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Publié par Laziz

« Quand on demandait à l'illustre indianiste Eugène Burnouf quels étaient
les livres sanscrits dont la traduction lui semblait le plus utile,
c'était le Mahabharata qu'il désignait d'abord. »
Philippe Édouard Foucaux (1862)

Les démarches de Krishna pour la paix.
Krishna se rend à la cour du roi Dhritarastra Mais avant d’en arriver là, avant que les événements ne se précipitent et explosent, Krishna décida, en politicien habile, d’aller rencontrer Duryodhane et ses frères et de les convaincre d’accommoder les Pandavas. Il fut reçu à la cour selon le rang qui lui était dû. Il s’adressa au roi : « Maharaja Dhritarastra, je désire la paix et le bonheur pour ta famille et les Pandavas. Tâchons de trouver ensemble une solution honorable pour que les cousins se réconcilient. Les Pandavas veulent la paix, mais ils sont prêts à la guerre si les circonstances l’exigent. » Ensuite il s’adressa à son fils, Duryodhane: « Écoute-moi et tu ferais mieux de suivre mes conseils, car c’est pour ton bien que je te parle: fais la paix avec tes cousins et donne leur la moitié du royaume qui leur revient. » Dhritarastra, qui adorait Krishna et le respectait au plus haut point, approuva ses conseils et encouragea son fils à les accepter. Sous l’influence des paroles de Krishna, il réalisait maintenant la destruction imminente qui attendait son royaume et sa famille s’il refusait. Devant l’air renfrogné de Duryodhane, Krishna poussa l’offre plus loin : « Si tu ne veux pas retourner le royaume à tes cousins, donne leur au moins cinq villages et je suis certain qu’ils se contenteront de ce partage. Cela nous évitera un bain de sang fratricide. » Têtu, fils gâté par ses parents et rempli de morgue, il s’écria: « Non, ils n’auront rien du tout, même pas un mètre carré de terre, même pas le grain de sable que l’on pourrait faire tenir sur la pointe d’une aiguille! » Après avoir jeté ces mots à la figure de Krishna, il quitta les lieux, bouillonnant de colère.

 

Le plan diabolique
Il s’en alla accompagné de Karna et de deux autres phénomènes on ne peut plus corrompus, son oncle Shakuni et son frère Dushasana. « Krishna se veut soi-disant impartial, maugréa-t-il, libre enfin d'exprimer ses ressentiments, mais comment peut-il l’être quand Arjuna est son ami ainsi que son cousin préféré? Et il est venu ici pour dicter notre conduite! A part vous trois, personne ne veut voir clairement les circonstances qui nous ont mené à cette situation intenable. Quand les rishis ont ramené les Pandavas de la forêt avec leur mère, suite à la mort de Pandu, nous les avons reçus selon la dignité de leur rang et nous leur avons accordé tous les privilèges princiers. Entre cousins et à un si jeune âge, il était tout naturel que nous jouions ensemble. Mais cet idiot de Bhima n’a eu de cesse de nous provoquer et de nous chercher des poux jusqu'à ce que mes frères le haïssent à mort. S’ils étaient perchés sur un arbre, il le secouait pour les faire tomber; s’ils se divertissaient au bord d’une rivière, il les précipitait dedans; s’ils faisaient du cheval, il les désarçonnait. Depuis qu'il est arrivé au palais, il s’est toujours comporté comme une brute. Et puis à qui la faute si leur père a renoncé au royaume pour aller vivre dans la forêt?! D'une façon ou d'une autre, c’est le mien qui a été choisi pour gouverner! Bhisma,
l’aïeul, pensait naïvement que le temps résoudrait les problèmes. Ne suis-je pas l’aîné de la famille?! Mais parce que Yudhistir est plus vieux que moi, je devrais me désister de la couronne, allons-donc ! Mon père est aveugle, soit, mais je ne le suis pas! Ce Krishna est un politicien, un magouilleur! Pourquoi les fils d’un roi mort devraient gouverner alors que mon père, même aveugle, est vivant et qu’il est le maître d’un empire! En plus, le peuple l'a toujours perçu comme un roi bon et juste. Ma mère, la reine, est un parangon de vertu. Pourquoi faire fi de cette transmission naturelle qui veut que le roi lègue à son fils aîné le royaume? Pourquoi encourager ces comploteurs, qui vivaient cachés dans la forêt ? Ce ne sont même pas les fils légitimes de Pandu! Allons, cessons ces manigances sans fin! Vois donc comment toi, Karna, dont les qualités princières sont manifestes, tu as été dénigré par Bhisma et Bhima au svayamvara de Draupadi, le jour de la cérémonie de son mariage! Décidément, ce Krishna est un agitateur qui ne désire qu’avantager ses cousins. Finissons-en avec lui! Écoutez-moi, leur dit-il, en se rapprochant d’eux pour éviter les oreilles indiscrètes. Pendant qu’il est là, nous allons l’arrêter et le garder prisonnier. De cette façon, les Pandavas perdront leurs espoirs. Désemparés, ils seront bien obligés de renoncer à leur plan. Car c’est Krishna seul qui est derrière tous ces stratagèmes. Sans lui, ces orphelins ne se monteraient pas la tête ainsi. La preuve, Yudhistir continue de respecter mon père comme il se doit et comme il l'a toujours fait. Écoutez, capturons-le Krishna et jetons-le derrière les barreaux! Une fois à l’ombre, tout s’arrangera après ça, vous verrez. » Malgré les précautions qu’ils prirent pour garder le secret entre eux, les préparatifs liés à cette conspiration éveillèrent le soupçon des espions et l'intrigue parvint aux oreilles de Krishna. Il quitta promptement le palais.
 

