseau ne peut voler d’une seule aile...

Quoique nous sachions ces vérités, nous continuons, décennie après décennie, à sous-estimer la place que la femme occupe parmi nous et souvent même à la traiter comme une quantité négligeable. Combien de fois ai-je entendu des hommes plaisanter entre eux sur le dos de leur femme de manière ignoble. Pourtant ils ne détestaient pas profiter de leur corps. Il me suffisait cependant de m’objecter pour qu’ils changent d’attitude et me donnent raison. Mais c’est une seconde nature chez eux, ce persiflage est ancré dans leurs mœurs.

Une femme dans un couple, quand elle est dévouée et intelligente, est aussi une grande amie de tous les instants. Amie, dans le vrai sens du terme, qui ne nous abandonne pas dans les moments difficiles. Au contraire, elle nous permet de surmonter les obstacles qui se dressent irrémédiablement durant le cours de notre vie. Je parle en connaissance de cause. Si une femme n’est pas heureuse dans son milieu, je ne donne pas cher de celui-ci.

La femme fatale-mahabharataÉvidemment, les femmes, comme les hommes, ne sont pas égaux entre eux, contrairement à la rhétorique que l’on fait courir. Draupadi possède toutes les qualités d’une grande reine. C’est d’elle que je voudrais vous parler, l’héroïne du Mahabharata. En comprenant le rôle crucial qu’elle y joue, le lecteur tranche le nœud gordien et peut lire le Mahabharata avec plus de délectation.

Draupadi est une femme puissante, d’une puissance telle qu’on a du mal à se l’imaginer. Elle peut tout détruire, littéralement ! D’ailleurs, elle le fera. Il y aura des millions de morts. Sa naissance extraordinaire n’a d’autre but que d’en terminer avec la morgue des militaires. Dans sa vie précédente, elle désira de tout son être un mari aux qualités exceptionnelles. Quand à force de pénitence le Seigneur Shiva lui apparut, émue, elle bégaya, répétant à plusieurs reprises qu’elle voulait un mari. Shiva en conclut qu’elle en aurait cinq ! On ne va pas contre le destin ; c’est ce fil rouge que l’on doit suivre en lisant le Mahabharata et particulièrement dans la scène que je vais vous décrire, lorsque son mari Yudhistir la perdra au jeu, s’il en fut. 

TOUT VIENT DE L'INDE
J’ai un djinn qui me tourne autour et qui ne cesse de souffler à mon oreille que tout vient de l’Inde. Hier, j’ai écouté Jean-Paul Demoule sur France-Culture. Avec l’animateur, ils discutaient des Indo-Européens. Ils ne pouvaient prendre en considération l'hypothèse que, si des bribes de la langue sanskrite se retrouvent dans toutes les langues européennes, l’Inde ait pu prédominer culturellement cette partie du monde; c’est pour cela que dans « Indo-Européen », Inde vient en premier. Quand ils découvrirent le prestige et la science que recélaient la grammaire et la littérature sanskrites, les Allemands et les Français se sont mis à rêver que leurs ancêtres provenaient de l’Inde. D’où les fameux Aryens auxquels ils s’identifièrent, surtout les Allemands. Aujourd’hui encore, beaucoup d’entre ces derniers se définissent comme des Aryens!  Ne leur demandez pas ce que cela signifie à leur entendement, ils ne le savent pas…

Tout vient de l’Inde. Mon djinn prétend que c’est l’antithèse au racisme puisque les Aryens sont originellement de l’Inde et que les soi-disant Aryens ayant envahi les plaines du Gange ne sont qu’un délire raciste qui peine à mourir. (Pour en savoir plus sur Demoule et son livre sur les Indo-Européens, j’en ai fait le tour pour vous ici : )

Au musée des Beaux-arts de Montréal, une œuvre explique que le jeu d’échec vient de l’Inde. En fait, le jeu y était un défi existentiel qui canalisait l’orgueil et la passion des guerriers et des rois. On y jouait aux dés depuis le début des temps. Shiva, qui est le plus grand des dieux, est souvent dépeint en train de lancer les dés avec sa femme. Après avoir entendu l’histoire de Draupadi, vous pourrez mieux vous faire une idée des mises qu’ils jouaient, telles la construction et la déconstruction des mondes, vu que Shiva en est la déité responsable : il détruit le monde durant sa dance cosmique. L’exclamation d’Einstein, « Dieu ne joue pas aux dés » et la répartie de Niels Bohr, « Qu’est-ce que vous en savez de ce que fait Dieu ? » prennent tout leurs sens ici : Dieu joue aux dés ! Yudhistir est une incarnation du dharma, de la religion, et il misera toutes ses possessions au jeu : il perdra tout. « Le destin, laissera-t-il tomber, fataliste, avant de quitter pour l’exil en forêt, nous ravit la raison comme une lumière vive aveugle les yeux. L’homme est sous le pouvoir de l’Ordonnateur comme s’il était ligoté par les ficelles de lois invisibles. »

Le jeu se confond avec le destin, et avec le sacrifice. Jeu, destin, pouvoir et sacrifice s’accomplissent dans le lieu spécialement construit pour cela, appelé la sabha.

Les malheurs de Draupadi, l’héroïne du Mahabharata et les cinq Pandavas

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* Bhagavad-gita 1-40 et 41

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