Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Laziz

Une des grandes figures héroïques du Mahabharata est l’incontournable Karna.Je veux vous parler du dharma et des bonnes manières, suite à la réplique d’une personne qui dénigrait le fait que la Bhagavad-gita puisse avoir une rapport quelconque avec une conduite respectueuse dans nos échanges.

Son commentaire, ici, m’étant adressé : « Mes plus plates excuses, j'avais innocemment pensé que vous compreniez quelque chose à ce que vous professez. Ceci dit, si cet ouvrage enseigne les bonnes manières, vous aurez compris que je ne suis guère intéressé, j'ai toujours préféré le fond à la forme. Sinon et si vous n'y voyez pas d'inconvénient, j'en profite pour glisser une de mes traductions directe du sanskrit (que je parle couramment). Vous m'en direz des nouvelles, c'est du lourd ! Au plaisir... »

Karna, abandonné par sa mère, la princesse KuntiUne des grandes figures héroïques du Mahabharata est l’incontournable guerrier qu’est Karna. Les Hindous d’aujourd’hui, en grand nombre, l’adorent ; ils ne jurent que par lui. Abandonné à sa naissance de sa mère la princesse Kunti, à part Krishna et deux ou trois sages, nul ne connaît ses origines. Elles seront gardées scrupuleusement secrètes jusqu’à la fin précoce de la vie Karna. Mais ce guerrier dans l’âme, venu au monde avec tous les signes distinctifs d’une personnalité exceptionnelle, s’avère animé d'une force prodigieuse et l’égal d’Arjuna au combat et en beauté physique. Seul contre tous, contre le système, en l’occurrence les classes sociales, sinon contre son destin tragique, Karna est un homme blessé qui cherche désespérément sa place.

Parasurama et son disciple KarnaJeune, il avait approché le plus grand instructeur en art martial et en dharma de son temps, Parasurama. Mais pour recevoir l’initiation, il lui ment quant à ses origines. (Parasurama ne divulguait pas son savoir aux ksatriyas.) À la fin de l’enseignement, le maître s’aperçut de la malhonnêteté de son disciple et s’en froissa. Pour ce mensonge, son étudiant ne pourra pas jouir des pouvoirs qu’il a appris quand l’occasion cruciale se fera sentir ; il ne se souviendra plus des mantras pour invoquer les armes formidables.

Le prince Duryodhane avait tout de suite vu en Karna, dès le premier jour, un allié inestimable et un adversaire digne des Pandavas. Son intuition ne le trompera pas. Karna demeurera son ami fidèle, contre vents et marées, jusqu'à la dernière minute de sa vie. Le moment venu, alors que la guerre fait rage, il sera tué par Arjuna. La manière dont il a été assassiné, avec l’aide de Krishna, est un grand sujet de discorde parmi les admirateurs du Mahabharata.

Krishna essayant de ramener Duryodhane à la raison pour éviter la guerreTout le monde sait, cependant, que Duryodhane a l’esprit mal tourné et que son fond, son âme, son être tout entier est envahi par quelque influence démoniaque. D’ailleurs, cette occurrence s’est faite jour dès sa naissance, quand les sages présents demandèrent à ses parents de se débarrasser de cet enfant qui allait causer la perte de la dynastie. Ils ne les écoutèrent pas.

Beaucoup plus tard, lors d’un jeu de dés pipé (bonjour le dharma) qui consistait à déchoir de leur position les Pandavas, véritables héritiers du trône, trône qu’ils étaient prêts cependant à partager avec leurs cousins, ces derniers, après les avoir injustement dépossédés de leurs biens, voulurent se moquer d’eux, publiquement, en déshabillant leur femme, Draupadi, à la vue de tous, agissant comme le chien à la queue coupée qui n’a aucune gêne à exposer son derrière.

Les démons ( asuras ) sont tellement sûrs d’eux qu’ils se croient tout permis et se conduisent comme des lâches. En position de force, ils pensent que la supériorité peut faire fi des lois du karma, de la morale et de la bienséance, et ainsi ils humilient, insultent, frappent et volent ceux qui se trouvent sur leur chemin, ceux qui sont en position d’infériorité.

Et ils trouvent cela normal de détruire, piller et massacrer les plus faibles pour accroître leur territoire ! Ils vous disent que c’est la loi du plus fort qui est juste, pas le dharma…
Tiré de la BD Gengis Khan de Denis-Pierre Filippi, Manuel Garcia, & Marie Favereau

Et ils trouvent cela comme allant de soi que de détruire, piller et massacrer les plus faibles pour accroître leur territoire et leurs richesses ! Ils vous disent que c’est la loi du plus fort qui est juste, non le dharma… Nos ancêtres ont agi ainsi, continuent-ils, et nous sommes fiers d’eux, nous sommes fiers de la civilisation qui est née de ces violences diaboliques ! Il faut voir le bon côté des choses et non pas seulement les destructions et les horreurs. Elles font certes partie du monde ; mais elles ne sont pas le monde. Il faut aller de l’avant, le futur attend l’Homme nouveau.

Mais ici, dans cette scène du Mahabharata, c’est Karna le grand, celui qui est adoré de nos jours par des millions d’Indiens, celui qu’ils considèrent supérieur à Arjuna, physiquement et moralement, et bien c’est ce Karna qui va inciter ses compères à humilier cette immense femme, Draupadi, la plus belle d'entre toutes. Il va exiger qu’on lui retire son sari et qu'elle reste là, toute nue, au milieu de l’assemblée ; il désire qu’elle soit dorénavant considérée comme une servante ( genre esclave, catégorie dont nous sommes plus accoutumée ) et, pourquoi pas, une fille de joie…

Karna insiste pour mettre toute nue Draupadi, la femme des Pandava

Ces guerriers présents, au côté du roi, qui se moquent du dharma et des bonnes manières, ( et qui ont des millions d’admirateurs, certainement plus nombreux aujourd’hui qu’avant ), ne réussiront pas à mettre ce plan honteux à exécution. Mais cette séquence du jeu de dés dans la sabha est la goutte qui fait déborder le vase et conduira les Kuru à leur destruction totale par la guerre.

Et après on vient nous dire que l’on connait le sanskrit et que les bonnes manières n’ont rien à voir avec la Bhagavad-gita…

______________

Et plus encore sur Karna ici :

Commenter cet article