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Publié par Laziz

« C’est faute d’avoir mis ces points en lumière qu’on a tout compris de travers. »
René Daumal

Christian Bobin, écrivain et poète publie dans le monde des religions à propos de Dieu vu par la poésie

Quand la beauté du monde pousse à l’humilité et à s’interroger sur la pertinence de l’existence d’un Poète suprême… L’écrivain publie alors dans Le monde des religions pour étaler la divine ordonnance de sa confusion, genre : « Les saints surgissent de leurs écrits le visage barbouillé du miel des lumières, comme des ours de l’absolu. » Dixit, Christian Bobin.

Il ne faut certes pas se leurrer, les gens de bonne intelligence ne croient plus en rien, et le crient haut et fort. Il ne reste que les égarés du Saint-Esprit et les coureurs de métaphysique, qui ne sont pas moins intelligents, loin de là, mais ils rêvent d’un Nouvel-âge conciliateur et serein, sans hiérarchie, plat comme un horizon absolu baignant dans une lumière et un silence qui parlent à leur ego un langage intraduisible, compris d’eux seuls.

Mais, puisque Dieu et son aura cosmique sont indépassables, incontournables, il faut bien que les rationalistes fassent avec ces représentations archétypales irrésistibles. Alors ils niaisent et se disent volontiers spirituels; la poésie étant, en effet, toute indiquée pour l’exercice de la transcendance, ce que les esthètes désignent sous l’expression d’art abstrait.

Christian Bobin, écrivain et poète chez Gallimard, commence ainsi sa chronique : « Malheur à vous qui avez fait du Christ un fils de bonne famille. Les saints et les joueurs ne sont pas des gens convenables. C’est pourquoi les connaître donne tant de joie. » Il est nécessaire, toutefois, que ces révoltés soient morts. Ils procurent de la joie uniquement quand ils sont morts. De s’exclamer alors avec admiration : « Ah, les poètes maudits ! Ils sont l’âme de nos sociétés. » Mais qu’un Christ surgisse à nouveau et il passera sans aucun doute un mauvais quart d’heure…

Thelonious Monk et charlie hebdoSon idole, à Christian Bobin, c’est Thelonious Monk « qui a fini ses jours dans un appartement New-yorkais, au milieu d’une centaine de chats regardant les étoiles… »

Même si cet excellent jazzman fut dérangé mentalement, au point de se retrouver à plusieurs reprises à l’hôpital psychiatrique, Bovin, dans son attraction pour le sublime, insiste : « Ce n’était pas de la folie. La folie est un bêlement d’agneau égaré. » Monk ne bêlait pas. Mais il avait cessé de jouer du piano et ne parlait quasiment plus. C’était plutôt « la paix immense que savent les nouveau-nés. » Il avait, selon notre poète, atteint le samadhi, le nirvana, en quelque sorte.

Dieu, son fils Jésus, le silence et la joie, à la rigueur la musique spirituelle des boîtes de nuit, les chats qui regardent en communion le ciel étoilée, etc., nous baignons dans une atmosphère mystique et lumineuse, grâce au magazine du Monde des religions. « Je crois au Dieu, écrit Bobin, qui fait briller les poils des chats et les yeux des vieux pianistes de jazz. [---] Nous sommes des brouillons de poème, les tentatives que fait Dieu pour prendre l’air. »

Que c’est beau, n’est-ce pas ? La poésie, on le voit, peut se permettre de dire tout et n’importe quoi mais d’une manière beaucoup plus civilisée que Charlie Hebdo. La clef pour entrer dans les limbes du sublime, il nous la donne en plein dans le mille : « Je ne crois pas à ce que l’on me dit. Je crois à la manière dont on me le dit. Je crois à la vérité inexprimable des souffles. »

Je propose régulièrement la lecture de la Bhagavad-gita ou du Mahabharata. Dans ces textes sacrés connus de tous les grands hommes, on nous y instruit à propos de Dieu comme jamais dans l’histoire de l’humanité les saints et les prophètes ne le firent. Mais les réponses dignes de ce nom que l’on me destine la plupart du temps ne sont guère reluisantes, je dirais qu’elles sont la preuve qu’il n’y a plus grand intérêt dans le savoir et l’histoire des anciennes civilisations. La réponse de Bobin est une illustration parfaite de ce schème. Lisez : « Ce qui peut être expliqué ne mérite pas d’être compris. Je crois que nous passons le meilleur de notre vie à construire des fenêtres pour encadrer le vide et c’est la plus belle partie du conte de fées. »

Son idole, à Christian Bobin, c’est Thelonious Monk « qui a fini ses jours dans un appartement New-yorkais, au milieu d’une centaine de chats regardant les étoiles… »

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* Des yeux, des mains, un souffle.

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