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Publié par Laziz

« Même conduit à la Mecque, l'âne de Jésus revient âne. »

 

le magazine

Quand un bouddhiste s’enquiert auprès d’un athée de l'existence possible des dieux… Faut-il s’étonner alors de la réponse toute prête ? Le Monde des Religions ne s’en formalise pas outre mesure. À vrai dire, oui, il faut vraiment s’en étonner, et même s’en inquiéter. Pas pour la raison qu'Edgar Morin ne croit pas en Dieu, mais parce qu’il est philosophe. En tout cas, il ne redore pas le blason de sa profession par ses spéculations. Dans ce magazine, il nous laisse entrevoir les arcanes de son mysticisme, écoutez-le : « Les dieux sont très puissants, ils nous font peur. » On en déduit béatement que la puissance fait peur, que ce qui est grand est à craindre, comme le Jéhovah des juifs. Inversement, si l’on est puissant, cette qualité doit servir à tyranniser les faibles et à les exploiter.

L’exemple qu’il donne sied tout à fait à son opinion négative ; il utilise comme référence les terribles dieux du Mexique : « Les Aztèques allaient jusqu’à sacrifier des jeunes gens pour régénérer le dieu du Soleil. » !? Qui n’aurait pas la chair de poule à l’idée de vivre dans une tradition pareille… Tous les dieux, selon son raisonnement, sont des monstres. Pour arriver à cette conclusion, il universalise une hypothèse en partant d’un cas particulier, un thème récurent en épistémologie. Je plains ses élèves.

C’est pour cette raison, qu'aujourd'hui, plus personne d’assez rigoureux intellectuellement n’accorde d’importance à la philosophie. Surtout depuis la méthode scientifique qui exige plus de rationalisme et réduit drastiquement fanfaronnade et charlatanisme.

En effet, hors des cercles de la pensée conformiste, ce genre de propos va droit à la corbeille. Mais n’anticipons pas le contenu global de son interview. Après tout, même les plus grands penseurs peuvent proférer une bêtise.

Voyons la suite. « Étant aussi divers que les civilisations qui les ont portés, explique-t-il, on peut affirmer (c’est toujours moi qui souligne) qu’ils ont été inventés par ces communautés. » Le principe, chez ce type de philosophe, c’est que le doute doit s’appliquer systématiquement à tous les champs de la connaissance, sauf à ses propres idées : comme il sait, il affirme !

Edgar Morin et les dieuxÀ lire la façon dont il nous a introduit succinctement cette civilisation, on peut lui accorder une perspicacité dans cette déduction : les dieux aztèques sont méchants et cruels. Mais c’est un truisme, tout écolier apprend cela. D’ailleurs c’est le cas des déités grecques, n’est-ce pas ?

Nietzsche dirait qu'ils sont sains et virils, car « le mal est, en effet pour l'homme la meilleure de ses forces. » Il continue : « Un ensemble d’esprits a, en effet, la force spirituelle de créer un univers réel. » Notez bien, il n’a pas dit virtuel, imaginaire ou mental, mais « réel. » Dans mon livre à moi, ce qui est réel n’est ni faux, ni illusoire, ni mythique, ni imaginaire. Et puis, s’il est possible d’engendrer des mondes à l’aide de l’art et du mental -de vrais mondes !- qu’attendez-vous pour nous en faire la démonstration ? Si autrefois des peuples sortis des ténèbres ont pu créer des réalités cosmiques et des « entités réelles », pourquoi des civilisations aussi développées que les nôtres en sont incapables ? Cela ne tient pas debout.

De déclarer aux lecteurs du Monde des Religions qu’« Un mythe ne sait pas qu’il est un mythe, il se prend pour une réalité », c'est le considérer pour un niais ; non seulement c’est une platitude mais c'est le feu et l'eau, c’est embrouiller ses affirmations précédentes. Nous ne sommes pourtant pas arrivés au bout des incohérences avec notre philosophe, voici la cerise sur le gâteau : « Pour établir de meilleurs rapports avec cette sphère de l’esprit, pour humaniser nos relations avec nos dieux, nous devons dialoguer avec nos mythes. »

Là, j’aurais voulu vous annoncer que je jette l’éponge mais nous avons, en la personne de Frédéric Lenoir, le rédacteur du magazine, un semblant de révélation. Ce dernier l'approuve on ne peut plus empathique : « Ce que vous dites-là est très bouddhique. » Effectivement, Gautama avait préconisé la fin des illusions et par cette posture, il a jeté le bébé avec l’eau sale du bain, mais il a surtout définitivement banni de l’esprit la présence des dieux. Or, un siècle après sa disparition, les bouddhistes ont enseigné exactement, comme le laisse entrevoir Lenoir, la démarche contraire à la doctrine : ils ont inventé des dieux.
 

Vous pouvez également voir plus bas tout ce texte en 3D :-) j'en ai fait un vidéo.

 

 Poème tiré du Theragâtha, texte primitif qu'on traduit par 'doctrine des anciens moines' et qui représente un ensemble de 1279 versets écrits par des moines. En voici un exemple dans lequel un bouddhiste, sensé avoir coupé le cordon ombilical avec Dieu, parle intimement avec lui :
« La petite cabane me protège du vent,
Et elle m'abrite quand la pluie ruisselle,
Fais pleuvoir, Dieu, autant que tu veux.
Ma pensée est concentrée, libre de toute concupiscence,
Je suis assis à cet endroit dans la ferveur du ravissement,
Fais pleuvoir, Dieu, autant que tu veux. »

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Ou encore, pour rejoindre cette fois Morin : « sublime! Quand je tourne les pages du produit de ton génie, lorsque ton vers gronde et s’élance vers moi en notes de flamme, une terreur sacrée se répand dans mes veines, mon âme frémit d’effroi parce qu’elle a découvert Dieu au fond de son éternité. »

Ou encore, pour rejoindre cette fois Morin : « sublime! Quand je tourne les pages du produit de ton génie, lorsque ton vers gronde et s’élance vers moi en notes de flamme, une terreur sacrée se répand dans mes veines, mon âme frémit d’effroi parce qu’elle a découvert Dieu au fond de son éternité. »

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