Karna, adorant le soleil et rencontrant sa mère pour la première fois.
Le dernier espoir anéanti, la guerre restait l'ultime recours. Kunti fut si perturbée qu’elle n’en dormit pas toute la nuit. À cause d’elle, Karna, son cher fils, allait se battre à mort contre ses frères. Elle décida donc d’aller le rencontrer et de lui révéler la vérité pour renverser le cours tragique des événements. Yudhistir, grand et juste comme il est, pensa-t-elle, lui cédera sur le champ la place qui lui revient. Elle trouva Karna sur le bord du Gange, assis en méditation, la face tournée vers le soleil, à l’heure brûlante du zénith.

 

Tous les midis, il adorait ainsi le soleil, cette déité qui était aussi son père. À la fin du rituel, Karna aperçut une femme qui l’observait. Il avait l’habitude au terme de sa méditation de combler le vœu de quiconque en faisait la requête. C’est d’ailleurs à la suite de cette règle volontaire qu’il suivait strictement, qu’Indra, déguisé en brahmana vint lui demander les parures divines qui ornaient son corps depuis la naissance. Grâce à elles, il était invincible. Dans sa grandeur d’âme, il les céda sans hésitation alors même qu’il suspectait un être envieux derrière cet accoutrement. Quant à Kunti, dès qu’ils se reconnurent ils tombèrent dans les bras l’un de l’autre, s’embrassèrent et pleurèrent de joie pendant un long moment. Puis il se reprit et confia à sa mère : « je sais tout à propos de ma naissance. Krishna me l’a dit hier. Ne parlons pas de cela, je t’en prie. C’est un triste chapitre que le nôtre, mais j’ai tourné la page. Je veux plutôt me réjouir de ses instants heureux, en silence, ma tête posée sur ton sein. » Ils étaient tous deux assis à même le sol, savourant ce moment de bonheur filial et maternel, avec pour seul témoin, son père, le soleil qui partageait leur félicité. Mais alors, se rappelant son vœu indéfectible d’accorder des bénédictions immédiatement après son adoration, il dit soudain avec enthousiasme : « Mère, pourquoi es-tu venue me voir ? Demande-moi ce que tu veux, je te l’accorderai. -Mon fils, si tu combles mon désir, une gloire immense t’attend. Je veux que tu viennes avec moi et que tu rejoignes tes frères, ils seront heureux de te servir en tant que leur aîné... » Karna l’interrompit : « Tu n’es pas consciente de l’humiliation et l’injustice que j’ai subies toutes ces années. Je suis peut-être ton fils mais ma mère adoptive est Radha; c’est elle qui m’a élevé et m’a soutenu par son amour. J’en suis très fier. C’est Duryodhane qui a été pour moi un frère et un ami; c’est lui qui m’a réconforté et aidé en dépit de ma condition sociale. Alors que ton fils, Bhima, et ta belle-fille, me reléguaient en public au rang de caste inférieure, lui m’a jugé honnêtement, selon la valeur de ma personnalité, sans les préjugés bêtes et méchants qui font l’apanage des ignorants. Ces gens adhèrent à des principes de caste erronés qui font le malheur de la société, et qui ont fait le mien. Ils prétendent que la valeur d’un homme se juge par les liens du sang et non à ses qualités humaines. Ils ne m’ont même pas donné une chance de démontrer mes talents, bouffis d’orgueil qu’ils sont de par leur lignage. »

