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Le blog de Maroudiji

Les grands enjeux de société et les idées qui en font la trame, avec humour, passion et gravité.

Planète végane, avec Ophélie Véron

« L’erreur est le chemin de l’ignorance à la vérité. »
Paul Tannery*

Ophélie Véron, Planète végan. Critique

Il y a quelque temps déjà que cet ouvrage repose sur ma table de nuit, empilé sur d’autres, en attendant d’y jeter un coup d’œil, plus sérieusement, car je ne considère pas les tenants du véganisme portées sur la philosophie et parce que ce sont toujours les mêmes informations qu’ils recyclent.

Ô surprise ! Alors que je me plains souvent de ce que les auteurs de livres sur le sujet oublient avec une outrance quasi suspecte de mentionner que le végétarisme prend sa source en Inde et d’y consacrer par conséquent une explication historique, Ophélie Véron, quant à elle, est honnête et sagace, elle présente tout de suite ce fait qui crève l’intelligence. Voici les premières lignes :

Aux origines du véganisme

« Selon un sondage, écrit-elle, réalisé par le magazine Terra Eco en 2016, on compte 3 % de végétarien.ne.s (sic) et de végétalien.ne.s en France. C’est peu par rapport à certains de nos voisins : 8,7 % en Allemagne, 10 % en Suède et même 29 % en Inde. »

Ophélie Véron (sacré prénom, en tout cas) n’y va pas par quatre chemins pour faire valoir les origines du végétarisme, dès la deuxième page, elle écrit en titre :

L’Inde, berceau du végétarisme mondial

Et elle aborde « la longue tradition végétarienne de l’Inde, du Jaïnisme à l’hindouisme ». Notez que, contrairement à la Chine ou à la  Grèce où il en est des fois question, il s’agit là d’une tradition, avec des mœurs qui définissent la manière de vivre des peuples de l’Inde. (Vous pouvez toujours, pour approfondir, lire mon histoire de boucher extraite du Mahabharata :, le sujet est discuté tout en bas de la page.)

Un autre nom de Krishna est Govinda, celui qui aime les vaches

Malheureusement, s’il y a un domaine dans lequel il faut s'avancer avec prudence, c’est bien celui du monde indien ; on dit beaucoup d’approximation. L’auteur écrit par exemple : « La tradition végétarienne en Inde remonte au Xe siècle avant notre ère, lorsqu’... »

La fameuse méthode scientifique... ;-) Comment fait-elle pour en arriver à cette déduction ? Est-elle allée lire l’info sur Wikipédia ou utilise-t-elle une boule de cristal pour voyager dans le temps ? A-t-elle lu cela dans les écrits anciens ? Mystère et boule de gomme.

Mais ne vous inquiétez pas, je vais vous expliquer tout cela, Ophélie Véron, n'échappe pas à son temps, surtout qu'elle a étudié à l'école Normale Supérieure (une école normale -mais supérieure...)

 

La méthode normale, supérieure, universitaire

Globe terrestre dont l'Inde est absentre
Quand l'Inde n'existe pas...

Basique : le végétarisme existe en Inde depuis que les Indiens, notamment les brahmanas, existent.

À lire cependant les écrivains qui se penchent sur l’histoire de l’Inde, on comprend qu’ils ne prennent pas en compte la manière dont les Indiens présentaient leur propre culture. Nous le faisons ad nauseam pour la nôtre, pour les Grecs, citant Pythagore et toute la pléthore de philosophes, mais pour les Indiens, bien qu’ils aient d’innombrables écrivains et des textes explicatifs à foison, ils sont ignorés avec désinvolture, étrangement.

Voyons donc la méthode d’Ophélie Véron. Elle écrit : « De la même manière, dès le début de l’hindouisme, de nombreux brahmanas se sont opposés aux sacrifices d’animaux. »

Quand l’hindouisme a-t-il débuté ? C’est l’interrogation qui saute aux yeux en lisant cette phrase. Pourquoi et qui sont ces brahmanas s’étant opposés aux sacrifices d’animaux ? Qui pratiquait ces sacrifices, n’étaient-ils pas brahmanas ?

Il est vrai que la phrase commence par « De la même manière, ...». Et elle vient tout de suite après que l’auteure ait cité un passage du Mahabharata. Puisqu’elle donne la référence, je me suis rendu dans les Notes, à la fin du livre, pour connaître l’auteur de la traduction et je lis : Mahabharata 13, 115.