Les adieux affectueux de Karna à sa mère
« Les vrais parents, la vraie qualification, les mérites, l’amour ou les amitiés sont la manifestation des actes et des pensées d’un individu et non pas des privilèges de naissance ou de caste. Qu’on ne vienne pas me dire ensuite qu’ils sont mes frères! Toutes ces tribulations sont encore fraîches dans mon esprit. Non, mère, je ne peux pas dévier des lois du dharma, de la justice et de l’honnêteté. Je suis désolé pour toi et mes nouveaux frères. N'exige pas que je renonce à mon intégrité. Comment pourrais-je penser, ne serait qu'un instant, à abandonner Duryodhane dans un moment aussi grave ? Ma dette est si grande envers lui que je ne pourrais pas la payer, même au prix de ma vie. Mère, s’il te plaît, pardonne-moi. » Kunti pleurait et Karna joignit ses larmes aux siennes. Après un long moment, il se recomposa et essuya le visage de sa mère : « Cesse de pleurer maintenant, bénis-moi plutôt, que je demeure ferme dans mes devoirs, que je ne faillis pas aux règles du dharma. Mes implications avec Duryodhane et sa famille, qui ont été si généreux avec moi, m’interdisent d’accéder à ta demande. Mais ne crains rien chère mère, Krishna est avec eux, rien ne peut leur arriver de sinistre. Je suis désolé de ne pouvoir complaire à ton souhait. Je m’engage cependant à faire une chose pour toi, de ma propre initiative, puisque selon ma promesse je dois remplir le vœu de celui qui en formule un après ma méditation sur le soleil, de ce fait, tu ne partiras pas désappointée. Je te promets donc que je ne toucherai pas à un seul cheveu de tes fils, sauf Arjuna. Avec lui, c’est un combat à mort qui nous attend. Et je ne lui ferai aucun cadeau après ce que j’ai enduré par sa faute et celle de Draupadi. Soit il me tue, soit je le tue. Pour moi, d’une façon ou d’une autre, cela ne fait aucune différence. Que je le tue ou que je sois tué, c’est l’immortalité qui attend le combattant qui meurt sur le terrain de bataille. Le sort en a décidé ainsi. Il n’y a pas de place sur terre pour nous deux. Désolé, mais je ne peux t’accorder plus que cela. Ce serait une grande peine que je ferais à Duryodhane s’il venait à apprendre que je viens de prendre cette décision. Tu as cinq fils, et bien si l’un des deux, Arjuna ou moi meurt, tu en auras toujours cinq. » Il la prit tendrement dans ses bras et lui dit : « Chère mère, la destinée est toute puissante, qui peut changer le cours du karma ? Ce qui doit arriver arrivera. Sois miséricordieuse et comprends ma situation. » Elle ne disait rien. Elle avait les yeux rougis par la douleur qui la grugeait en son âme et conscience. « Il faut que tu t’en ailles maintenant, les gens pourraient nous voir et cela créerait davantage de confusion. Je t’en prie, souhaite-moi d’atteindre les planètes édéniques, là où les héros trouvent leur place. C’est le souvenir que je veux garder de toi, d’une mère qui veut le bien ultime de son enfant. Va, maintenant, et adieu! ».