?!? (Elle s’y prend de même pour le Coran.) Rien, ni sur la maison d’édition, ni sur le traducteur. C’est comme s’il n’existait qu’un seul Mahabharata au monde ! On ne sait même pas si c’est une version anglaise ou française… Rien. Mais comme signalé au début de cette critique, Ophélie Véron est une des rares auteurs qui, lorsqu’ils décident de faire de l’histoire ou la recension d’un sujet, mentionnent l’existence du Mahabharata, ce qui à mes yeux constitue un signe de bon sens et de progrès. Par contre, pour la méthode de recherche et d’analyse, ça laisse franchement à désirer. Je vous donne un autre exemple, celui du Manusmrti.

Elle écrit : « Dans le Manusmrti, un texte sanskrit datant du IIe siècle avant notre ère, on retrouve les mêmes considérations morales… » Puis elle donne la citation, -et cette fois, la référence exacte, au paragraphe près, avec le nom du traducteur.

Soit, mais comment arrive-t-elle à la déduction que le texte a été rédigé au IIe siècle avant notre ère ? D’où vient cette manière d’appréhender l’histoire ?
_____________________

* La citation complète : « Peu importe que la science des premiers philosophes n’ait été qu’un tissu d’erreurs ou un échafaudage d’hypothèses inconsistantes ; l’erreur est le chemin de l’ignorance à la vérité, l’hypothèse, en tant qu’elle peut être vérifiée, est le moyen d’acquérir la certitude. » Paul Tannery, cité dans Les penseurs grecs avant Socrate.

L'histoire objective, est-elle possible ? 
« Krishna dit à Arjuna, sur le terrain de bataille de Kurukshetra : J'ai donné cette science impérissable, la science du yoga, à Vivasvan, le déva du soleil, et Vivasvan l'enseigna à Manu, le père de l'humanité. Et Manu l'enseigna à Iksvaku. » (Bhagavad-gita IV-1)
De Krishna à Manou

Dans son Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, le philosophe des Lumières, Jean-Jacques Rousseau, prodiguait cette manière de raisonnement : « Reprenons donc les choses de plus haut et tâchons de rassembler sous un seul point de vue cette lente succession d'événements et de connaissance, dans leur ordre le plus naturel. Le premier sentiment de l'homme (c'est moi qui souligne) fut celui de son existence, son premier soin celui de sa conservation. » Et c’est ainsi que l’on compile les faits sur l’histoire, par spéculation et déduction selon l’humeur et la politique du moment et du lieu.* (En lire davantage en bas de page.)

Le même pli est à l’œuvre ici avec ces auteurs, telle qu’Ophélie Véron, qui fournissent des dates pour borner l’histoire à partir de leurs préjugés. Exemple fictif pour illustrer cette pratique : ils trouvent une bague en or mélangée d’argent, âgée de 10 000 ans, enfouie dans un sol quelconque de la planète, et en déduisent que cette technique d’amalgame des métaux a été inventée par le peuple qui vivait là ?! Comment en arrivent-ils à cette conclusion définitive ? Parce qu’aucune bague plus ancienne n'a jamais été trouvée... Dont acte.

Quand on écrit que le Manusmrti date du IIe siècle, cela implique-t-il que l’œuvre a été pensée et rédigée à ce moment de l’histoire ? Que veut dire ce nom : Manusmrti ? Il serait sûrement instructif et sage d'en démêler le sens pour mieux cerner son origine et vérifier si ce que l'on avance ici concorde avec les faits ou du moins avec d'autres indices. Une chose est presque certaine, ce n'est pas Wikipédia qui nous permettra d’y voir plus clair...

Étant un fervent lecteur du Mahabharata, je sais ce que celui-ci dit à propos de l’illustre Manu. Il y a notamment cette information :

« Krishna dit à Arjuna, sur le terrain de bataille de Kurukshetra :
J'ai donné cette science impérissable, la science du yoga, à Vivasvan,
le déva du soleil, et Vivasvan l'enseigna à Manu, le père de l'humanité.
Et Manu l'enseigna à Iksvaku. »

(Bhagavad-gita IV-1)

Ophélie Véron est persuadée que cet enseignement date du second siècle avant J.-C. Elle et ses contemporains qui veulent changer le monde n’ont cure, à la lire, quant à l’information fournie par le Mahabharata lui-même pour retracer le moment de cette transmission, orale (partant évidemment, chez eux, dans leur manière de raisonner, du présupposé que seule l’écriture fonde l’histoire). Voici ce que celui-ci explique de nouveau à ce propos :

 Verset du Mahabhararata : "Au début du deuxième âge (le tréta-yuga), Vivasvan enseigna à Manu cette science." (Citation)

« Au début du deuxième âge (le tréta-yuga), Vivasvan enseigna à Manu la science qui permet à l'homme de retrouver la relation l'unissant à Dieu. A son tour, Manu, père de l'humanité, la transmit à son fils, Iksvaku, roi de la Terre et ancêtre de la dynastie Raghu [celle où apparut l'avatara Ramacandra]. » Mahabharata, Santi-parva.

Nous sommes encore tant imprégnés inconsciemment par l’idée biblique que l’homme et la Terre ont été créés il y a six mille ans, et qu’avant la naissance de Jésus l’histoire n’existait quasiment pas, qu’il nous ait impensable de concevoir des hommes intelligents ayant pu exister il y a 100 000 000 d’années… le zéro ne faisant pas partie de l’imaginaire de nos ancêtres directs vivants sur cet endroit du globe. Petite récapitulation :

« Les chiffres sont non pas arabes, mais indiens. Cette vérité, Denis Guedj nous la rappelle dans son ouvrage Zéro (Robert Laffont). Mais cette réalité historique agace. Au point qu'à chacune de ses interventions publiques le romancier est interpellé sur ce sujet. Ses interlocuteurs, d'origine maghrébine, lui reprochent de leur «voler» un héritage dont ils sont fiers. Et pourtant les faits sont là. Le système décimal, fondé sur les chiffres 0 à 9, est bien né en Inde. Il a été introduit à Bagdad, au début du IXe siècle, par le mathématicien Al-Khwarezmi. Ce savant ouzbek en a fait la promotion dans un ouvrage de vulgarisation intitulé Le Livre du calcul indien. » Le magazine L’express.

Bhaktivedanta Swami Prabhupada donne ces précisions quant à ces versets de la Bhagavad-gita et du Mahabharata :

La Bhagavad-gita est donc connue de l'homme depuis l'époque de Maharaja Iksvaku. Nous vivons à présent dans le kali-yuga, âge dont la durée est de 432 000 ans, dont 5 000 seulement se sont écoulés. Précédèrent cet âge: le dvapara-yuga, long de 864 000 ans, le tréta-yuga (1296 000 ans), et le satya-yuga (1 728 000 ans). C'est au début du treta-yuga que Manu reçut la, connaissance de la Bhagavad-gita et l'enseigna à son fils et disciple, Maharaja Iksvaku, roi de la Terre, il y a de cela quelques 2 165 000 ans (1 296 000 plus 864 000 plus 5 000). Une ère de Manu dure environ 305 300 000 ans, dont 120 400 000 se sont déjà écoulés. Puisque le Seigneur énonça la Bhagavad-gita à Son disciple, le déva du soleil (Vivasvan), avant la naissance de Manu, on peut calculer de façon approximative que cet enseignement eut lieu il y a au moins 120 400 000 ans. Quant à l'homme, il bénéficie de cette connaissance depuis plus de 2 000 000 d'années. Et le Seigneur l'a formulée de nouveau devant Arjuna voici environ 5 000 ans.

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* Spéculations sur l’origine de l’humanité avec Jean-Jacques Rousseau
Telle fut la condition de l’homme naissant, telle fut sa vie d’un animal naissant, et profitant à peine des dons que lui offrait la nature, loin de songer à lui rien arracher ; (…)
Voilà comment les hommes purent insensiblement acquérir quelque idée grossière des engagements mutuels, et de l’avantage de les remplir, (…) Il est aisé de comprendre qu’un pareil commerce n’exigeait pas un langage beaucoup plus raffiné que celui des corneilles ou des singes, qui s’attroupent à peu près de même. Des cris inarticulés, beaucoup de gestes et quelques bruits imitatifs durent composer pendant longtemps la langue universelle (…)
Les premiers développements du cœur furent l’effet d’une situation nouvelle qui réunissait dans une habitation commune les maris et les femmes, les pères et les enfants ; l’habitude de vivre ensemble fit naître les plus doux sentiments qui soient connus des hommes, l’amour conjugal, et l’amour paternel. » Pour lire plus en détail ce texte :
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