 

Draupadi, la femme fatale
Lorsque Krishna retourna au camp des Pandava et leur apprit la nouvelle de son échec diplomatique, ainsi que l’intention des Kaurava de l’emprisonner, Yudhistir en fut choqué. En même temps, ce dernier réalisait le malheur et les souffrances qui les attendaient tous. Bhima, au contraire, sautait de joie comme un enfant. Il allait enfin pouvoir assouvir sa vengeance. Mais c’est Draupadi qui s’en réjouit le plus. N’avait-elle pas enduré les vexations au dépend de tous ? Comment oublier l’humiliation subi pendant le jeu de dés et qui la hanta pendant si longtemps? Le temps n’avait pas effacé le souvenir grotesque de Duryodhane et de ses frères, et Karna, la maltraitant comme une prostitué, alors même qu’elle avait été sacrée reine. Ses maris n’avaient pas sorti leur sabre, bien qu’ils auraient pu les envoyer tous dans l’autre monde à l’instant même où ils avaient levé la main sur elle. Le dharma! invoquait Yudhistir, le dharma les contraignait à laisser leur femme devenir l’objet de la vindicte la plus ignoble… Il est vrai cependant qu’il fallut retenir Bhima. Si ses frères ne l’avaient pas empêché, il les aurait transformés en une chair méconnaissable, et aujourd’hui ils n’en seraient pas là. C’est une hécatombe dans laquelle ces hommes maudits allaient être précipités, comme des animaux sur l’autel du sacrifice, entraînant avec eux des millions d’autres. Qui pourra arracher à Bhima sa promesse de tuer les cent fils de Dhritarastra? Cette malédiction est inscrite dans le ciel. Drona, le guru d’armes des cinq Pandava, en a paraphé le registre en envoyant ses élèves, à la fin de leur éducation, soumettre le fameux roi Drupada par les armes à sa volonté. Et régler de vieux comptes avec lui. Draupadi, la fille de ce monarque déchu à la suite de cette bataille, viendra au monde comme résultat de la vengeance de son père et pour éliminer de la surface de la terre la race des ksatriyas. Par le miracle de son apparition, on clôturait la fin d’un âge, celui du dvapara-yuga. Mais tout ce qu’avait désiré, en fait, Draupadi, dans sa vie précédente, c’était un bon mari; Shiva lui en a accorda cinq! Elle deviendra l’instrument du destin, à son corps défendant. La roue du karma est inexorable. Ces guerriers, en insultant cette femme née d’un sacrifice du feu, se sont jetés dans la gueule du loup, comme des papillons de nuit se jettent dans les flammes, attirés par la lumière. Leur heure a sonné.
 

La maison de laque
Retournons en arrière pour faire le point. Juste au moment où les Pandavas vivaient incognito dans la forêt avec leur mère, après que leur luxueuse résidence en bois, eut été brûlée par des mains criminelles. En fait, cette demeure avait été construite à leur intention par les soins de Duryodhane et les matériaux avait été enduits de laque, un vernis extrêmement inflammable. Celui-ci ne supportait plus leur présence à la cour et il avait été décidé, entre supérieurs, forcés par le roi et son fils, faudrait-il dire plutôt, qu’ils iraient vivre à Varanavata pour éviter les conflits entre cousins. Plus tôt, déjà, les princes Kaurava avaient tenté d’assassiner Bhima en empoisonnant sa nourriture et en le jetant ligoté et drogué dans la rivière. Leur plan diabolique n’eut cependant pas le résultat escompté sur cette force de la nature; au contraire Bhima sortit revigorer de cette expérience. Donc, pour éviter l’escalade de la violence, les Pandavas avaient accepté humblement de s’éloigner et de vivre dans la maison de laque. Grâce à Vidura, qui les avait prévenus à demi-mots du danger à venir, ils en avaient réchappé de justesse en creusant un tunnel sous la maison. Dorénavant, ils vivaient déguisés en brahmanas, toujours sous le conseil de Vidura, afin de ne pas être reconnus et qu’on les crut morts, réduits en cendre. Plus tard, alors qu’on ne pensait plus à eux, Vyasa viendra leur rendre visite pour confirmer une importante nouvelle qui devait les réjouir. Vyasa était leur grand-père. C’est lui, rappelons-le, qui engendra Pandu, Dhritarastra et Vidura; ces deux derniers étaient par conséquent leurs oncles. Comme son disciple Narada, Vyasa joue souvent le rôle de messager omniscient. (Et il est l’auteur de ce récit…)

 

Le mariage de Draupadi
Drupada était un roi puissant et honoré. Il avait une fille d’une beauté sans égale et dont la réputation ne manquait pas de titiller le cœur des hommes, particulièrement en la circonstance car il offrait sa fille en mariage. Selon une tradition, elle choisira elle-même son époux parmi les prétendants qui se seraient qualifiés à l’épreuve à l’arc. Des princes de toutes les régions de l’Inde étaient déjà en route vers son palais. Duryodhane et Karna ne manquèrent pas l’occasion de d’aller faire valoir leur force. Même Krishna et son frère Rama vinrent de Dvarka pour assister au tournoi mémorable, sans plus. ( C'est leur première apparition dans le MBh. ) Vyasa conseilla aux Pandavas d’assister à la cérémonie, déguisés, il va de soi. Drupada avait également un fils remarquable. Dristadyumna avait été longuement désiré et né lui aussi du même feu de sacrifice que sa sœur. Durant la bataille de Kurukshetra à venir, il deviendra le commandant en chef de l’armée des Pandavas. (D’où l’importance cruciale de se rallier ce roi de la province du Panchala.) Lorsque la cérémonie de la sélection de l’époux débuta, Dristadymna arriva avec sa sœur, l’excellente Draupadi, et la présenta à l’assemblée; elle était revêtue de toute la splendeur d’une reine et ses traits personnels rappelaient ceux de Lakshmi, la déesse de la fortune. Ensuite il révéla les conditions gagnantes pour obtenir sa main. L’épreuve consistait à empoigner un arc robuste posé à la vue de tous et d’atteindre une cible en hauteur, à l’aide de cinq flèches, à travers les rayons d’une roue qui tournait. Puis, s’adressant à sa sœur, il lui détailla le lignage de chaque prince en présence. Au moment tant attendu, les plus empressés d’entre eux et non des moindres se dirigèrent vers l’arc, mais ils ne purent même pas le soulever. Ce fut le cas, entre autres, de Jarasanda et de Duryodhane. Lorsque ce fut le tour de Karna, les Pandavas qui restaient en retrait, retinrent leur souffle. Il le leva sans difficulté. Il s’apprêtait à fixer ses flèches quand Draupadi se leva et déclara : « Assez ! Je ne marierai pas le fils d’un écuyer. » Outragé, Karna regarda un instant le soleil et jeta l’arc au sol. Cette insulte publique restera gravée à jamais dans sa mémoire. Le destin lui donnera bientôt l’opportunité de reprendre sa revanche. Lorsque tous les ksatriyas tentèrent leur chance, mais sans succès, parmi les Pandavas restés jusque-là discrets, Arjuna, vêtu tel un brahmana, empoigna l’arc et rapidement décocha cinq flèches qui atteignirent toutes leur cible. Devant un homme d’une telle aura, d’une beauté quasi divine, Draupadi n’hésita pas. Elle se leva et le guirlanda.

 

Draupadi et la polyandrie
A leur retour dans la forêt, les Pandavas trouvèrent leur mère occupée à l’intérieur de la maison. Avant même de traverser la porte, enthousiaste et pressé de lui annoncer la surprise, elle qui les avait encouragés à se rendre aux célébrations, Arjuna s’écria: « Mère, regarde ce que nous avons gagné! » Absorbée par ses travaux domestiques, Kunti ne prit pas la peine de se retourner, elle répondit simplement: « Partagez-le entre vous. » La parole d’une mère est absolue. Bien que la proposition fût incongrue, Yudhistir décida qu’il en serait ainsi, que l'on ne peut pas revenir sur la décision d’une mère, peu importe les circonstances. Avec la bénédiction de Vyasa, Draupadi devint la femme des cinq Pandavas. La seule condition que l’on posa à cette singulière union, c’est que Draupadi vivrait intimement avec l’un d’eux durant une année et que pendant cette période aucun des autres frères n’aurait le droit de pénétrer dans les appartements du couple, sous aucun prétexte, sinon il devra s'exiler pendant douze années dans la forêt et vivre en célibataire. (C’est ce qui arriva à Arjuna.) Ainsi on éviterait toute brouille qui risque de créer la bisbille entre frères, car nous avions là une situation explosive. Une femme, comme le préviendra Vyasa à l’aide d’un exemple historique, peut détruire la relation la plus soudée entre deux hommes.

Le beau-père heureux presse les célébrations du mariage

Le frère de Draupadi avait trouvé suspect les circonstances qui avaient mené un brahmana à gagner sa sœur en mariage à l’insu de célèbres et vaillants guerriers. Pour en avoir le cœur net, il suivit personnellement Arjuna et espionna la famille qui vivait dans la maison d’un potier, en forêt. Lorsqu’il découvrit qu’il s’agissait des Pandavas, il en fut heureux au-delà de toute attente. Il rapporta sans tarder la nouvelle à son père. Enchanté, celui-ci dépêcha une ambassade et invita sa nouvelle famille à son palais pour y prendre résidence et que le mariage soit célébré le plus tôt possible. Une fête opulente les attendait qui fera la joie de tout le peuple quand il saura ce qui lui arrive. Le roi ne pouvait rêver mieux comme parti pour sa fille et pour son avenir personnel : Drona n’avait qu’à bien se tenir maintenant que les Pandavas étaient de son côté. Ses pénitences avaient porté fruits, les dieux avaient accédé à sa demande la plus secrète et cette fois les étoiles brillaient en sa faveur. Ce n’était qu’une question de temps avant que son honneur ne soit rétabli.

 

Le retour des Pandavas dans la vie publique
La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre. Les Kauravas furent frappés de stupeur d’apprendre que les Pandavas étaient en vie et de retour en grandes pompes de surcroît, dans une province voisine riche et militairement puissante. Eux qui croyaient qu’ils avaient bel et bien péri dans la maison de laque, en fait, ils étaient vivants et bénéficiaient dorénavant d’un allié de taille! C’est Vidura qui apprit la nouvelle à Dhritarastra. Celui-ci n’avait pas tout de suite compris et il croyait que c’était son fils qui avait gagné la main de Draupadi, mais lorsque Vidura le corrigea il ne montra aucun signe de déception. Devant son frère qui chérissait les Pandava comme la prunelle de ses yeux, il s’en réjouit même et prétendit que cela ne faisait aucune différence pour lui, les fils de Pandu étant comme les siens. « Je suis très heureux de ta disposition envers eux, lui répondit Vidura, j’espère que cela va durer. » Au fond de lui, il en était tout autrement, Dhritarastra méditera longuement, à l’aide d’un de ses ministres dévoués, sur le moyen de se débarrasser d’eux. Fallait-il leur déclarer la guerre, ainsi que son fils et Karna le lui martelaient avant que leur force ne croisse? Kanika, (un Machiavel avant la lettre) lui déconseilla cette voie et lui suggéra plutôt de jouer la carte de la ruse. Il ira jusqu’à lui raconter une histoire d’animaux dont les caractères sont personnifiés (avant la lettre).

 

Pour lire le prochain épisode :  Mahabharata: des animaux et de la morale
Le début du récit du Mahabharata :
 

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Mahabharata, juste avant la guerre

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